(Tokyo) Elle a déjà réussi un record du monde. Elle est la première nageuse canadienne de l’histoire à avoir défendu un titre mondial avec succès. Elle a été invaincue au 100 m dos durant les derniers Jeux olympiques. Elle détient maintenant trois médailles olympiques individuelles, soit autant que Penny Oleksiak.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Kylie Masse n’a pourtant pas toute la reconnaissance qu’elle mérite. Elle serait la dernière à s’en plaindre.

« Je ne suis pas le genre de personne qui recherche de l’attention. Ça a toujours fait partie de ma personnalité de passer sous le radar. Je l’apprécie. Les personnes qui sont reconnues le méritent et devraient l’être. Je suis bien contente de ce que j’ai. »

Revoyez la course de Kylie Masse

Coincée dans son maillot ultraserré, Masse était encore tout essoufflée quand elle s’est arrêtée dans la zone mixte après sa finale, samedi matin, au Centre aquatique de Tokyo, où il y avait un peu moins de journalistes que la veille pour Oleksiak. Le 200 m dos est une épreuve « douloureuse », beaucoup plus que le 100 m, sa spécialité, où elle avait remporté l’argent quatre jours plus tôt.

« Pour elle, le 200, c’est plus un jeu, un défi », a expliqué Byron MacDonald, analyste de CBC qui a entraîné la dossiste de 2014 à 2020.

En dépit d’une médaille de bronze à cette spécialité aux derniers Championnats du monde, Masse était loin d’être assurée de monter sur le podium. Les Australiennes et les jeunes Américaines représentaient des rivales de taille.

Mais la native de LaSalle, en banlieue de Windsor, s’est élancée comme une balle, ne se posant pas de questions et conservant la tête jusqu’aux 150 m. Au dernier virage, elle détenait presque une longueur de corps d’avance sur l’Australienne Kaylee McKeown, la favorite.

« Je savais que je voulais partir fort », a expliqué l’athlète de 5 pi 8 po. « Je sais que j’ai cette vitesse “facile” après avoir fait 57 secondes au 100. Je voulais donc couper mon temps de passage des demi-finales. Je savais que je pouvais le faire et m’accrocher. »

Sous les encouragements bruyants d’Oleksiak, de Kayla Sanchez, de Maggie Mac Neil et de ses autres coéquipiers, Masse a résisté au retour de ses plus proches poursuivantes, à l’exception de McKeown. L’Australienne a touché au mur la première, pour enlever son deuxième titre de la spécialité à Tokyo.

Masse a suivi trois quarts de seconde plus tard, pour décrocher l’argent, sa deuxième médaille individuelle.

C’est fantastique. […] Je sais que mes attentes personnelles sont très élevées, mais je suis très heureuse de monter sur le podium pour la deuxième fois à ces Jeux olympiques. C’est vraiment un honneur.

Kylie Masse

Son temps de 2 min 5,42 s lui permet d’améliorer son propre record national établi en 2019. L’Australienne Emily Seebohm a complété le podium, terminant à 1 sec 49 de sa compatriote McKeown.

« Je savais que ça se déciderait à la toute fin », a analysé Masse, médaillée de bronze au 100 m dos en 2016. « Mon rythme de tractions a peut-être descendu un peu à la fin. Mais c’était un meilleur temps pour moi, un record canadien. J’en suis très satisfaite. »

Gracieuse, l’Ontarienne de 25 ans a souligné la contribution de Taylor Ruck, qui a pris le sixième rang à sa première finale olympique individuelle. Les deux nageuses se sont entraînées ensemble durant la dernière année avec Ben Titley au Centre de haute performance de Natation Canada de l’Ontario. Masse nageait jusque-là avec MacDonald à l’Université de Toronto, mais la pandémie a provoqué la fermeture de la piscine.

« Chaque jour, je suis tellement reconnaissante envers Tay. On a fait partie de cette aventure ensemble, en particulier durant cette dernière année […]. Elle a assurément contribué à mes succès au dos. Je n’en serais pas là aujourd’hui sans elle, qui me pousse à l’entraînement. »

Touchée, la grande Ruck a placé sa main juste sous son cou. L’athlète de 21 ans ne s’est pas fait prier pour vanter sa coéquipière.

« Vous venez d’entendre l’interview : c’est une personne humble et dévouée. Je l’admire tellement. Elle est l’un de mes modèles. Honnêtement, c’est inspirant de juste pouvoir m’entraîner avec elle et d’être témoin de son acharnement quotidiennement. »

Bref, tout le monde aime Kylie Masse. « Elle ne vit pas pour la publicité », a conclu son ex-entraîneur MacDonald. « Elle peut composer avec n’importe quelle situation. Elle peut être la tête d’affiche, ou non. Elle est très flexible. Elle n’a pas cet ego gigantesque qui prend toute la place. »

Le podium de Masse est le 12e de l’équipe canadienne à Tokyo, dont les succès vont au-delà des espérances. Comme à Rio, les femmes donnent le ton. Jusqu’ici, elles ont remporté la totalité des médailles.

« C’est tellement cool », a dit la nageuse, qui pourrait décrocher sa troisième médaille au relais mixte dimanche. « C’est partout aux nouvelles à la maison. C’est stimulant et inspirant d’être entourée par autant d’athlètes engagées et qui ont du succès. »

« Que ce soit toutes des femmes [qui gagnent les médailles] en ce moment, c’est tellement spécial et stimulant. Espérons que ça inspire les jeunes dans le sport et pas seulement dans le sport, mais dans tous les aspects de leur vie. Elles peuvent atteindre tout ce qu’elles veulent. Pourvu qu’elles travaillent, s’en tiennent au processus et s’amusent. »

Si Kylie le dit…

Hayden rate la finale par quatre centièmes

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Brent Hayden

Brent Hayden, un homme celui-là, est un autre athlète inspirant. Le nageur de 37 ans est venu à un poil d’atteindre la finale du 50 m libre, samedi. Quatrième de sa vague, à égalité avec un autre nageur avec un chrono de 21 sec 82, il a raté la finale par quatre centièmes. Aucun regret pour l’athlète de la Colombie-Britannique, qui a mis un terme à une retraite de sept ans pour reprendre la compétition. « De toute évidence, je tenais à me rendre jusqu’en finale, mais c’est mon meilleur temps depuis mon retour, a-t-il noté. Je ne peux rien demander de plus. J’ai tout exécuté au meilleur de mes habiletés. J’ai surpassé non seulement les attentes de tout le monde, mais aussi les miennes. Je voulais voir de quelle façon je pourrais me rapprocher de mes meilleures performances. Si tu enlèves le facteur des combinaisons, j’ai nagé plus vite que jamais. C’est fantastique. » Hayden s’alignera pour les Titans de Toronto dans la troisième saison du circuit professionnel ISL, l’automne prochain. « Après ça, qui sait ? Je ne dis pas oui ou non à Paris [2024] en ce moment. Je prendrai ça un pas à la fois. » À la fin de l’entrevue, il a saisi l’enregistreur et déployé son long bras pour le remettre lui-même au journaliste, une première dans la zone mixte.