(Erevan) L’Arménie a remercié les États-Unis pour le «vote historique» de la Chambre des représentants, qui a reconnu formellement le «génocide arménien», au grand dam de la Turquie.

Agence France-Presse

Certains regrettaient cependant que ce vote ait eu lieu, selon eux, pour satisfaire à des considérations de politique étrangère et «pour punir la Turquie».

Une résolution appelant à «commémorer le génocide arménien» a été adoptée en séance plénière mardi par 405 voix sur 435, avec une rare union entre démocrates et républicains américains.

Le premier ministre arménien Nikol Pachinian a salué un «vote historique», dans un message sur Twitter, estimant que cette résolution «est un pas audacieux vers la vérité et la justice historique qui offre également un réconfort à des millions de descendants des survivants du génocide arménien».

«L’Arménie remercie profondément les membres de la Chambre des représentants pour leur vote résolu et impressionnant […] qui fait la preuve de leur fidélité infinie à la vérité, la justice, l’humanité, la solidarité et aux valeurs universelles des droits humains», a déclaré pour sa part le ministère arménien des Affaires étrangères, dans un communiqué.

Ce sentiment était largement partagé dans les rues d’Erevan. En avril, chaque année, des centaines de milliers de personnes se réunissent au mémorial qui domine la ville pour commémorer le début des massacres, en 1915.  

«Je suis si heureux que les États-Unis aient finalement reconnu le génocide arménien», confie Korioun Hakobian, cordonnier de 69 ans.

«D’autres pays vont désormais suivre l’exemple américain», est-il convaincu.

Le génocide arménien est reconnu par une trentaine de pays et la majorité des historiens. Selon les estimations, entre 1,2 million et 1,5 million d’Arméniens ont été tués pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l’Empire ottoman, alors allié de Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.

Mais la Turquie refuse l’utilisation du terme «génocide», évoquant des massacres réciproques sur fond de guerre civile et de famine ayant fait des centaines de milliers de morts dans les deux camps.

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Kim Kardashian a visité plus tôt ce mois-ci le mémorial Tsitsernakaberd, dédié aux victimes du génocide arménien, à Erevan.

À des milliers de kilomètres de l’Arménie, la star de la téléréalité Kim Kardashian s’est réjouie du «nombre incroyable» de députés ayant soutenu la résolution. Selon les estimations, entre 500 000 et 1,5 million d’Américains ont, comme elle, des origines arméniennes.

En Arménie, certains ont cependant relativisé la portée du vote américain, rappelant qu’il intervient au moment où les relations entre Ankara et Washington, deux alliés au sein de l’OTAN, traversent de fortes tensions.

«Le génocide continue d’être un instrument politique, une carte à jouer entre les mains des puissances mondiales», a ainsi déclaré Souren Manoukian, historien du Musée du Génocide à Erevan, appelant à «considérer cette résolution à travers le prisme de la politique étrangère des États-Unis à l’égard de la Turquie».

Une habitante de la capitale arménienne, Satik Avanesian, 48 ans, partage ce point de vue : «D’un côté, je suis contente que la Chambre américaine ait adopté la résolution. Mais de l’autre, c’est tellement dommage que ce soit fait pour punir la Turquie. Cela ne me donne aucune satisfaction».