(Moscou) Les forces russes qui occupent la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia préparent son raccordement à la Crimée, presqu’île annexée par Moscou en 2014, et l’endommagent en procédant à cette réorientation de la production électrique, a alerté mardi l’opérateur ukrainien, Energoatom.

Mis à jour le 9 août
Agence France-Presse

Ce que vous devez savoir

  • Des explosions ayant fait un mort et des blessés se sont produites mardi dans un dépôt de munitions sur un aérodrome militaire de la péninsule ukrainienne de Crimée :
  • L’Estonie et la Finlande demandent de ne plus délivrer de visas aux touristes russes ;
  • Les livraisons de pétrole russe à trois pays européens via l’Ukraine ont été interrompues après le refus d’une transaction bancaire liée aux sanctions visant Moscou ;
  • Plus de 3000 civils ont été évacués en une semaine de la région de Donetsk, en proie aux combats dans l’est de l’Ukraine ;
  • La guerre en Ukraine a provoqué une augmentation des naissances prématurées dans les centres de santé ;
  • Le Kremlin a vivement critiqué mardi l’appel « irrationnel » du président ukrainien Volodymyr Zelensky aux pays occidentaux à fermer leurs frontières aux visiteurs russes :
  • Deux nouveaux navires chargés de 70 000 tonnes de céréales ont quitté mardi le port ukrainien de Tchornomorsk.

« Les militaires russes présents dans la centrale nucléaire de Zaporijjia mettent en œuvre le programme de (l’opérateur russe) Rosatom visant à raccorder la centrale aux réseaux électriques de Crimée », a dit le président d’Energoatom, Petro Kotin, à la télévision ukrainienne.

« Pour ce faire, il faut d’abord endommager les lignes électriques de la centrale reliées au système énergétique ukrainien. Du 7 au 9 août, les Russes ont déjà endommagé trois lignes électriques. En ce moment, la centrale fonctionne avec une seule ligne de production, ce qui est un mode de travail extrêmement dangereux », a-t-il ajouté.

« Lorsque la dernière ligne de production sera débranchée, la centrale sera alimentée par des groupes électrogènes fonctionnant au diesel. Tout dépendra alors de leur fiabilité et des stocks de carburant », a aussi prévenu Petro Kotin.

Située près de la ville d’Energodar sur le fleuve Dniepr, non loin de la péninsule ukrainienne de la Crimée (sud), la centrale, la plus grande d’Europe, possède six des 15 réacteurs ukrainiens, capables d’alimenter quatre millions de foyers. Elle est passée sous contrôle des troupes russes le 4 mars, peu après le début de l’invasion de l’Ukraine le 24 février.

Moscou et Kyiv s’accusent depuis vendredi de la bombarder, sans qu’aucune source indépendante ne puisse confirmer. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a brandi le spectre de la catastrophe de Tchernobyl.

« Toute attaque contre des centrales nucléaires est une chose suicidaire », a prévenu lundi matin le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. « J’espère que ces attaques prendront fin. En même temps, j’espère que l’AIEA pourra accéder à la centrale ».

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait jugé samedi « de plus en plus alarmantes » les informations en provenance de Zaporijjia, dont l’un des réacteurs avait dû être arrêté après un bombardement la veille.

Explosions près d’un aérodrome militaire russe en Crimée

Des explosions ayant fait un mort et des blessés se sont produites mardi dans un dépôt de munitions sur le site d’un aérodrome militaire de la péninsule ukrainienne de Crimée annexée par la Russie, qui a arrêté ses livraisons de pétrole via l’Ukraine.

L’armée russe a affirmé qu’aucun tir ni bombardement n’avait été à l’origine de ces déflagrations, d’abord signalées par les autorités de cette presqu’île unilatéralement rattachée à la Russie en 2014 et en première ligne dans l’offensive russe contre l’Ukraine déclenchée le 24 février.

« Plusieurs munitions destinées à l’aviation ont explosé dans un dépôt situé sur le territoire de l’aérodrome militaire de Saki, près de la localité de Novofiodorovka », a déclaré dans un communiqué l’armée russe.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient une boule de feu se former après une forte déflagration, tandis que d’épaisses volutes de fumée noire s’élevaient dans le ciel et que des vacanciers paniqués quittaient la plage située à proximité.

Le dirigeant de la Crimée, Sergueï Aksionov, a fait état d’une personne tuée dans ces explosions et son ministre de la Santé, Konstantin Skoroupski, de cinq blessés, parmi lesquels un enfant.

« Les touristes ne sont pas en danger. Nous vous demandons de garder votre calme », a dit un député russe élu dans cette péninsule, Alexeï Tcherniak.

Malgré le conflit, la Crimée est restée un important lieu de villégiature pour de nombreux Russes qui continuent de profiter de l’été sur ses rivages.

