Avec le report anticipé de la reprise des compétitions internationales et l’interdiction de pratiquer son art chez lui, le judoka Antoine Valois-Fortier tente de garder le moral. Entretien après un deuxième stage d’entraînement dans la « bulle » albertaine.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

La dernière fois, à la mi-juin, le ton était plus volontaire. Après une pause forcée de trois mois, Antoine Valois-Fortier se réjouissait de renouer avec les combats dans une « bulle » aseptisée à Lethbridge.

De retour d’un deuxième stage de trois semaines dans la municipalité albertaine, le judoka de 30 ans admet que la lassitude commence à le gagner. L’entraînement à proprement parler, avec une dizaine de coéquipiers canadiens, ça va. D’autant que la reprise des matchs de la LNH et de la NBA aide à meubler les temps morts à l’hôtel.

C’est plutôt le report appréhendé de la relance des tournois par la fédération internationale qui atteint son moral.

« Jusqu’à tout récemment, ils disaient vouloir reprendre les compétitions à la mi-septembre, a rappelé Valois-Fortier mardi matin. Ça a été décalé à la mi-octobre. Ça fait plusieurs fois que le début de la saison est repoussé. Chez les athlètes, il y a comme une petite perte d’espoir. Ça devient un peu décourageant quand l’échéance que tu te fixes n’arrive pas ou est repoussée. »

À cela l’ajoute l’incertitude entourant la position de la Santé publique au sujet des sports de combat, toujours interdits au Québec.

La semaine dernière, un regroupement des fédérations concernées a plaidé sa cause devant des fonctionnaires, dont le DHoracio Arruda, directeur national de santé publique. Une réponse était attendue dans les jours suivants.

Forcé à l’exil depuis deux mois, Valois-Fortier ne cache pas son impatience, relevant qu’un commanditaire de Judo Canada – la compagnie lavalloise EC3D – travaille sur la conception d’un masque pouvant être porté en combat.

C’est indéniable que c’est un peu fâchant quand je vois que toute l’Europe pratique le judo, qu’ils ont commencé dans d’autres provinces canadiennes. C’est comme notre job, notre travail. […] On aimerait tout simplement faire partie du plan, avoir plus de détails. On se sent un peu mis de côté.

Antoine Valois-Fortier

Le soutien de son préparateur mental Jean-François Ménard est plus apprécié que jamais par le triple médaillé aux Championnats du monde.

« Je m’avance peut-être un peu, mais je pense que le plus grand défi vécu par tous les athlètes en ce moment se passe entre les deux oreilles. Avoir un psychologue sportif en qui j’ai confiance, avec qui ça clique et qui trouve les bons mots, c’est assurément un plus. »

Limité à de la préparation physique et à des exercices à Montréal, Valois-Fortier prend plaisir à se retrouver sur le tatami du club Kyodokan de Lethbridge. Sous la supervision de l’entraîneur Sasha Mehmedovic, le cinquième judoka mondial chez les 81 kg combat avec ses coéquipiers canadiens, incluant les femmes pour des besoins spécifiques.

Difficile de mesurer son véritable niveau dans un tel contexte. « Le groupe est dans une bonne forme physique, mais de là à pouvoir rivaliser avec les meilleurs au monde, c’est difficile à dire, a souligné le médaillé de bronze des JO de Londres en 2012. Le meilleur moyen de le savoir, c’est d’y aller et mettre les mains sur les autres athlètes internationaux. »

Nicolas Gill, directeur général de Judo Canada, rêve d’un stage d’entraînement de quelques semaines en Europe. Avec les restrictions de voyages et l’évolution imprévisible de la pandémie de COVID-19 à travers le monde, nul ne peut prédire quand une telle occasion se présentera.

Notre bassin de partenaires d’entraînement au Canada est déjà limité. Là, il est encore plus petit. En France, ils sont déjà en camp avec 200 personnes. Nous, avec nos 10 athlètes de poids disparates et de sexes différents, c’est un peu compliqué.

Nicolas Gill, directeur général de Judo Canada

Si la situation perdure, le double médaillé olympique prévoit une résurgence de la domination de puissances historiques comme le Japon, la Russie et la France. « Le judo s’est un peu standardisé avec les occasions d’entraînement offertes à tous. »

Gill attend la décision des autorités sanitaires québécoises avant de statuer sur la suite des choses. Si l’interdiction est maintenue, il envisage un troisième camp à Lethbridge à la fin du mois.

« Honnêtement, comme père de famille, j’ai peut-être de plus grands soucis pour le retour en classe que pour la reprise des sports de combat. Il n’y a rien de mal à prioriser le retour en classe par rapport aux sports de combat. Personnellement, je ne m’attends pas nécessairement à ce que ça débloque avant que le retour en classe soit bien effectué. »

Valois-Fortier, qui a subi un test de dépistage négatif à la COVID-19 à son retour d’Alberta, continue de souhaiter un feu vert, tant pour la santé de son sport que pour ses propres aspirations. Sa ronde d’entrevues de mardi était sa façon de mettre un peu de pression.

« Je veux que les gens voient qu’on n’est pas du mauvais monde, a-t-il plaidé. On aimerait faire du judo ici. On ne veut pas désobéir. On veut faire comprendre qu’on est là, qu’on a un plan. Et que là où ça a ouvert ailleurs dans le monde, ça s’est bien passé. Il n’y a pas eu de foyers d’éclosion dans les dojos à travers l’Europe. »