(Celle) Il est présenté comme le « cerveau » du groupe État islamique en Allemagne : le prédicateur irakien « Abou Walaa » a été condamné mercredi à 10 ans et demi de prison pour avoir radicalisé des jeunes et contribué à préparer une action violente.

Sebastian BRONST avec Mathieu FOULKES à Berlin
Agence France-Presse

Ahmad Abdulaziz Abdullah Abdullah, alias « Abou Walaa », était jugé depuis plus de trois ans à Celle, dans le nord du pays, aux côtés de complices présumés, dans un procès-fleuve entouré d’un drastique dispositif de sécurité.

Ce prédicateur de 37 ans a été reconnu coupable d’appartenance à une organisation terroriste, de financement du terrorisme et d’aide à la préparation d’une action violente. Il a écopé de 10 ans et six mois de prison. Le parquet avait requis 11 ans de détention, son avocat plaidant l’acquittement.

« Abou Walaa » était, selon l’accusation, « le représentant en Allemagne » de l’organisation État islamique, entretenant des « contacts directs » avec ses dirigeants.

Il était aussi le « cerveau du réseau » qui envoyait des combattants volontaires depuis l’Allemagne vers la Syrie ou l’Irak.

Trois co-accusés ont eux été condamnés pour complicité à des peines comprises entre quatre et huit ans de réclusion.

« Prédicateur sans visage »

Abou Walaa avait monté dans sa mosquée de Hildesheim, en Basse-Saxe, une véritable entreprise d’embrigadement.  

Au moins huit personnes, « principalement de très jeunes gens », selon l’accusation, sont ainsi parties, dont des frères jumeaux allemands qui ont commis un sanglant attentat suicide en Irak en 2015.

Il était une « autorité de premier plan avec un grand charisme » dans la mouvance djihadiste en Allemagne, a résumé le tribunal. À ce titre, il avait été autorisé par l’EI à « agir en son nom ».

L’homme est arrivé en Allemagne comme demandeur d’asile en 2001 et a été arrêté en novembre 2016 après une longue enquête du renseignement intérieur.

Très prudent et discret, il était surnommé « le prédicateur sans visage », car ses prêches en ligne, très regardés dans la jihadosphère, ne le montraient jamais de face.  

Il est aussi accusé d’avoir prêché le djihad dans la mosquée de Hildesheim, désormais fermée.

Parmi les personnes ayant fréquenté le groupe, on retrouve au moins l’un des trois adolescents qui, âgés de 16 ans, ont posé une bombe en avril 2016 dans un temple sikh en Allemagne, blessant trois hommes, dont un, grièvement.  

Par ailleurs, Anis Amri, le Tunisien responsable de l’attaque au camion bélier du marché de Noël de Berlin (12 morts en décembre 2016), paraît avoir été en contact avec ce réseau.  

Le demandeur d’asile tunisien, tué dans sa fuite en Italie par la police, a fréquenté aussi une mosquée berlinoise connue pour ses liens avec le djihadisme et où Abou Walaa a eu l’occasion de prêcher. Un contact direct entre les deux hommes n’a cependant jamais été établi.  

« Escroc »

L’accusation s’est essentiellement appuyée sur le témoignage d’un informateur qui pendant des mois a récolté indices et éléments de preuves contre le prédicateur irakien. Craignant pour sa vie, ce témoin à charge a été exempté de témoigner à l’audience.

Un autre informateur clé, combattant djihadiste désabusé, de retour des anciens territoires de l’EI, a aussi accepté de coopérer et de raconter comment le réseau d’Abou Walaa l’a fait partir via Bruxelles et la Turquie.

Mais pour l’avocat d’Abou Walaa, Peter Krieger, ces accusations ont reposé sur les déclarations d’un témoin indigne de confiance, déjà condamné en tant que membre de l’EI. « Le témoin principal est un escroc », s’est-il emporté à l’audience.

Si le terrorisme d’extrême droite a été érigé au premier rang des menaces pesant sur la sécurité de l’Allemagne, la nébuleuse djihadiste y reste active.

Trois frères syriens, soupçonnés de préparer des attentats à l’explosif, ont ainsi été interpellés début février en Allemagne et au Danemark.

Depuis 2009, les autorités allemandes ont déjoué 17 tentatives d’attentat de ce type.

Le nombre d’islamistes considérés comme dangereux se trouvant en Allemagne a été multiplié par cinq depuis 2013 pour s’établir actuellement à 615, selon le ministère de l’Intérieur. Celui des salafistes est lui évalué à environ 11 000, soit deux fois plus qu’en 2013.