(Washington) Les États-Unis ont annoncé mercredi l’envoi de 3000 soldats américains supplémentaires en Europe de l’Est pour défendre les pays de l’OTAN « contre toute agression », tandis que la France et l’Allemagne annonçaient de nouveaux efforts diplomatiques pour tenter de convaincre Moscou de retirer ses troupes massées aux frontières de l’Ukraine.

Mis à jour le 2 février
Sylvie LANTEAUME avec Antoine LAMBROSCHINI à Moscou et Germain MOYON à Kiev Agence France-Presse

« Tant que (le président russe Vladimir Poutine) ne cessera pas de se montrer agressif, nous ferons tout pour assurer nos alliés de l’OTAN que nous sommes là, et que l’article 5 est une obligation sacrée », a déclaré le président Joe Biden en référence à l’article de la charte de l’OTAN qui engage les alliés à se défendre les uns les autres.

Un millier des soldats américains seront redéployés d’Allemagne vers la Roumanie, et 2000 autres seront envoyés de la grande base américaine de Fort Bragg, en Caroline du Nord, essentiellement vers la Pologne.

Ces troupes s’ajoutent aux 8500 militaires placés en état d’alerte fin janvier par le président Biden pour être déployés dans la force de réaction rapide de l’OTAN en cas de besoin.

« Ces mouvements sont un message sans ambiguïté que nous adressons au monde pour montrer que nous sommes prêts à rassurer nos alliés de l’OTAN et déterminés à les défendre contre toute agression », a déclaré le porte-parole du secrétaire américain à la Défense John Kirby.

Pour autant, il ne s’agit que de renforcer le « flanc oriental » de l’Alliance atlantique et de rassurer les pays frontaliers de l’OTAN, qui craignent un élargissement à leur territoire d’une éventuelle invasion russe de l’Ukraine.

« Ces forces ne vont pas se battre en Ukraine », qui n’appartient pas à l’OTAN, a précisé John Kirby, soulignant qu’il s’agissait d’un redéploiement temporaire.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Alexandre Grouchko, cité par l’agence Interfax, a fustigé une mesure « injustifiée, destructrice, augmentant les tensions militaires et réduisant le champ pour les décisions politiques ».

Ballet diplomatique

La Pologne et la Roumanie se sont félicitées de l’arrivée de ces renforts dans les prochains jours.  

Le chef de l’OTAN, Jens Stoltenberg, s’est lui aussi réjoui de ces annonces, soulignant que l’Alliance atlantique envisageait également de déployer « des forces tactiques » sur son flanc sud-est.

De leur côté, Joe Biden et son homologue français Emmanuel Macron se sont engagés lors d’un entretien téléphonique mercredi à coordonner leur réponse à la Russie, selon la Maison-Blanche.

L’Élysée a annoncé que le président français, qui n’a pas exclu de se rendre à Moscou pour tenter de trouver une solution diplomatique, allait avoir un nouvel entretien avec Vladimir Poutine jeudi.

Le chancelier allemand, attendu la semaine prochaine à Washington, a lui indiqué qu’il se rendrait « bientôt » à Moscou pour des entretiens avec M. Poutine.

Le premier ministre néerlandais Mark Rutte a été reçu par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, au lendemain des visites des chefs des gouvernements britannique et polonais, et le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays est un fournisseur de drones de combat à l’Ukraine, est attendu jeudi à Kiev.

Les Occidentaux accusent Moscou depuis fin 2021 d’avoir massé des dizaines de milliers de soldats aux frontières de l’Ukraine en vue d’une potentielle invasion.

La Russie dément toute velléité en ce sens, affirmant vouloir seulement garantir sa sécurité.

Vladimir Poutine, qui a dit mardi espérer « une solution », s’est entretenu mercredi au téléphone avec le premier ministre britannique Boris Johnson, et les deux hommes se sont accordés sur la nécessité de trouver une « résolution pacifique », selon Londres.

Moscou a fait savoir que M. Poutine avait évoqué « le manque de volonté de l’OTAN de répondre de manière adéquate aux préoccupations légitimes de la Russie » concernant sa sécurité.

Conflit « pas inévitable »

« Nous ne pensons pas que le conflit soit inévitable », a insisté le porte-parole du Pentagone, réaffirmant que la diplomatie américaine avait « offert à la Russie une voie vers la désescalade ».

Pour « dissuader » Moscou de passer à l’offensive, Américains et Européens multiplient les menaces de sanctions économiques « sans précédent » et de soutien militaire à Kiev.

La Russie dément toute volonté d’invasion, affirmant vouloir seulement garantir sa sécurité. Mais elle estime qu’une désescalade n’est possible qu’en garantissant la fin de la politique d’élargissement de l’OTAN, notamment à l’Ukraine, et un retrait d’Europe de l’Est de ses capacités militaires.

Le quotidien espagnol El Pais a publié le détail des réponses américaines aux exigences russes, des documents dont le département d’État américain a confirmé l’authenticité mercredi.  

Washington y propose que les rivaux s’engagent à ne pas déployer de moyens militaires offensifs en Ukraine, que Moscou inspecte certaines infrastructures militaires qui l’inquiètent en Europe, et que les deux pays s’accordent sur des mesures de contrôle des armements.

Les États-Unis se disent également prêts à discuter de l’« indivisibilité de la sécurité ». Le Kremlin se fonde sur ce concept pour réclamer un recul de l’OTAN de son voisinage, arguant que la sécurité des uns ne peut se faire aux dépens de celle d’autres, en dépit du droit de chaque État, et donc de l’Ukraine, à choisir ses alliances.

Moscou prépare actuellement sa réponse formelle.