(Tokyo) Une autre controverse a secoué les Jeux olympiques de Tokyo — et elle implique une fois encore des commentaires sexistes dirigés contre les femmes —, à la suite de la démission du directeur artistique Hiroshi Sasaki, jeudi, pour avoir émis des commentaires déplacés au sujet d’une vedette japonaise.

Stephen Wade et Yuri Kageyama
Associated Press

Sasaki était responsable des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques, qui doivent se mettre en branle le 23 juillet.

L’an dernier, il a suggéré aux membres de son comité lors d’une visioconférence que l’animatrice vedette Naomi Watanabe puisse participer à la cérémonie en tant qu’« Olympig ».

Watanabe est une jeune femme très populaire, une icône de la mode, et elle est très célèbre au Japon. La référence de Sasaki à l’« Olympig » était de toute évidence un jeu de mots formulé à partir du mot « Olympic ».

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L’animatrice Naomi Watanabe est très célèbre au Japon.

L’histoire a été rapportée par le magazine hebdomadaire Bunshun, et la controverse a suivi quasiment instantanément.

La gouverneure de Tokyo Yuriko Koike a qualifié les propos de Sasaki « d’extrêmement embarrassants ».

« Quand nous discutons de ce que nous voulons offrir de Tokyo, ou du Japon, ça ne devrait pas être un message négatif », a mentionné Koike jeudi.

Sasaki a publié un communiqué dans lequel il confirme sa démission. Il a indiqué qu’il avait aussi contacté Seiko Hashimoto, la présidente du comité organisateur, pour lui remettre sa démission.

Le sexisme est encore bien présent dans la sphère publique japonaise. Un problème bien visible depuis quelques mois déjà.

« Le CIO et la sphère politique japonaise sont dominés par les hommes, a noté la Dre Barbara Holthus, une directrice adjointe de l’Institut allemand des études japonaises à Tokyo, dans un entretien accordé à l’Associated Press. Les politiciens japonais perpétuent depuis longtemps les inégalités entre les sexes — sans parler des autres injustices. »

En février, le président du comité organisateur, Yoshiro Mori, a dû démissionner après avoir formulé des commentaires sexistes contre les femmes, en déclarant notamment qu’elles parlaient trop pendant les réunions.

Il y a deux ans, le directeur du Comité olympique japonais Tsunekazu Takeda a aussi quitté à la suite d’un scandale de corruption impliquant l’achat de votes auprès de membres du CIO.

Tokyo n’est plus l’ombre d’elle-même

Les Jeux olympiques doivent se mettre en branle dans quatre mois, malgré la pandémie de coronavirus, une explosion des coûts d’opération et de nombreux scandales. Tout ceci, alors que le relais de la flamme doit commencer la semaine prochaine dans le nord-est du Japon, une aventure risquée à laquelle participeront 10 000 coureurs qui sillonneront le Japon d’un bout à l’autre.

Lorsque le Comité international olympique a octroyé les Jeux au Japon il y a sept ans et demi, Tokyo avait qualifié sa candidature « de la plus sûre ». Elle n’est plus l’ombre d’elle-même.

Le comité organisateur a respecté la planification initiale, ainsi que sa structure. Mais il a déraillé à cause de la pandémie, ainsi que des nombreux imprévus et des dépenses excédentaires qui l’ont secoué pratiquement au quotidien depuis ce temps.

De nombreux sondages suggèrent aujourd’hui qu’environ 80 % de la population japonaise préférerait qu’on annule ou reporte de nouveaux les Jeux olympiques. Les Japonais justifient leur opinion par les dépassements de coûts et les risques sanitaires associés à la tenue d’un évènement sportif de cette envergure en pleine pandémie de COVID-19.