(Paris) Le premier jour du nouveau confinement en France, vendredi, s’est traduit par une vie au ralenti, mais aussi par la colère de commerces indépendants dont l’activité est jugée « non nécessaire » et qui sont obligés de fermer, à la différence des grandes surfaces.

Paul RICARD avec les bureaux de l’AFP
Agence France-Presse

Ce confinement allégé a pris effet à minuit. Prévu « a minima » jusqu’au 1er décembre, il est plus souple que celui de mars-avril.

Si « la traversée de Paris ce [vendredi] matin ressemblait plus à un jour ordinaire qu’à un premier jour de confinement », selon les mots du directeur général de l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), Martin Hirsch, sur Twitter, mais l’affluence était nettement moindre qu’un jour normal dans les transports en commun.

Comme lors du premier confinement, les dérogations sont possibles pour faire ses courses, aller chez le médecin, mais aussi prendre l’air pendant « une heure maximum » et dans « un rayon d’un kilomètre du domicile ». L’amende restera de 135 euros en cas de défaut d’attestation temporaire. Des « attestations permanentes » peuvent être délivrées par les entreprises et les écoles.

Les guichets des services publics ou les marchés alimentaires resteront ouverts (sauf si le préfet en décide autrement), et certains magasins bénéficient de dérogations. Mais les commerces jugés « non essentiels » (dont les bars et restaurants) resteront fermés.

« Colère des commerçants »

Cette dernière mesure a provoqué une bronca chez de nombreux commerçants, dont les libraires, furieux que de grandes enseignes restent ouvertes et de la concurrence des plates-formes de vente en ligne.

Face à la polémique, la Fnac-Darty a annoncé vendredi fermer « l’ensemble des rayons culture » de ses magasins, « dans un souci de responsabilité ». Et le gouvernement a annoncé dans la soirée que les rayons livres et culture des grandes surfaces alimentaires et spécialisées seraient « momentanément fermés dès ce soir », par « souci d’équité entre grandes surfaces et librairies indépendantes ».

De nombreux commerces, comme ceux de vêtements et de jouets, s’alarment d’une fermeture pendant la période clé précédant les fêtes de fin d’année. La fédération des marchands de jouets a annoncé le dépôt d’un référé devant le Conseil d’État contre la vente de jouets dans les hypermarchés.  

Le ministre Bruno Le Maire dit comprendre « la colère des commerçants […] d’autant plus que les fêtes de Noël approchent et que beaucoup ont constitué des stocks ».

« C’est un vrai coup dur. Mais nous ne laisserons tomber personne. Nous apportons à ces commerces fermés un soutien économique massif, encore plus puissant que lors du premier confinement », a-t-il déclaré au Parisien de samedi.

Des maires de villes moyennes, comme Perpignan, ou plus petites comme Brive ou Aubusson, ont pris des arrêtés, autorisant l’ouverture de commerces non alimentaires. Ils ont argué, comme le maire de Brive, Frédéric Soulier, d’une « rupture d’égalité entre petits commerces et grandes et moyennes surfaces ». Plusieurs préfectures ont demandé aux maires en question de retirer leurs arrêtés.

Bibliothèques dévalisées

Il y a trois changements majeurs par rapport au printemps : écoles, collèges et lycées rouvriront lundi après les vacances de la Toussaint, on pourra rendre visite aux résidents des Ehpad et le travail pourra continuer.

Mais « le recours au télétravail doit être le plus massif possible », « cinq jours sur cinq », selon Jean Castex. Ce n’est « pas une option », mais une « obligation », a insisté la ministre du Travail Elisabeth Borne.

Mais « nous, dans le BTP, on continue à travailler. Heureusement ! », se réjouit, masque sur le visage et lunettes embuées, un ouvrier qui travaille à la rénovation d’un bâtiment dans le centre de Strasbourg autrement moins peuplé qu’à l’habituel.

En prévision de ce reconfinement, les Français se sont préparés, faisant parfois le plein de papier-toilette, ou de livres comme dans les bibliothèques de Bordeaux, prises d’assaut jeudi.

Les autorités feront le point tous les 15 jours sur l’évolution de l’épidémie pour voir si les mesures doivent être renforcées ou allégées. L’objectif de l’exécutif est de parvenir « à environ 5000 » cas de contamination par jour, contre plus de 47 000 enregistrés jeudi.

La dette s’alourdit

« Moi je pense qu’on sera fermé jusqu’en janvier », lance, fataliste, un restaurateur qui range sa terrasse sur la place du Capitole à Toulouse.  

Vendredi, une personne sur cinq testées était positive et le nombre de patients hospitalisés en réanimation ou en soins intensifs s’élevait à 3368, avec 422 nouvelles admissions depuis la veille. Le nombre de morts atteignait 36 565, avec 256 décès enregistrés ces dernières 24 heures.

Sans surprise, le reconfinement va peser lourdement sur l’économie française. Le gouvernement s’attend désormais à une récession un peu plus grave que prévu cette année, malgré le fort rebond de l’économie française au troisième trimestre.

Le Secours populaire a lancé un « puissant appel » à la solidarité, l’association avertissant que « La crise sanitaire a pour conséquence une montée de la pauvreté et de la précarité ».  

Le produit intérieur brut (PIB) devrait se contracter de 11 %, a indiqué Bruno Le Maire, qui prévoyait jusqu’ici une récession, déjà importante, de 10 %. La dette publique va frôler les 120 % (119,8 %) du PIB en 2020, contre 117,5 % prévu il y a peu, a précisé le ministre au Parisien.  

Une situation d’autant plus compliquée pour le gouvernement qu’il fait face à une autre urgence, celle de la sécurité, après l’attentat islamiste qui a fait jeudi trois morts dans une église de Nice.