(Londres) Le premier ministre britannique Boris Johnson récupère lundi du coronavirus après avoir frôlé la mort alors que son gouvernement s’apprête à prolonger cette semaine les mesures mises en place pour freiner l’épidémie qui a déjà causé plus de 11 000 décès au Royaume-Uni, l’un des pires bilans en Europe.

Charlotte DURAND
Agence France-Presse

« À ce stade, nous ne prévoyons pas de modifier les mesures actuellement en vigueur, et nous ne le ferons pas tant que nous ne serons pas convaincus que ces changements peuvent être faits en toute sécurité », a annoncé le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab.

M. Raab, qui dirige provisoirement le gouvernement en l’absence de Boris Johnson, a souligné lors du point de presse quotidien du gouvernement que le pays n’avait « toujours pas passé le pic » de l’épidémie.

Le Royaume-Uni est désormais l’un des pays les plus touchés d’Europe et l’épidémie y sévit sans discontinuer, avec 717 décès supplémentaires - 11 329 au total - annoncés lundi par le ministère de la Santé, et 88 621 personnes infectées.

« Semaine difficile »

Le conseiller scientifique du gouvernement Patrick Vallance a prévenu que « cette semaine allait être difficile » pour le pays, qui va selon lui assister à « une nouvelle augmentation » du nombre de décès dus à la COVID-19.  

Et même si certains « signes positifs montrent que nous commençons à gagner ce combat », « il reste encore un long chemin à parcourir », selon M. Raab, qui craint que « si on se relâche maintenant, le virus en profitera pleinement : il se répandra plus vite et tuera plus de monde ».  

Lui-même frappé par le virus, Boris Johnson a passé une semaine éprouvante dans l’hôpital londonien de Saint Thomas, en soins intensifs pendant plusieurs jours. Sorti dimanche de l’hôpital, le dirigeant conservateur de 55 ans s’est immédiatement rendu à Chequers, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Londres.  

C’est dans ce manoir du XVIe siècle en briques rouges, résidence de campagne des chefs du gouvernement depuis 1921, qu’il a entamé sa convalescence, rejoint lundi par sa compagne enceinte Carrie Symonds.  

« Le premier ministre se concentre sur son rétablissement, il ne travaille pas en ce moment », a déclaré lundi un de ses porte-parole.

« Nous vaincrons le coronavirus et nous le vaincrons ensemble », a pourtant assuré un Boris Johnson aux traits tirés dans une vidéo diffusée dimanche par ses services, tournée dès son arrivée dans la résidence où son glorieux prédécesseur Winston Churchill a passé plusieurs Noëls.  

Le gouvernement doit se prononcer dans les jours qui viennent sur une prolongation du confinement, décrété le 23 mars pour trois semaines.

Si une première prolongation sera sans doute décidée sans Boris Johnson, le dirigeant devra à terme se pencher sur l’épineuse question de la levée du confinement et ses modalités.

Selon le quotidien conservateur The Times, le gouvernement est désormais scindé entre les ministres partisans d’un confinement court, jusqu’en mai – au rang desquels la ministre de l’Intérieur Priti Patel, le ministre des Finances Rishi Sunak ou encore celui du Commerce Alok Sharma – et ceux plaidant pour une prolongation des mesures au-delà de trois nouvelles semaines, comme le ministre de la Santé Matt Hancock.  

Sous couvert d’anonymat, un ministre explique ainsi dans le quotidien qu’il est important de ne pas faire « plus de dégâts » en prolongeant inutilement un confinement aux conséquences économiques dévastatrices, estimant que les mesures pourraient très bien être assouplies après trois nouvelles semaines.  

Les conseillers scientifiques du gouvernement doivent se réunir mardi, avant une annonce officielle attendue jeudi.