Ils veulent abolir le financement de l’aide aux victimes de violence sexuelle, mettre la hache dans les 17 Parlements régionaux, construire un mur de béton autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, puis placer la Catalogne ni plus ni moins que sous tutelle.

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Ils pourfendent les féministes, qu’ils qualifient de « féminazies », et les « animalistes urbains » opposés à la corrida. Ils dénoncent l’avortement et le « cosmopolitisme ». Ils veulent expulser tous les migrants illégaux et les imams qu’ils jugent suspects. Tout en défendant une Espagne mythique, paradis des chasseurs, des agriculteurs et des toreros.

Voici, en quelques lignes, le programme porté par les dirigeants et les militants de Vox, parti d’extrême droite espagnol qui a connu une poussée fulgurante depuis sa création il y a six ans.

Ce parti, qui recrute notamment chez les anciens militaires et les toreros, a d’abord occupé une place marginale sur l’échiquier politique espagnol. Les années qui ont suivi sa création ont été plutôt marquées par une montée spectaculaire de Podemos et du mouvement des Indignados, les Indignés espagnols – dans le coin gauche du spectre politique.

La grande percée de l’extrême droite a eu lieu en décembre dernier, aux élections régionales d’Andalousie, où Vox a décroché 11 % des voix, remportant ainsi 12 sièges au Parlement régional.

L’événement a eu l’effet d’un électrochoc. D’abord parce qu’il a fait mentir les sondages qui lui accordaient entre 3 et 6 % d’intentions de vote. Ensuite, parce que 44 ans après la mort de Franco, l’extrême droite espagnole marquait ainsi officiellement son retour sur la scène politique du pays.

Dopé par ce premier succès, Vox a poursuivi sur sa lancée. Le parti compte aujourd’hui 36 000 adhérents et rejoint 130 000 sympathisants sur les réseaux sociaux. Ses rassemblements réunissent des milliers de militants enthousiastes qui entonnent des chants patriotiques, où il est question d’unité nationale, d’immigrants qui reçoivent des subsides gouvernementaux et de grandeur nationale retrouvée.

À la veille des législatives de dimanche prochain, Vox est crédité de 10 à 12 % d’intentions de vote. Son entrée au Parlement espagnol est pratiquement assurée.

Même si les socialistes du premier ministre sortant Pedro Sanchez mènent dans les sondages et que le prochain gouvernement espagnol a toutes les chances d’être issu d’une union entre divers partis de gauche, un succès imprévu de Vox pourrait faire pencher la balance à droite. Avec un taux d’électeurs indécis de 41 %, ce parti pourrait bien battre les sondages, encore une fois…

Le cas échéant, il n’est pas exclu que ce parti, qui n’en serait pas à une surprise près, parvienne à faire partie d’une coalition de droite.

Pour l’instant, ce scénario reste improbable. Mais il est peut-être annonciateur d’une tendance à venir pour les prochaines élections législatives. 

MISER SUR LA PEUR

Quelle est donc la recette expliquant le succès de Vox ?

L’un des thèmes centraux de la plateforme de ce parti est un appel à une Espagne centralisée. Et c’est un peu, beaucoup, une réponse au mouvement indépendantiste catalan, note Alex Macleod, politologue spécialiste de l’Europe, affilié à l’Université du Québec à Montréal.

Le succès de Vox tient aussi à son message anticorruption et, de manière générale, à sa capacité à rejoindre les électeurs d’une Espagne qui se dépeuple, dans de petites localités exposées au chômage, dit Alex Macleod, joint hier en Espagne.

Selon lui, même s’il s’inscrit dans la tendance générale européenne, marquée par un affaiblissement des partis centristes et une poussée des formations radicales, le succès de Vox tient à aussi à ses ingrédients propres.

« C’est un parti ultraconservateur, qui est anti-immigration en provenance de l’Afrique, mais n’a rien contre les immigrants d’Amérique latine, et qui mise beaucoup sur la peur de la fragmentation de l’Espagne », résume M. Macleod.

Attention : Vox n’est pas un repaire de nostalgiques du franquisme, précise-t-il. Mais selon le politologue Fernando Vallespin, Vox n’en a pas moins « libéré les complexes » du franquisme. Et les critiques de Vox évoquent d’ores et déjà un scénario… Francostein.

Les ténors de Vox

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE VOX ESPAÑA

Santiago Abascal

Santiago Abascal

Ce politicien de 43 ans a quitté le Parti populaire espagnol, qu’il jugeait corrompu et trop mou dans ses politiques face aux indépendantistes catalans, pour fonder Vox, il y a six ans. Farouchement centralisateur, il prône aussi l’abolition des subventions à toutes les organisations féministes.

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE VOX ESPAÑA

Javier Ortega Smith

Javier Ortega Smith

Diplômé en droit, le numéro deux de Vox a été soldat d’une unité d’élite de l’armée espagnole. Longtemps adepte des arts martiaux, il porte le surnom de « Rambo », notamment à la suite de sa participation à une action spectaculaire au cours de laquelle il a tenté de planter un drapeau espagnol sur le territoire britannique de Gibraltar, il y a deux ans. Il est âgé de 50 ans.

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE VOX ESPAÑA

Rocio Monasterio

Rocio Monasterio

À 44 ans, cette architecte de formation est la responsable de Vox à Madrid. Elle se définit comme féministe, mais dénonce ce qu’elle décrit comme le « suprémacisme féministe », voire « le naziféminisme qui criminalise l’homme pour le simple fait d’être homme ».