(Paris) Le djihadiste Tyler Vilus, émir du groupe État islamique, a été condamné vendredi à 30 ans de réclusion criminelle, assortis d’une période de sûreté des deux tiers, pour des crimes commis en Syrie de 2013 à 2015.

Sofia BOUDERBALA
Agence France-Presse

Le président a expliqué à Tyler Vilus que la cour avait « décidé de ne pas prononcer » de perpétuité, « ce qu’il était possible de faire », la justice l’ayant jugé coupable de toutes les infractions, y compris sa participation à l’exécution de deux prisonniers, mais qu’elle avait voulu lui « laisser une lueur d’espoir » pour qu’il puisse « évoluer ».

Estimant que l’attitude de l’accusé n’avait guère été encourageante, le président Laurent Raviot a toutefois souligné qu’il avait « reconnu un élément très important » en finissant par avouer son intention de « mourir les armes à la main » lorsqu’il avait quitté la Syrie à l’été 2015.

Saluant le début d’un cheminement, le magistrat a appelé le djihadiste à bien réaliser la façon différente « dont la justice est rendue dans une République comme la nôtre et la manière dont la justice a été rendue à Shaddadi en avril 2015 ».

C’est dans cette ville de l’est de la Syrie que Tyler Vilus, devenu policier de l’EI, a participé à l’exécution filmée de deux prisonniers d’une balle dans la tête. Visage découvert, équipé d’un talkie-walkie et d’un pistolet automatique, Vilus se tient debout, à deux mètres des bourreaux.

Il a été jugé coupable de ce crime, qu’il n’a jamais reconnu, affirmant à l’audience qu’il se trouvait là un peu par hasard « à la sortie de la mosquée ». Pour l’accusation, Tyler Vilus ne faisait là qu’exercer « sa fonction de policier » : « Il fait partie de l’unité chargée d’infliger les châtiments, il est parfaitement logique qu’il soit sur une scène d’exécution ».

« Rideau de morts »

« J’espère que vous laissez derrière vous ce rideau de morts dont a parlé l’avocat général », lui a dit le président.

« Je vous remercie », lui a répondu doucement Tyler Vilus, resté impassible à l’énoncé du verdict.

Dans ce dossier hors norme, si la cour a refusé de fermer la porte à tout espoir de rédemption, elle a suivi point par point le raisonnement de l’avocat général Guillaume Michelin, reconnaissant l’émir de l’EI coupable d’association de malfaiteurs terroriste, d’avoir dirigé un groupe de combattants et aussi de « meurtre en bande organisée » en lien avec une entreprise terroriste.

Tyler Vilus est l’un des premiers de sa génération à gagner la Syrie, dès la fin 2012, et l’un des rares individus encore vivants à en être revenu. « Toutes les étapes du parcours de l’accusé sont imbriquées dans celles de la construction du califat », avait assené le représentant du parquet général.  

« Ouvrir le dossier Vilus, c’est ouvrir le bottin des personnalités djihadistes francophones. Il les connaît presque toutes », avait-il ajouté, avant d’énumérer les noms de son « frère » Rached Riahi, membre de la filière de Cannes-Torcy, du Belge Mehdi Nemmouche et surtout de l’équipe des attentats du 13 novembre 2015.

Installé dans la région d’Alep (nord-ouest) en mars 2013, Vilus annonce dès l’été sa promotion à sa mère Christine Rivière - elle-même condamnée à 10 ans pour trois séjours en Syrie auprès de son fils : « En plus d’être flic, je suis devenu émir d’un groupe de Français ».

Pour l’avocat général, il est « un chef de guerre » : posté à Hraytan, dans la périphérie d’Alep, il participe à la tête d’un groupe de combattants francophones à des « opérations de nettoyage », il est « félicité pour son efficacité meurtrière ».

À partir de 2014, il s’établit comme « policier islamique » à Shaddadi (est), où se déroule la terrible scène d’exécution filmée par l’EI.

Si aucune preuve n’a permis de le rattacher aux attentats du 13-Novembre, l’avocat général avait estimé qu’il revenait en France pour « frapper », comme il le dit à Abdelhamid Abaaoud, le coordonnateur des attentats parisiens, après son arrestation en Turquie le 2 juillet 2015.

Ayant gardé son téléphone quelques jours, il écrit : « sa change rien.quand je sort jagis » - mais affirmera qu’il cherchait à amadouer l’EI pour gagner la Mauritanie, via Prague.

Un scénario contredit par ses propres déclarations à la cour, où il reconnaît avoir alors toujours le projet de « mourir les armes à la main ». Ce sont ces mots-là, arrachés en fin de procès, qui lui valent d’échapper à la peine maximale.