(Manchester) Le premier ministre britannique Boris Johnson s’est attaché mercredi à insuffler une bouffée d’optimisme aux militants de son Parti conservateur réunis en congrès, promettant une économie florissante malgré les crises actuelles.

Sylvain PEUCHMAURD Agence France-Presse

Faisant fi des pénuries qui frappent le Royaume-Uni en raison d’un manque de main-d’œuvre, Boris Johnson a promis de tirer les salaires et la productivité vers le haut dans un discours passionné, truffé de bons mots pour galvaniser le moral des troupes, mais quasiment dépourvu d’annonces concrètes.

Le pays se dirige « vers une économie à salaires élevés, compétences élevées, productivité élevée et à faible fiscalité », a promis le dirigeant conservateur de 57 ans. Au détour d’une phrase, lui qui avait été jusqu’à contester le terme de crise a admis que tout cela « prendrait du temps » et serait « parfois difficile ».

« Mais c’est ce pour quoi » les Britanniques ont voté lors du référendum sur le Brexit de 2016 puis en 2019, en lui accordant une majorité d’une ampleur inédite depuis les années 1980, estime-t-il.

Malgré ce discours confiant, le premier en personne depuis deux ans devant ses troupes réunies en congrès à Manchester (nord-ouest de l’Angleterre), le pays est confronté à un cruel manque de main-d’œuvre — des employés d’abattoirs aux chauffeurs routiers — qui sème le doute face au slogan martelé par le dirigeant conservateur de « reconstruire en mieux » après la pandémie et le Brexit.

Lors de la grand-messe des conservateurs, Boris Johnson s’est vanté d’avoir pris en main les « problèmes auxquels aucun gouvernement n’a eu les tripes de s’attaquer auparavant », alors même que son camp est au pouvoir depuis plus d’une décennie.

Thatcher à la rescousse

Défendant une hausse critiquée des prélèvements sociaux pour remettre d’aplomb un système de santé à bout de souffle à cause de la pandémie, Boris Johnson a invoqué l’ancienne première ministre Margaret Thatcher, qui reste une figure tutélaire pour nombre de conservateurs.

« Je peux vous dire que Margaret Thatcher n’aurait pas ignoré la météorite qui vient de s’écraser sur les finances publiques », a-t-il déclaré. « Elle aurait agité le doigt et aurait dit “davantage d’emprunts maintenant, c’est juste des taux d’intérêt plus élevés, et encore plus d’impôts plus tard” ».

Il a aussi défendu le durcissement des règles d’immigration après le Brexit, l’un des grands thèmes de la campagne de 2016, affirmant tourner le dos à un « vieux système cassé » reposant sur « de bas salaires, une faible croissance, de faibles qualifications, le tout rendu possible et facilité par une immigration incontrôlée ».

Sous les rires et applaudissements, Boris Johnson a titillé l’ancien négociateur de l’Union européenne, le « bon vieux » Michel Barnier, qui candidat à la présidentielle en France, a promis un référendum sur la « liberté de manœuvre » de l’hexagone en matière d’immigration.

Parmi les militants réunis à Manchester, Charles Boote, 82 ans, s’est félicité de cette volonté de « tirer vers le haut » le pays et de « dire au secteur privé qu’il ne peut se reposer de manière indéfinie sur des travailleurs étrangers bon marché ».

« Nous avons besoin de cet enthousiasme après la COVID-19, nous avons pris beaucoup de coups », confiait aussi à l’AFP Jacqueline Hampson, 50 ans.

Climat en sourdine

Les milieux économiques se sont en revanche montrés plus réservés. Le directeur général de l’organisation patronale CBI, Tony Danker, a souligné la nécessité d’agir en faveur des « qualifications, des investissements et de la productivité », sans quoi le pays s’engagera vers l’inflation.

Sans aucune proposition « concrète », le discours de M. Johson n’est « rien d’autre » qu’un moyen pour « détourner désespérement l’attention de la grave crise de l’augmentation du coût de la vie qui arrive sous sa houlette », a pour sa part jugé Sharon Graham, secrétaire général d’Unite, plus grand syndicat britannique.  

Si l’économie était au premier plan de son discours, le sujet de la lutte contre le changement climatique a en revanche été à peine survolé et le grand absent aussi du discours de ses ministres, à moins d’un mois de la COP26 sur le climat organisée à Glasgow (Écosse), que Boris Johnson a pourtant qualifié de « sommet de notre génération ».

Un « mauvais signal » avant la COP26, selon Greenpeace UK.

Si le sujet a été évoqué mardi par la ministre de l’Intérieur Priti Patel, c’est pour promettre un durcissement contre les militants écologistes qui bloquent régulièrement des axes routiers ces dernières semaines.