(Téhéran) La police chargée de la lutte contre la cybercriminalité a annoncé mercredi avoir arrêté 24 internautes accusés d’avoir répandu des « rumeurs alarmistes » sur la propagation du nouveau coronavirus en Iran, où ont été recensés 19 morts, bilan le plus lourd après celui de la Chine.

Amir HAVASI
Agence France-Presse

Près de 140 personnes, dont le vice-ministre de la Santé, ont été infectées en Iran et la plupart des voisins de la République islamique ont mis en place des mesures de restrictions des déplacements et de placements en quarantaine.

« Vingt-quatre personnes ont été arrêtées et remises à la justice et 118 internautes ont été interrogés et relâchés », après avoir reçu un avertissement, a déclaré Vahid Majid, le chef de l’unité de police responsable de la cybercriminalité, selon l’agence semi-officielle Isna.  

Les arrestations ont eu lieu après la mise en place d’une unité spéciale pour « lutter contre les rumeurs alarmistes concernant la “propagation du coronavirus dans le pays” », a précisé M. Majid, cité par l’agence.  

Il a indiqué que son unité prendrait des mesures contre les informations, images et vidéos « contenant des rumeurs ou des fausses informations visant à perturber le public et à augmenter l’inquiétude dans la société ».  

Le porte-parole du ministère de la Santé Kianouche Jahanpour a affirmé que la situation « s’améliorait », appelant toutefois les Iraniens à limiter leurs déplacements.   

Nombre d’écoles, universités et centres culturels ou sportifs ont été fermés et de nombreux événements repoussés pour permettre de désinfecter les lieux et transports publics.

M. Jahanpour a annoncé mercredi le décès de quatre nouvelles personnes parmi 44 cas de personnes infectées par le nouveau coronavirus détectés ces dernières 24h.

« Peur extrême »

L’Iran a également accusé mercredi les États-Unis, son ennemi juré, de répandre « la peur » autour du nouveau coronavirus.

« Nous ne devrions pas laisser l’Amérique ajouter un virus, appelé la peur extrême […], au coronavirus », a déclaré le président Hassan Rohani à l’issue d’une réunion de son cabinet au lendemain d’une déclaration du secrétaire d’État américain Mike Pompeo appelant l’Iran à « dire la vérité » au sujet de l’épidémie sur son territoire.

« Les Américains eux-mêmes sont en difficulté face au coronavirus. 16 000 personnes sont mortes de la grippe (aux États-Unis) mais ils ne parlent pas de leurs propres (morts) », a ajouté M. Rohani.

Mi-février, les autorités américaines ont étendu les tests du nouveau coronavirus aux personnes présentant des symptômes grippaux. Les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) américains avaient indiqué que 14 000 décès dus à la grippe avaient été recensés pour la saison 2019-2020.

« Le régime iranien aurait caché des détails vitaux sur l’épidémie dans ce pays », a affirmé Mike Pompeo à Washington.  

Lundi, un député de Qom avait fait état de 50 morts des suites du nouveau coronavirus. Le vice-ministre de la Santé Iraj Harirchi a démenti ces propos, promettant de démissionner si ce chiffre était confirmé, avant d’annoncer mardi qu’il avait été lui-même contaminé.

Le porte-parole du gouvernement Ali Rabii, aux côtés duquel M. Harirchi était apparu toussant et transpirant lors d’une conférence de presse lundi, attend les résultats de son test.  

Depuis l’annonce le 19 février des deux premiers décès, à Qom, ville sainte chiite du centre du pays qui attire pèlerins et théologiens du monde entier, le gouvernement a promis d’être plus transparent après avoir été accusé de minimiser le bilan de l’épidémie et de mal gérer la propagation du virus.

L’ONG française Reporters sans Frontières a accusé mercredi l’Iran de dissimuler des informations sur la propagation du nouveau coronavirus, déplorant également la répression des journalistes publiant des informations indépendantes.

« Les autorités affirment contrôler la situation, mais refusent de publier le nombre exact des personnes infectées et décédées », estime l’ONG.

M. Rohani a insisté sur les progrès de l’Iran face à l’épidémie, évoquant une « baisse des visites (à l’hôpital) et des progrès dans le traitement ».  

« Légèrement préoccupante »

Selon les derniers chiffres du ministère de la santé, 15 nouveaux cas ont été détectés dans la ville de Qom, neuf à Gilan, quatre à Téhéran, trois au Khouzestan et entre un ou deux cas dans une dizaine d’autres provinces.

Le porte-parole du ministère de la Santé s’est néanmoins montré optimiste concernant la situation à Qom, épicentre de l’épidémie en Iran.  

« Toutes les 24 heures, au moins 10 % de ceux qui sont hospitalisés ou des cas suspects sont autorisés à sortir et sont en bonne santé », a déclaré M. Janhanpour.  

Mais à Gilan, province située au bord de la mer Caspienne et très prisée des vacanciers notamment téhéranais, « la situation est légèrement préoccupante » puisqu’elle est la deuxième en termes de nouveaux cas détectés, dont beaucoup avaient voyagé dans d’autres provinces.

Les autorités n’ont annoncé aucune mesure de placement en quarantaine, jugeant cette méthode obsolète et inefficace.