(Athènes) La célébration mercredi de la fête chrétienne de l’Épiphanie dans les églises en Grèce malgré le confinement strict a fait polémique, les experts et l’opposition accusant le gouvernement conservateur d’« avoir cédé » à la toute puissante Église orthodoxe.

Hélène COLLIOPOULOU
Agence France-Presse

Deux jours après un remaniement ministériel restreint visant à « faire face aux nouveaux défis » de la pandémie du coronavirus, le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis, au pouvoir depuis un an et demi, est critiqué pour ne pas avoir réussi à interdire les offices religieux alors que les experts craignent une troisième vague de COVID-19.

De nombreux fidèles portant un masque et respectant dans la plupart de cas les gestes barrières ont afflué mercredi dans les églises où toutefois la communion, un rituel soupçonné de faciliter la propagation du coronavirus, a eu lieu, ont constaté les photographes l’AFP.

La police présente devant certaines églises s’est surtout limitée à faire des recommandations aux fidèles sur la distanciation sociale.

Le comportement des prélats grecs : « moyennageux »

Face à l’appel du gouvernement mardi au respect du confinement, l’Église n’a consenti qu’à annuler « la bénédiction des eaux », une tradition de l’Épiphanie au cours de laquelle une croix est jetée dans l’eau et des jeunes s’y jettent pour la récupérer.  

Mais dans certaines villes, à Thessalonique (nord) — la plus touchée ces derniers mois par le coronavirus après une fête religieuse fin octobre — ou à Aigio (sud-ouest) « la bénédiction des eaux » a eu lieu et la police a infligé des amendes et procédé à des interpellations.  

George Pavlakis, médecin grec dans un centre de recherche sur le cancer aux États-Unis a qualifié de « moyenâgeux » le comportement de prélats dans un article publié dans le quotidien libéral Kathimerini.

« C’est une défaite pour le gouvernement qui n’a pas su imposer » la loi, a-t-il aussi déploré lors d’un entretien à la radio pro-gouvernementale Skaï.  

4000 morts en deux mois

La deuxième vague de l’épidémie en Grèce qui lui a valu un confinement strict depuis le 7 novembre, a été beaucoup plus virulente que celle du printemps : le pays déplore 5000 décès dont plus de 4000 ont été enregistrés ces deux derniers mois.

L’Église de Grèce, non séparée de l’État,  a été critiquée à plusieurs reprises pour le manque de respect des mesures sanitaires. Au moins cinq prélats ont été contaminés par la COVID-19 dont deux sont morts.  

Le bras de fer entre le gouvernement et l’Église de Grèce, non séparée de l’État, a commencé lundi après une décision du Saint-Synode, organe suprême ecclésiastique, de célébrer l’Épiphanie avec les églises ouvertes malgré le confinement strict décrété samedi dernier par le gouvernement après l’assouplissement des mesures pendant les fêtes de fin d’année.

À la suite d’un entretien mardi avec le chef de l’Église de Grèce l’archevêque Iéronymos, Kyriakos Mitsotakis a appelé l’Église à « prendre ses responsabilités » et à « donner l’exemple ». Il a souligné « la nécessité du respect strict des mesures sanitaires par tous ».

La défiance de l’Église envers cet appel a entraîné une controverse politique : la principale formation d’opposition, le parti Syriza (gauche radicale) d’Alexis Tsipras, a accusé le gouvernement de « céder face à l’Église » et qualifié la gestion du confinement « de théâtre d’absurde ».

« Désinformation »

Le parti Kinal (centre gauche) a également déploré « le recul du gouvernement » : « Alors que les citoyens sont obligés de respecter le confinement, c’est inconcevable que le Saint-Synode fasse exception en mettant en danger la santé publique », a-t-il indiqué.

Dans un pays à grande majorité orthodoxe où la Constitution est promulguée au nom de la Sainte-Trinité et où le clergé est payé par l’État, l’Église de Grèce maintient un rôle très influent.

« L’Église a une longue histoire et est un mécanisme puissant, son rôle étant d’aider les gens et pas de provoquer des conflits », a dit à l’AFP le père Maximos de l’église de Saint-André à Agia Paraskevi, banlieue d’Athènes. Il impute la controverse « aux médias qui sont souvent à l’origine de la désinformation ».