« La Crimée est ukrainienne et nous n’y renoncerons jamais. Nous n’oublierons pas que l’occupation de la Crimée fut le début de la guerre de la Russie contre l’Ukraine », a martelé mardi soir le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de son allocution quotidienne. « Le monde commence à comprendre qu’il a eu tort en 2014 en décidant de ne pas répondre de toutes ses forces aux premières actions agressives de la Russie ».

Transit du pétrole russe par l’Ukraine coupé

Mardi, l’entreprise russe responsable du transport des hydrocarbures, Transneft, a annoncé que les livraisons de pétrole russe par le territoire ukrainien à destination de la Hongrie, de la Slovaquie et de la Tchéquie, États membres de l’Union européenne dépourvus d’accès à la mer, ont été interrompues le 4 août.

Transneft a expliqué que le paiement portant sur le droit de transit par l’Ukraine pour le mois d’août, effectué le 22 juillet, avait été refusé le 28 juillet à cause de l’entrée en vigueur de certaines sanctions contre la Russie.

Il s’agit des approvisionnements via une branche de l’oléoduc Droujba traversant l’Ukraine et qui dessert les trois pays concernés.

Les livraisons à la Pologne et à l’Allemagne, à travers la Biélorussie, « se poursuivent » en revanche « normalement », a assuré Transneft.

L’UE s’efforce depuis le début du conflit en Ukraine de réduire sa dépendance énergétique à l’égard de la Russie, qu’elle accuse d’utiliser ses livraisons d’hydrocarbures comme une « arme de guerre », et a opté en juin pour un embargo progressif sur le pétrole russe.

Est en particulier prévu un arrêt des importations de brut par bateau dans les six mois, cependant que les Russes ont fortement diminué leurs envois de gaz à l’Europe ces dernières semaines.

L’approvisionnement par l’oléoduc Droujba a en revanche été autorisé à se prolonger « provisoirement », sans date limite. Une concession obtenue par le premier ministre hongrois Viktor Orban, qui cultive ses relations avec Vladimir Poutine et dont le pays dépend pour 65 % de sa consommation de ce pétrole russe bon marché.

Parallèlement, les rotations régulières par la mer Noire pour ravitailler les marchés agricoles mondiaux entamées la semaine dernière, en vertu d’un accord signé le 22 juillet par les belligérants, se sont poursuivies avec le départ mardi du port ukrainien de Tchornomorsk de deux navires chargés de 70 000 tonnes de céréales.

Des dollars pour le déminage

Selon l’état-major de l’armée ukrainienne, les Russes ont continué mardi de bombarder plusieurs localités de l’est de l’Ukraine, des environs de Tcherniguiv, dans le nord, de Kharkiv, dans le nord-est, ainsi que la ville de Mykolaïv, dans le sud.

Dans la région orientale ukrainienne en proie aux combats de Donetsk, plus de 3000 civils, dont 600 enfants, ont au total été évacués depuis que les autorités ont rendu fin juillet ces évacuations obligatoires, a annoncé Kyiv.

Il n’y reste plus maintenant qu’« une population de 350 000 personnes, dont 50 000 enfants », environ 1,3 million étant désormais parties à la suite du déclenchement de la guerre.

La situation reste complexe à la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, la plus grande d’Europe. Le site situé dans la partie méridionale de l’Ukraine a été la cible à la fin de la semaine dernière de frappes d’origine pour le moment indéterminée, les Russes et les Ukrainiens s’en renvoyant la responsabilité.

Actuellement, les militaires russes « mettent en œuvre le programme (du groupe russe) Rosatom visant à la faire basculer sur les réseaux électriques de Crimée », a dénoncé dans la soirée le patron de la compagnie ukrainienne Energoatom, Petro Kotine.

« La première condition pour cela est d’endommager les lignes électriques reliant la centrale au système énergétique ukrainien. Du 7 au 9 août, les Russes ont déjà endommagé trois lignes électriques. En ce moment, la centrale fonctionne avec une seule ligne de sortie d’électricité, ce qui est un mode de fonctionnement extrêmement dangereux », car si elle est coupée, « la centrale devra passer sur des générateurs diesel, et tout dépendra de leur fiabilité », a expliqué Petro Kotine.

La Russie a par ailleurs lancé mardi, du Kazakhstan, un satellite iranien d’observation qui, selon la presse américaine, pourrait être utilisé par Moscou pour soutenir son offensive en Ukraine, ce que réfute Téhéran.

Le président américain Joe Biden a de son côté paraphé mardi la ratification par les États-Unis des adhésions de la Suède et de la Finlande à l’OTAN, qui répondent ainsi à l’invasion russe.

Les États-Unis vont en outre consacrer 89 millions de dollars pour aider l’Ukraine à détruire les mines antipersonnelles posées, selon eux, volontairement par les soldats russes dans des zones habitées du nord du pays avant de s’en retirer en mars.

Le président français Emmanuel Macron et le premier ministre britannique démissionnaire Boris Johnson ont pour leur part souligné lors d’un entretien téléphonique mardi soir l’importance de continuer à « soutenir l’Ukraine aussi longtemps que nécessaire ».