Le père de la Perestroïka et dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, 81 ans, avoue regretter encore de ne pas avoir mené le bateau URSS «à bon port», dans un dernier livre publié à Moscou, où il confesse des erreurs, mais critique aussi le rôle des Occidentaux.

Publié le 13 nov. 2012
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Je regrette toujours de ne pas avoir réussi à mener à bon port le bateau, à la barre duquel j'avais été placé», écrit M. Gorbatchev dans ce livre de souvenirs de 600 pages intitulé En tête-à-tête avec soi-même.

«Je me sens coupable, parce que ma responsabilité était grande tant à l'égard de l'Union soviétique, que de la politique mondiale», ajoute le prix Nobel de la Paix 1990, qui est apparu diminué lors de ses dernières apparitions publiques, de plus en plus rares.

«Il y a eu des erreurs de la direction (de l'URSS), qui opérait sous le feu croisé des conservateurs et des radicaux, nationalistes, qui en définitive formaient un front uni avec pour objectif d'abattre le pouvoir soviétique», ajoute celui qui lança la Perestroïka (réforme) et la Glasnost (transparence) après avoir accédé à la tête du Parti communiste en 1985.

«Nous n'avons pas su profiter pleinement du soutien total que nous accordait la population au début. (...) Nous avons petit à petit commencé à le perdre», poursuit-il.

«Nous n'avons pas réformé à temps l'Union (soviétique, NDLR). Nous n'avons pas transformé à temps le Parti communiste en un parti démocratique moderne. Ce sont les deux principales erreurs», ajoute Mikhaïl Gorbatchev.

L'ancien dirigeant critique cependant aussi les Occidentaux, et en particulier les États-Unis, pour le soutien qu'ils accordèrent selon lui à son rival de la fin des années 1980, Boris Eltsine, qui, élu président de la Russie, porta le coup de grâce au régime soviétique après l'échec du putsch conservateur d'août 1991.

«Son objectif --démembrer et détruire l'Union soviétique-- coïncidait avec celui de la direction américaine», affirme M. Gorbatchev.

Copropriétaire du journal d'opposition Novaïa Gazeta, Mikhaïl Gorbatchev ne commente pas dans cet ouvrage la situation actuelle en Russie, mais rappelle les acquis démocratiques de son passage au pouvoir.

«Nous avons interdit la censure, donné la liberté de rassemblement et de manifester, le droit de créer des organisations et partis politiques, des élections libres», souligne-t-il.

«Le mouvement dans cette direction, commencé avec la perestroïka, est irréversible», assure encore M. Gorbatchev, qui a critiqué à plusieurs reprises par le passé des décisions du pouvoir russe actuel.