(Paris) À six mois de la présidentielle, Marine Le Pen a présenté mardi les contours de son référendum pour combattre l’immigration, thème de prédilection de son parti que lui disputent désormais la droite et Éric Zemmour, et même le gouvernement d’Emmanuel Macron.

Anne RENAUT Agence France-Presse

Après avoir exprimé sa volonté de réduire « drastiquement » l’immigration lundi soir sur les ondes de la chaîne France 2, la candidate du Rassemblement national a dévoilé à la presse son projet de loi de référendum qu’elle veut faire adopter dès son arrivée au pouvoir, si elle est élue à l’Élysée en avril 2022.

Marine Le Pen, après un début de campagne discret, fera ensuite un déplacement près de Bordeaux mercredi et jeudi, pour rencontrer, à huis clos, « des femmes et des hommes qui constatent les coûts et l’impact de l’immigration dans le cadre de leur profession ».

« La France restera-t-elle la France ou sera-t-elle emportée dans le torrent non maîtrisé de gigantesques flux migratoires qui balaieront notre culture, nos valeurs, nos modes de vie ? », a interrogé la candidate du parti Rassemblement national en présentant son projet de loi pour refondre « l’ensemble du droit applicable aux étrangers ».

Ce texte inscrira dans la Constitution la « maîtrise » de l’immigration, en interdisant toute régularisation, ainsi que la « priorité nationale » dans l’accès par exemple au logement ou à l’emploi, comme elle l’a défendu plus tôt.

Allocations seulement aux Français

Outre l’expulsion des étrangers délinquants, certaines prestations, comme les allocations familiales, « seront réservées aux Français », afin de doper la natalité, des sanctions pénales seront prévues pour « complicité à l’immigration illégale », et il sera mis fin au regroupement familial.

Autant de dispositions qui pourraient être contestées par les juridictions européennes mais que Marine Le Pen entend contourner en consacrant dans le projet de loi la supériorité du droit français sur le droit international, comme celui de la CEDH (Convention européenne des droits de l’homme) ou de la CEJ (Cour européenne de justice), dans une forme de « bouclier constitutionnel ».  

« Tout texte international, ou disposition de ce texte qui (sera) contraire à la Constitution (restera) inappliqué », ce qui fait que la France n’aura « pas besoin de sortir des textes » internationaux, assure la candidate, qui ne veut plus sortir de l’Union européenne mais conditionne, dans le même projet de loi, cette appartenance au « respect de l’identité constitutionnelle de la France ».

Le RN insiste sur le fait que Marine Le Pen, qui marque le pas dans les sondages, défend ce référendum depuis 2014 alors que certaines de ses propositions sont reprises par les candidats de droite et que le polémiste et putatif candidat identitaire Éric Zemmour en revendique lui aussi la paternité.

« Faux prophètes »

« Le temps du constat est dépassé », a déclaré mardi Marine Le Pen, en affirmant ne pas avoir « entendu beaucoup de solutions concrètes » de la part de M. Zemmour, et en égratignant les « faux prophètes » de la droite quand ils accèdent au pouvoir.

Mais elle a vu une « victoire idéologique » dans les « ralliements » des candidats à droite qui proposent désormais comme elle un moratoire sur l’immigration. Valérie Pécresse veut en outre reprendre les vols nolisés d’expulsion des clandestins. Michel Barnier promet un « ministère chargé de la sécurité publique » et Éric Ciotti compte revenir sur le droit du sol.

Le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier a toutefois rappelé sur LCI que l’article 11 qui organise ce référendum prévoit de le réserver « à l’organisation des pouvoirs publics et la politique économique, sociale et environnementale » mais pas aux questions migratoires. « Impossible n’est pas français », a répondu Mme Le Pen.  

Alors que la candidate du RN est toujours donnée par les sondages au second tour face à Emmanuel Macron, le gouvernement a annoncé mardi un durcissement des conditions d’obtention des visas à l’égard du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie qui « refusent » de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires au retour des immigrés refoulés de France.

C’est un peu « tardif », a commenté Marine Le Pen en affirmant que depuis janvier 99,8 % des expulsions prononcées vers l’Algérie ne sont pas effectuées.

Elle n’a cependant pas voulu chiffrer les expulsions envisagées si elle accédait à l’Élysée. « Je ne suis pas sûre qu’il soit nécessaire de faire un chiffrage. Voilà, c’est un bouleversement », a-t-elle dit.

Zemmour menacé de mort dans la rue

Une enquête a été ouverte lundi pour « menaces de mort » après que le polémiste et probable candidat à l’élection présidentielle de 2022 Éric Zemmour a été insulté et menacé dans la rue, a indiqué mardi le parquet de Paris.

Les investigations ont été confiées au service d’accueil et d’investigations de proximité de la police du XVIIIe arrondissement, a ajouté cette source interrogée par l’AFP.

Lundi, Éric Zemmour a affirmé avoir été agressé verbalement dans la rue par un homme qui lui a, selon lui, lancé « Sur le Coran de la Mecque, je vais te fumer ».

« Le quotidien de tant de Français », a écrit sur son compte Twitter le journaliste, qui a reçu le soutien du député du parti Les Républicains Éric Ciotti.