(Madrid) La chambre des députés espagnole a refusé mardi l’ouverture d’une enquête parlementaire sur des soupçons de corruption visant l’ancien roi Juan Carlos à la suite d’informations sur une enquête ouverte en Suisse.  

Agence France-Presse

« Le bureau de la chambre des députés n’a pas accepté la demande de création d’une commission d’enquête sur le roi Juan Carlos », a-t-on appris auprès de la chambre basse.

Tous les membres de cet organe exécutif de la chambre ont voté contre, à l’exception de ceux du parti Podemos qui avait réclamé cette enquête. Cette formation ouvertement républicaine est entrée en janvier dans un gouvernement de coalition avec les socialistes du premier ministre Pedro Sanchez.

PHOTO D'ARCHIVES ESTEBAN FELIX, AP

L'ex-roi d'Espagne Juan Carlos lors d'une visite à l'Academia Diplomatica de Chile, à Santiago, au Chili en 2018.

Plusieurs autres partis de gauche ou indépendantistes catalans avaient emboîté le pas de Podemos en demandant eux aussi cette commission.

Cette demande fait suite à des publications du quotidien La Tribune de Genève il y a une semaine. Ce quotidien suisse a affirmé que Juan Carlos avait reçu, en 2008, 100 millions de dollars américains (environ 138 millions de dollars canadiens) de la part du roi d’Arabie saoudite Abdallah sur le compte en Suisse d’une entité panaméenne dont il était l’unique bénéficiaire.

En 2012, une partie de cette somme, 65 millions d’euros (environ 100 millions de dollars canadiens), a été donnée par le roi à son ancienne maîtresse, Corinna zu Sayn-Wittgenstein, toujours selon ce quotidien.

Citant des sources proches du dossier, la Tribune de Genève a affirmé que ces transactions étaient au centre d’une enquête pénale ouverte en 2018 à Genève, en Suisse, pour « soupçons de blanchiment d’argent aggravé ».

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L'ex-roi d'Espagne Juan Carlos lors d'une corrida à Aranjuez, en Espagne, le 2 juin 2019.

Contactés, les services du procureur de Genève n’ont pas répondu jeudi aux sollicitations de l’AFP.

Podemos avait déjà demandé avant d’être au pouvoir la formation d’une telle commission, mais s’était heurté au refus des socialistes et de la droite. Juan Carlos est protégé par son immunité durant ses années à la tête de l’État (de 1975 à 2014).  

« Nous ne partageons pas cette décision. L’opacité qui entoure le roi émérite est préjudiciable à la démocratie et ne fait que fournir des raisons à ceux qui aspirent à abolir la monarchie », a réagi mardi le député du parti Podemos, Jaume Asens, sur Twitter.

Juan Carlos a abdiqué en 2014 en faveur de son fils Felipe, après 39 ans de règne dont la fin a été entachée par des scandales.