Au moins six personnes ont trouvé la mort vendredi dans le déraillement du Paris-Limoges à Brétigny-sur-Orge (Essonne), une catastrophe ferroviaire comme la France n'en a plus connu depuis un quart de siècle et qui n'avait pas trouvé d'explication samedi matin.

Diane FALCONER AGENCE FRANCE-PRESSE

Avec huit blessés graves et 22 plus légers, le dernier bilan donné dans la nuit reste provisoire.

Les trois voitures qui se sont couchées (quatre ont déraillé) devaient être relevées samedi matin après une nuit de travail des secouristes sous la lumière de puissants projecteurs, à la recherche d'éventuelles victimes coincées dans la carcasse de wagons pulvérisés, mais aussi des corps pris au piège de la tôle.

Le travail d'identification de ces corps promet d'être «très long», a prévenu vendredi soir le président François Hollande, venu sur place.

Outre un numérod'information (0800.130.130), des cellules d'accueil ont été mises en place pour les familles dans l'angoisse, à Paris-Austerlitz et dans les gares (La Souterraine, Châteauroux et Limoges) que devait desservir l'Intercités 3657, qui a déraillé à l'approche de la gare de Brétigny-sur-Orge, à 17 h 14 (11 h 14 au Québec), vingt minutes après son départ.

Au lendemain du choc né des scènes d'horreur rapportées par les voyageurs et les témoins vient le temps des questions après cet accident. Infrastructures défaillantes ou obsolescentes? Avaries du train au niveau de la roue ou de l'essieu? Défaut dans les voies ou dans l'aiguillage? Erreur humaine? Voire acte de malveillance?

«On ne sait pas. Il est trop tôt pour le dire. Tout est possible, mais rien n'est privilégié», répond dans la nuit le porte-parole du ministère de l'Intérieur Pierre-Henry Brandet. Il est «beaucoup trop tôt pour tirer quelques conclusions que ce soit», renchérit le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, apparu très ému sur les lieux de la catastrophe.

Le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a exclu une vitesse excessive, expliquant que le train était arrivé à 137 km/heure, soit sous la vitesse maximale autorisée (150 km/h). Avec 385 voyageurs, le train n'était a priori pas surchargé.

Extrême violence

Des travaux ont été récemment menés «fin juin» à proximité immédiate de la catastrophe pour remédier à «un défaut majeur». Mais la SNCF a assuré qu'ils ne concernaient pas la voie où s'est produit l'accident.

Seule certitude: il s'est déroulé à hauteur d'un aiguillage, à 200 mètres en amont de la gare. Des voyageurs ont d'ailleurs expliqué avoir instinctivement pensé à un problème d'aiguillage. Mais une demi-heure avant la catastrophe, un autre train est passé au même endroit, sans qu'aucune anomalie ne soit relevée.

Et cet aiguillage a fait l'objet d'une tournée de surveillance le 4 juillet, selon la SNCF, qui n'a pour l'heure pas précisé à quand remontait la dernière inspection de la motrice et des voitures.

Tous, voyageurs rescapés comme témoins, se sont accordés pour décrire la violence inouïe de la catastrophe qui s'est déroulée sur «plusieurs centaines de mètres».

Des morceaux de ballast ont été retrouvés dans la ville, à plusieurs centaines de mètres, a raconté le maire PS de Brétigny, Bernard Decaux; le toit de la gare a été défoncé par le train, des voyageurs ont été éjectés, d'autres ont évoqué des «images de guerre», «un jeu de massacre», «un film catastrophe»...

Mais le bilan aurait pu être encore plus lourd, une collision avec un train ayant été évitée grâce au sang-froid des cheminots, selon Guillaume Pepy. Le conducteur du train a eu le réflexe de déclencher toutes les alarmes qui ont entraîné l'arrêt de tous les trains dans la zone.

Aucune personne n'était morte en France dans un accident ferroviaire depuis 2000 quand le Vintimille-Calais avait déraillé: un ouvrier, qui sera reconnu irresponsable, avait reconnu avoir disposé des morceaux de rails sur la voie à Chasse-sur-Rhône dans l'Isère. L'accident avait fait deux morts. En 1988, 56 personnes étaient mortes dans la collision de deux trains gare de Lyon.

L'accident de Brétigny-sur-Orge va avoir des conséquences sur le trafic. Certains tronçons du RER C, emprunté en moyenne par 540 000 Franciliens par jour, vont être perturbés plusieurs jours. Quant à la ligne Paris/Limoges/Toulouse, elle sera interrompue en pleine période de départs en vacances, le temps de l'enquête puis des travaux. Les trains seront détournés.