(Paris) Le profil apparent d’un solitaire, resté invisible des services de renseignement: une semaine après l’attentat au colis piégé en France, qu’il a avoué avoir perpétré, le suspect algérien Mohamed Hichem Medjoub a été mis inculpé vendredi à Paris et écroué, mais le flou demeure sur les raisons de son passage à l’acte.

Nathalie ALONSO
Agence France-Presse

Traqué jusqu’à son arrestation à Lyon lundi, cet Algérien de 24 ans a été inculpé de «tentative d’assassinats terroristes», «association de malfaiteurs terroriste criminelle» et «fabrication d’explosif en relation avec une entreprise terroriste». Il a été placé en détention provisoire.

Pendant les quatre jours de sa garde à vue, il a d’abord nié les faits avant de passer aux aveux, mercredi.

Devant les enquêteurs, il a raconté avoir «prêté allégeance en son for intérieur» au groupe État islamique (EI) et a «reconnu avoir déposé» vendredi devant une boulangerie du centre de Lyon, «l’engin explosif, qu’il avait préalablement confectionné», a déclaré le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz.

Selon une source judiciaire, le jeune homme radicalisé a également «reconnu avoir actionné l’engin».

L’analyse de l’ordinateur qu’il utilisait jusqu’à fin 2018 a «mis en évidence des recherches sur l’internet révélant un intérêt pour les thèses djihadistes et l’activité de l’EI», a fait savoir le procureur.

L’attentat n’a toutefois fait l’objet à ce jour d’aucune revendication.

Cible mystérieuse

REUTERS

L’enquête devra notamment déterminer si Mohamed Hichem Medjoub avait une cible précise.

Vendredi, la vidéosurveillance avait pris des images d’un jeune homme à vélo, avec casquette et lunettes de soleil, déposant vers 11h30, devant une boulangerie d’une rue piétonne de Lyon, un sac en papier contenant une bombe artisanale. L’explosion a fait 14 blessés «qui présentent des incapacités comprises entre un et 30 jours», selon le procureur.

Les experts ont pu déterminer que l’engin avait été fabriqué avec une charge de «250 à 400 grammes de TATP associée à des billes d’acier et des vis, un dispositif de déclenchement à distance par télécommande et une source d’énergie composée de huit piles», a expliqué le magistrat.

L’enquête menée par la Sous-Direction antiterroriste (SDAT) et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) française a rapidement progressé ces derniers jours, en particulier grâce à l’exploitation de la vidéosurveillance qui a permis de retracer l’itinéraire du «jeune homme à vélo».

Le travail effectué sur ses données téléphoniques et ses achats sur l’internet a également conduit les enquêteurs jusqu’à ce jeune Algérien, totalement «inconnu des services de police» et «jamais» condamné. Son profil génétique a été retrouvé sur l’engin explosif. 

Les enquêteurs pensent qu’il fomentait son projet depuis au moins plusieurs semaines, comme le suggère l’achat sur l’internet le 7 mai d’«un lot de 20 piles», livré à son domicile d’Oullins, en banlieue de Lyon, où il réside avec sa famille.

«Dans la cuisine», les enquêteurs retrouvent les ingrédients entrant dans la composition du TATP, utilisé notamment pour les attentats djihadistes du 13 novembre 2015 en France : trois bouteilles d’eau oxygénée, d’acide chlorhydrique, d’ammoniaque, un sac de papier brun contenant de nombreuses piles et du fil électrique, selon le procureur.

Et «dans les poubelles» de son immeuble, ils ont saisi «une gourde de vélo contenant des traces de TATP, quatre télécommandes» ainsi que des billes d’aciers et des vis.  

LINKEDIN

Mohamed Hichem Medjoub

Sans activité et en situation irrégulière, Mohamed Hichem Medjoub «était arrivé en France en août 2017 avec un visa touristique» de 90 jours, selon M. Heitz. Son frère et ses parents, arrêtés eux aussi lundi, ont été remis en liberté jeudi.

L’enquête qui va se poursuivre devra notamment déterminer si le jeune homme avait une cible précise.

Il y a «un caractère étrange entre la disproportion d’un procédé technique très performant et un volume d’explosifs très faible», avait commenté le ministre français de l’Intérieur Christophe Castaner.

Même si l’organisation EI a été battue sur ses terres, la France, frappée depuis 2015 par une vague d’attentats djihadistes sans précédent (251 morts), vit sous une menace terroriste constante. Désormais largement «endogène », elle est incarnée par des personnes endoctrinées ou auto-radicalisées qui restent perméables aux discours de l’EI.