(Moscou) Vladimir Poutine a décrété jeudi le mois d’avril chômé tout en préservant les salaires afin de contrôler la propagation de la COVID-19 en Russie, la pandémie n’ayant pas encore atteint son pic.

Antoine LAMBROSCHINI
Agence France-Presse

« La menace demeure. Comme l’estiment les virologues, le pic de l’épidémie dans le monde n’a pas encore été franchi, y compris dans notre pays », a déclaré le président russe dans sa deuxième intervention télévisée sur le sujet en un peu plus d’une semaine.

« J’ai décidé de prolonger le régime de jours chômés (en vigueur depuis le 28 mars, NDLR) jusqu’au 30 avril inclus », a-t-il ajouté, ordonnant que les salaires soient maintenus et remerciant les professions médicales. Il a noté que cette mesure avait permis de « gagner du temps » face à l’épidémie.  

Outre les magasins alimentaires, pharmacies, établissements médicaux et commerces de produits de première nécessité, chaque région pourra déterminer, selon sa situation épidémiologique, les entreprises et organisations autorisées à fonctionner.

Chaque entité régionale pourra aussi déterminer les mesures de confinement adaptées, certaines parties du territoire russe n’ayant pas encore enregistré de cas du nouveau coronavirus.

Vladimir Poutine a une fois encore appelé les Russes à faire preuve de « responsabilité » et suivre « les directives des autorités ».

Moscou a de son côté prolongé ses mesures de confinement jusqu’au 1er mai. « Nous devons faire preuve de patience et de courage. Nous allons traverser des moments difficiles », a dit sur son blogue le maire de la capitale, Sergueï Sobianine.

Moscou, principal foyer

Depuis lundi, dans la foulée de la décision de confiner sa population prise par Moscou, principal foyer de la maladie avec 2475 cas, la plupart des régions ont rendu le confinement obligatoire sous peine de sanctions.

Le président russe a relevé que dans la capitale, malgré ces mesures, les autorités n’étaient « pas parvenues à retourner la situation ».

Par rapport à l’Europe occidentale ou aux États-Unis, la Russie reste moins touchée par la pandémie avec 3548 cas, dont 30 morts officiellement recensés. Mais elle progresse vite : le 25 mars, avant le premier discours de Vladimir Poutine, elle comptait 495 malades et aucun décès.

Le chef de l’État russe n’a pas fait jeudi d’annonce précise de soutien à l’économie, touchée de plein fouet par la crise mondiale due à la COVID-19, mais aussi par la chute des prix du pétrole et par ricochet celle du rouble.

Mais il a insisté sur le fait que « sauvegarder les emplois et les revenus » des Russes était une priorité.

La semaine dernière, il avait détaillé une série de mesures socio-économiques pour aider les entreprises et les particuliers en difficulté.

Si la plupart des Russes sont obligés de rester chez eux autant que possible, ceux devant se rendre au travail y sont encore autorisés. À Moscou, le nombre des passagers dans le métro a chuté de 84 % et le trafic automobile de 64 % par rapport à la même période en 2019, selon le centre de crise moscovite.

Poutine en télétravail

La Russie, Moscou en tête, est aussi en train de déployer des solutions technologiques. La capitale russe s’appuie notamment sur son système de vidéosurveillance à reconnaissance faciale et sur les données des opérateurs téléphoniques pour vérifier que les malades du coronavirus non hospitalisés n’enfreignent pas leur quarantaine.  

M. Sobianine a toutefois assuré jeudi qu’aucun système de laissez-passer ne sera imposé aux Moscovites, ceux-ci ayant fait preuve de « responsabilité et solidarité » durant la première semaine de confinement. Un laissez-passer sous forme de QR Code était notamment envisagé.

Le Kremlin a de son côté indiqué mercredi que M. Poutine était désormais en télétravail, depuis sa résidence en banlieue de Moscou.

Cette annonce est intervenue après que le médecin-chef du principal hôpital moscovite traitant les malades de la COVID-19, qui avait accueilli le chef de l’État dans son établissement la semaine dernière, a révélé être porteur du virus. Selon la présidence, Vladimir Poutine n’a pas été contaminé.  

Afin de limiter la propagation du nouveau coronavirus sur son territoire, la Russie s’est peu à peu fermée à tous les pays touchés par la pandémie. Ses frontières sont désormais verrouillées.