(Isola Del Giglio) Dix années se sont écoulées depuis que le paquebot Costa Concordia a heurté un récif et s’est partiellement renversé au large d’une île toscane, en Italie. Mais pour les passagers qui se trouvaient à bord et pour les résidants qui les ont accueillis, les souvenirs de cette terrifiante nuit glaciale demeurent vifs.

Publié le 12 janvier
Trisha Thomas et Nicole Winfield Associated Press

Les assiettes qui ont plongé en bas des tables quand le navire a heurté les rochers. La noirceur quand la salle des machines du paquebot a été inondée et que les générateurs ont flanché. Les tentatives désespérées d’évacuation. Puis, la générosité extraordinaire des résidents de l’île du Giglio qui ont offert vêtements et abris jusqu’à ce que le soleil se lève et que les rescapés soient déplacés vers le continent.

L’Italie soulignera jeudi le 10e anniversaire du naufrage. Les cérémonies prendront fin avec une vigie à la chandelle au moment où le navire a frappé le récif : 21 h 45, le 13 janvier 2012. On rendra hommage aux 32 personnes qui sont mortes ce soir-là et aux 4200 survivants, mais aussi aux résidents du Giglio qui ont recueilli les passagers et les membres d’équipages, puis qui ont côtoyé l’épave pendant deux ans, jusqu’à ce qu’elle soit finalement emportée.

« Pour nous, les insulaires, quand nous évoquons un évènement, on demande toujours si c’était avant ou après le Concordia », a dit Matteo Copa, qui avait 23 ans au moment de l’accident.

« C’est comme un clou enfoncé dans un mur qui marque une date, avant et après », a-t-il ajouté, en se souvenant que ce soir-là il a participé aux opérations pour secourir des passagers confus, blessés et gelés.

Cet anniversaire survient au moment où l’industrie des croisières, paralysée par la pandémie de coronavirus depuis plusieurs mois, se retrouve à nouveau sous les feux de la rampe en raison d’éclosions de COVID-19 qui menacent la sécurité des passagers. Le mois dernier, les Centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis ont prévenu les voyageurs d’éviter les croisières en raison du risque d’infection.

Pour Georgia Ananias, une survivante du Concordia, les infections à la COVID-19 ne sont que la plus récente démonstration que les croisiéristes ne se soucient pas vraiment de la sécurité des passagers. Ceux qui se trouvaient à bord du Concordia ont essentiellement été abandonnés à leur sort pour se trouver un gilet et un canot de sauvetage, après que le capitaine se soit trop approché de la rive. Il a ensuite tellement attendu avant d’ordonner l’évacuation qu’il n’était plus possible de mettre les canots de sauvetage à l’eau, tant le paquebot était incliné.

« J’avais toujours dit que ça ne me définirait pas, mais on n’a pas le choix, a dit Mme Ananias depuis son domicile de Los Angeles. Nous souffrons tous d’un choc post-traumatique. Nous avions beaucoup de culpabilité d’avoir survécu et que 32 autres personnes soient mortes. »

Les procureurs attribuent le chaos qui a régné quand les passagers ont cherché à quitter le navire au retard dans l’ordre d’évacuation et aux instructions contradictoires de l’équipage.

Le capitaine, Francesco Schettino, purge une peine de 16 ans de prison pour homicide involontaire, pour avoir causé le naufrage et pour avoir abandonné son navire avant que tous les passagers et tous les membres d’équipage aient été évacués.

Mme Ananias et sa famille ont refusé l’indemnisation initiale de 14 500 $ US offerte à chaque passager et ont poursuivi Costa, une division du géant américain Carnival, pour essayer d’obtenir un remboursement de leurs frais médicaux et de thérapie. Mais après huit années devant la justice des États-Unis et celle de l’Italie, ils ont été déboutés.

« Les gens doivent réaliser que s’ils partent en croisière et qu’il y a un problème, ils n’auront pas la justice à laquelle ils sont habitués dans le pays dans lequel ils vivent », a dit Mme Ananias, qui compte parmi les principaux dirigeants de l’International Cruise Victims Association, un groupe qui milite pour améliorer la sécurité à bord des navires et la transparence de l’industrie.

Costa n’a pas répondu à des demandes de commentaires à l’occasion de ce triste anniversaire. La plus grande association professionnelle de croisiéristes, la Cruise Lines International Association, a martelé dans un communiqué transmis à l’Associated Press que la sécurité des passagers et des membres d’équipage est au sommet de ses priorités, et que les croisières comptent parmi les vacances les plus sécuritaires qui soient.

Pour le maire du Giglio, Sergio Ortelli, les souvenirs de cette nuit sont mitigés : l’horreur du navire renversé, l’empressement d’organiser les opérations de secours, la récupération des premiers corps, mais aussi la fierté de voir les insulaires répondre à l’appel pour aider les sinistrés.

M. Ortelli était là, en septembre 2013, quand le paquebot de 300 mètres et 115 000 tonnes a été redressé dans un exploit d’ingénierie. Mais le soir de la catastrophe, un vendredi 13, reste gravé dans sa mémoire.

« En plus d’avoir été une tragédie, c’est une nuit qui a eu un beau côté parce que la réponse de la population a été un geste spontané qui a été apprécié à travers le monde, a-t-il dit.

« Ça semblait tout naturel à faire. Puis nous avons réalisé que ce soir-là, en quelques heures, nous avons réalisé quelque chose d’incroyable. »