(Tokyo) Ellie Black pleurait et riait en même temps. Elle était fière, mais triste.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Quelques minutes plus tôt, elle avait suivi la cérémonie des médailles. Simone Biles était sur la troisième marche du podium sous les arches de bois du magnifique Centre de gymnastique Ariake. Pour un peu, ç’aurait pu être elle.

Comme l’Américaine, Black a dû réduire le niveau de difficulté de sa routine à la finale à la poutre, mardi soir. Pas de carpé avant. Une sortie simplifiée.

Au moins, elle était là. Comme Biles, sa participation a été confirmée à la dernière minute. Sa cheville gauche, abîmée durant un entraînement après les qualifications, tenait le coup avec un bandage.

Impossible de ne pas se le demander : aurait-elle pu monter sur le podium à la place de Biles si elle avait pu exécuter ce qui était prévu au programme ? Quoique l’Américaine a, elle aussi, dû modifier sa sortie.

Black a fini quatrième, à 0,134 point du bronze. Jamais une gymnaste canadienne n’a obtenu un tel résultat aux JO. Son cinquième rang au concours complet à Rio représentait un sommet jusque-là.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Ellie Black enlace son entraîneur David Kikuchi

« C’est aussi un sommet personnel à la poutre, a-t-elle noté, la voix chevrotante. J’ai travaillé très fort pour faire la finale à la poutre. C’est donc doux-amer. Ç’aurait été pire de ne pas avoir été en mesure de compétitionner. »

La vice-championne mondiale de 2017, à Montréal, s’était fait mal à la veille du concours complet une semaine plus tôt. Une mauvaise sortie à la poutre, justement, a réveillé une blessure ligamentaire survenue en juin. Un os de la cheville a aussi été meurtri.

« Je ne pouvais pas marcher. Je ne savais même pas si je pourrais faire la finale à la poutre. »

Black ne pouvait pas dire si elle aurait pu gagner une médaille dans d’autres circonstances : « Il y a eu des erreurs dans cette finale. Vous ne savez jamais, pas vrai ? Mais j’ai fait tout ce que je pouvais dans les circonstances. C’est tout ce que je peux demander : être sur le plateau et faire de mon mieux. J’essaie de ne pas me concentrer sur les ‟si” ou les choses qui auraient pu arriver, parce que j’aurais pu tomber en bas de la poutre. »

Opérée l’an dernier à l’autre cheville, Black a rappelé à quel point la gymnastique est un sport incertain.

« Comme gymnaste, rien n’est garanti. C’est un sport tellement dur. Tu peux te préparer toute ta vie et on se prépare cinq ans pour une compétition d’environ cinq minutes. Peu importe depuis combien de temps et les efforts que tu y as consacrés, rien n’est garanti. »

De toutes les personnes dans l’enceinte malheureusement vide de spectateurs, Black est sans doute celle qui comprenait le mieux Simone Biles, de qui elle a reçu une accolade après sa routine.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Ellie Black et Simone Biles

« C’était incroyable. Elle est passée à travers tellement de choses. C’est important qu’elle priorise ce dont elle a besoin. Je suis heureuse qu’elle ait pu avoir une autre chance sur le plateau, un peu comme moi, et l’occasion de démontrer ce qu’on a pratiqué tellement fort. »

À 25 ans, la Néo-Écossaise n’est pas prête à s’engager jusqu’à Paris en 2024. Mais elle assure qu’elle n’en a pas fini avec son sport.

« Je me fixe des buts que je veux atteindre. C’est incroyable de voir des filles beaucoup plus vieilles qui poursuivent la compétition. Et je le fais parce que j’adore ça. Je m’attends à continuer à le faire pendant un bout. »

Black est partie, entre le rire et les larmes. Sur son sac à dos, plusieurs mots étaient écrits sur des morceaux de ruban à gommer blanc. Avant qu’elle ne tourne le coin, on a pu repérer celui-ci : « Fierté ».