(Berlin) Les États-Unis demandent à l’Allemagne et à l’Union européenne un « moratoire » sur la construction du gazoduc Nord Stream 2, un « outil politique du Kremlin », affirme samedi l’ambassadrice des États-Unis par intérim à Berlin.

Agence France-Presse

« Le moment est venu pour l’Allemagne et l’UE d’imposer un moratoire sur la construction du gazoduc », prévient Robin Quinville dans le quotidien économique Handelsblatt.

Interrompus depuis près d’un an en raison de menaces de sanctions américaines, les travaux pour achever ce chantier du gazoduc reliant la Russie et l’Allemagne devraient reprendre ce week-end. Il reste quelques kilomètres à construire en mer Baltique, au large de l’Allemagne.

Selon Mme Quinville, qui assure l’intérim à l’ambassade des États-Unis depuis juin, un « moratoire » montrerait que l’Europe ne tolère plus « la poursuite du comportement malveillant de la Russie ».

« Ce gazoduc n’est pas seulement un projet économique, mais aussi l’outil politique du Kremlin pour contourner l’Ukraine et diviser l’Europe », met-elle en garde.

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Des tuyaux devant servir à la construction du gazoduc sont entreposés au port de Mukran, près de Sassnitz, en Allemagne.

Nord Stream 2, dont la mise en service était initialement prévue début 2020, est un gazoduc censé doubler les capacités de livraison de gaz russe de son aîné Nord Stream 1, opérationnel depuis 2012, et garantir la sécurité des approvisionnements de l’Europe occidentale via la mer Baltique.

Le projet associe principalement le géant russe Gazprom à cinq groupes européens : le français Engie, les allemands Uniper et Wintershall, l’autrichien OMV et l’anglo-néerlandais Shell, pour un budget total évalué à 9,5 milliards d’euros.

Il est décrié en Europe par plusieurs pays, dont l’Ukraine, la Pologne et les pays baltes.

Mais ce sont surtout les États-Unis qui combattent ce projet, susceptible de rendre l’Allemagne « prisonnière » de Moscou, avait prévenu Donald Trump en 2018.

La position américaine est loin d’être économiquement désintéressée. Les États-Unis, grand producteur de gaz naturel, se sont en effet récemment lancés dans une offensive commerciale à la recherche de nouveaux débouchés, lorgnant du côté de l’Europe.

À la suite de la tentative d’empoisonnement d’Alexeï Navalny, détracteur numéro un du Kremlin, l’Union européenne avait en septembre évoqué de possibles sanctions contre la Russie et le projet Nord Stream 2.