(Bruxelles) Pays de 11,5 millions d’habitants, la Belgique affiche une des plus fortes mortalités en Europe pour le coronavirus, car elle revendique une « transparence maximale » sur la situation dramatique dans les maisons de retraite, où le décompte des décès est le plus complet possible.

Matthieu DEMEESTERE
Agence France-Presse

Le chiffre est impressionnant : le pays recensait jeudi 4857 décès liés au coronavirus, là où le Royaume-Uni et la France s’approchaient respectivement des 14 000 et des 18 000 morts, selon les données officielles. Des valeurs certes trois voire quatre fois plus élevées, mais pour des États six fois plus peuplés.

En retenant le nombre de morts par million d’habitants, la Belgique (419) dépassait largement ses voisins britannique (202) et français (274) mais aussi pour la première fois l’Espagne (409) au classement des pays européens les plus touchés.

L’exposition du pays est désormais telle que la première ministre Sophie Wilmès a dû s’en expliquer mercredi soir, à l’issue d’une nouvelle réunion de crise consacrée à la pandémie.

La Belgique, a-t-elle dit, « a fait le choix de la plus grande transparence dans la communication des décès liés à la COVID-19 », quitte à intégrer « des chiffres parfois surévalués ».

Concrètement, les autorités sanitaires ajoutent aux décès à l’hôpital ceux survenus dans les maisons de retraite où le virus fait des ravages.

En outre, dans ces établissements (environ 1500 dans le pays), le recensement est exhaustif puisque sont intégrés aussi les décès possiblement liés au virus sans que cela ait pu être prouvé par un test, ce qui n’est pas le choix d’autres pays européens.

« En Europe, aucun pays ne compte comme les autres. Chez nous, on a la manière la plus détaillée », a affirmé jeudi la ministre de la Santé, Maggie De Block.

Elle a souligné que son ministère envisageait désormais, en lien avec les entités fédérées, un mode de comptage permettant à la Belgique de se comparer avec les voisins, sans dire lesquels.

Les employés, vecteurs potentiels

Accusée par certains médecins d’occulter d’autres diagnostics (hypertension, diabète, pathologies cardiovasculaires, etc.), la large comptabilisation belge « est nécessaire », a plaidé le Dr Emmanuel André, un des porte-parole des autorités sanitaires.

Selon ce virologue, « c’est la bonne pratique de prendre en compte les cas suspects » pour surveiller une épidémie.

Les décès « COVID-19 » confirmés par un test positif étaient jusqu’à présent très minoritaires dans les maisons de retraite (autour de 5 %), mais d’après le Dr André, la multiplication des dépistages va faire bondir la proportion dans les jours à venir. Cela permettra de mieux mesurer la présence du virus.

Pour le sociologue Geoffrey Pleyers, « une tragédie humaine, sociale et éthique » s’est jouée depuis un mois « à huis clos derrière les murs » des maisons de retraite, quand les autorités avaient les yeux braqués sur la capacité des hôpitaux à absorber le choc de l’épidémie et le taux d’occupation des lits en soins intensifs.

« Quelle est la proportion de ces décès qui auraient pu être évités s’ils avaient bénéficié de soins dans les hôpitaux ? », a interrogé ce chercheur belge, dans une tribune publiée par le quotidien Le Soir.

Face à l’ampleur du drame, le gouvernement a décidé de multiplier par dix son effort initial de 20 000 tests et d’en fournir 210 000 aux seules maisons de retraite, un approvisionnement progressif entamé mercredi.

Mais « 210 000, c’est insuffisant pour tester tout le monde », déplore Vincent Frédéricq, secrétaire général de Femarbel, principale fédération du secteur des maisons de retraite en Belgique francophone.

Outre leurs quelque 160 000 résidents dans tout le pays, elles comptent 110 000 employés (personnel soignant, administratif, d’entretien, etc.) qui sont tous des vecteurs potentiels du virus, selon lui.

Preuve que le sujet est hyper sensible dans le pays, Sophie Wilmès a essuyé une volée de critiques jeudi à la Chambre des députés après avoir annoncé la fin de l’interdiction totale des visites familiales aux résidents.

La région wallonne, qui s’était pourtant associée mercredi à cette mesure d’assouplissement, a annoncé jeudi soir que sur son territoire les visites n’auraient pas lieu avant « l’issue de la phase de tests et une concertation avec le secteur ».