(Londres) Le gouvernement de Boris Johnson a appelé samedi à l’unité et veut remobiliser les troupes au premier jour du Congrès annuel des conservateurs, alors que le premier ministre fait face à une crise de confiance au sein de son propre camp pour sa gestion de la pandémie.

Jitendra JOSHI
Agence France-Presse

Moins d’un an après son triomphe dans les urnes, le dirigeant conservateur concentre les reproches du public concernant la gestion de l’épidémie qui a déjà fait plus de 42 200 morts au Royaume-Uni-un bilan sans équivalent en Europe-et repart ces dernières semaines.

Même dans son propre camp, la tendance est à la défiance, voire à la rébellion. Alors que le soutien à la politique sanitaire du premier ministre « s’est nettement dégradé au sein des membres du parti » selon une enquête réalisée par le site ConservativeHome, le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab a appelé samedi les conservateurs à l’unité.  

« L’une des leçons que les conservateurs tirent du coronavirus est que nous sommes plus grands quand nous travaillons ensemble que pris chacun individuellement », a-t-il déclaré lors du Congrès qui se déroule cette année uniquement en ligne en raison de la pandémie.  

Dans un court discours, il a vanté les mérites de Boris Johnson sur le Brexit, l’environnement ou les droits de la personne. « C’est le premier ministre qui a eu le courage moral d’imposer des sanctions » aux Russes, « c’est le premier ministre qui va réunir le monde entier l’année prochaine à Glasgow » pour la COP26, a-t-il énuméré.

« Baisse de popularité »

Coronavirus oblige, Boris Johnson ne délivrera pas cette année de discours enflammé devant une salle captivée et remplie à ras bord. De quoi diminuer l’impact de sa verve, mais aussi lui épargner de subir frontalement les foudres de ses troupes.

Car selon une enquête réalisée par le site ConservativeHome, les membres du parti soutiennent de moins en moins les mesures de confinement contraint qu’il impose localement. « Cette baisse de confiance fait écho à celle observée dans les sondages auprès du grand public et reflète la baisse de popularité du premier ministre lui-même », a estimé Paul Goodman, rédacteur en chef de ConservativeHome.  

Certains députés conservateurs lui ont aussi reproché de ne pas assez consulter le Parlement concernant les mesures sanitaires, ainsi que son approche restrictive, qualifiée par le député de Philip Davies de « socialiste ».

Pour calmer le jeu, « Bojo », qui ne s’exprimera qu’au dernier jour du Congrès, a tenté vendredi soir dans le quotidien Telegraph de se justifier. « Je pense qu’il y a un impératif moral à sauver des vies où vous le pouvez », a-t-il déclaré, enjoignant « les gens à être un peu patients ».

L’atmosphère était bien différente en fin d’année dernière, lorsque Boris Johnson avait été élu à la tête des conservateurs avant de remporter triomphalement en décembre les législatives, sur la promesse de « réaliser le Brexit » après des années de débats sur la sortie de l’Union européenne, votée en 2016.

« Remplacer » Johnson ?

Désormais, une frange des « Tories » lui reproche même son attitude à l’égard de l’Union européenne, pourtant bouc émissaire préféré de certains conservateurs. Ils craignent notamment que le projet de loi du gouvernement, qui revient en partie sur l’accord du Brexit conclu il y a un an, n’entame la crédibilité diplomatique du Royaume-Uni, car ce revirement viole du propre aveu de Londres le droit international.  

« Le seul avantage pour Boris Johnson, c’est que tenir le congrès en ligne ne donnera pas à ses collègues mécontents l’opportunité de se demander — au détour d’un vin blanc trop chaud et d’un triste stand de sandwichs — s’ils ne feraient pas mieux de le remplacer avant qu’il ne soit trop tard », a estimé auprès de l’AFP le politologue Tim Bale, de la Queen Mary University of London.

La presse conservatrice s’est en effet trouvé un nouveau chouchou en la personne du jeune et télégénique ministre des Finances Rishi Sunak, qu’elle verrait bien en successeur à Downing Street.

Boris Johnson a affirmé dans le Telegraph ne « faire qu’un » avec M. Sunak et ne pas voir en lui un rival, vantant « l’esprit d’équipe entre le numéro 10 et le numéro 11 », en référence à leurs résidences voisines sur Downing Street.