(Moscou) Le rédacteur en chef d’un site d’information indépendant russe a été condamné mercredi à 25 jours de prison pour « organisation de protestations de masse », après avoir retweeté une blague sur une manifestation pro-Navalny en janvier.

Agence France-Presse

Le tribunal Tverskoï de Moscou a reconnu Sergueï Smirnov, rédacteur en chef du site Mediazona, coupable d’avoir violé à plusieurs reprises la loi sur l’organisation d’une manifestation, a indiqué à l’AFP son avocat, Fiodor Siroch.

Le mois dernier, Sergueï Smirnov, 45 ans, a vu sur Twitter une blague : l’auteur du tweet trouvait que Smirnov ressemblait physiquement au leader du groupe punk Tarakany (Cafards), qui avait affiché son soutien à une manifestation organisée le 23 janvier à travers la Russie à l’appel du principal opposant russe Alexeï Navalny, incarcéré. Amusé, M. Smirnov a relayé le tweet.

Blague ou pas, en prison

Or, malheureusement pour lui, la blague était accompagnée d’une photo du chanteur où figuraient la date et l’heure de la manifestation qui appelait les Russes à descendre dans la rue dans une centaine de villes pour réclamer la libération de M. Navalny.

Sergueï Smirnov a été arrêté en pleine rue à Moscou le 30 janvier, à la veille d’une nouvelle manifestation pro-Navalny, alors qu’il se promenait avec son fils de 5 ans. Il n’a été relâché que plusieurs heures plus tard, à condition de se présenter mercredi devant le juge.

« Il s’agit de la première arrestation d’un rédacteur en chef d’un média dans l’histoire de Russie », a réagi sur Twitter Piotr Verzilov, le fondateur de Mediazona, qui informe notamment sur les procès des défenseurs des droits de l’Homme en Russie.

Selon M. Verzilov, Sergueï Smirnov n’a même pas participé à la manifestation le 23 janvier.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a exprimé, dans un communiqué, sa « préoccupation » pour la « persécution infondée » de Sergueï Smirnov et a appelé à sa « libération immédiate ».

« Les journalistes en Russie doivent pouvoir travailler librement et sans avoir peur », a souligné le CPJ.

Pour sa part, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé des « accusations montées de toutes pièces », estimant que les droits de M. Smirnov à se défendre « ont été bafoués » et qualifiant son procès d’« ubuesque ».

De son côté, le journal indépendant russe Novaïa Gazeta a annoncé son intention de publier pendant les 25 jours à venir « les principaux articles de Mediazona » en signe de solidarité avec Sergueï Smirnov.

Un mouvement de protestation d’une ampleur inédite depuis plusieurs années a essaimé en Russie depuis l’emprisonnement mi-janvier d’Alexeï Navalny à son retour, après cinq mois de convalescence en Allemagne où il se remettait d’un empoisonnement dont il accuse Vladimir Poutine.