De violentes émeutes dignes de l'ère Thatcher ont éclaté à Londres, hier. Des milliers d'étudiants furieux ont pris d'assaut le quartier du parlement pendant qu'avait lieu un vote sur la hausse massive des droits de scolarité universitaires. Même le prince Charles a été la cible de vandales. L'Angleterre est-elle à l'aube d'une révolte populaire?

Publié le 10 déc. 2010
Mali Ilse Paquin, collaboration spéciale LA PRESSE

Des jeunes en colère ont mis à sac le centre-ville de Londres, hier. La manifestation de la dernière chance contre le triplement des droits de scolarité a dégénéré, en soirée, lorsque la Chambre des communes a voté pour le projet de loi controversé du premier ministre David Cameron.

Des casseurs ont tenté de pénétrer sans succès dans des édifices gouvernementaux, utilisant des barrières comme béliers. Devant le parlement, des bancs ont été incendiés et des statues défigurées.

Un groupuscule qui avait réussi à sortir du cordon policier s'en est pris à la voiture du prince Charles, qui se rendait à un spectacle-bénéfice en compagnie de sa femme, Camilla, duchesse de Cornouailles.

Les voyous ont brièvement entouré la limousine, qu'ils ont frappée et aspergée de peinture. Une photographie prise sur le vif montre le couple princier, l'air paniqué. Il a pu se rendre sain et sauf au théâtre, mais la presse britannique doutait de l'efficacité de son dispositif de sécurité.

La police a arrêté 22 manifestants, et 43 ont été blessés.

À l'origine de ces troubles, la hausse des droits de scolarité annuels, actuellement de 5200$, qui pourront aller jusqu'à 14 300$, selon les universités, en septembre 2012. Cette mesure d'austérité a été approuvée par une courte majorité de 21 votes.

Ce vote délicat menaçait de faire éclater la coalition entre conservateurs et libéraux démocrates. Ces derniers avaient gagné le vote des jeunes aux dernières élections, au mois de mai, en promettant de bloquer toute augmentation des droits de scolarité.

Photo: Reuters

«Les policiers sont plus agressifs d'une manifestation à l'autre», a estimé un manifestant. Réplique d'un porte-parole de la police: «Ce qu'on observe n'est pas une manifestation pacifique. Des étudiants ont vandalisé des vitrines commerciales et pris à partie des innocents.»

Nouveau Mai 68?

Plusieurs étudiants ont dit à La Presse que le chef libéral démocrate, Nick Clegg, avait vendu son âme au diable. «C'est la dernière fois que je vote pour lui», s'est exclamée Molly Ellington, 18 ans.

Le square devant le parlement avait l'allure d'un carnaval qui a mal tourné. Des pancartes brûlaient ici et là; le socle de la statue de Winston Churchill était barré du graffiti: «Éducation pour les masses»; des jeunes dansaient au rythme des tam-tam devant les barricades.

Plus tôt, des échauffourées avaient éclaté avec la police. Une dizaine de policiers montés avaient chargé la foule, causant un mouvement de panique. Plusieurs manifestants ont dit avoir été roués de coups.

Laurence Dodd, 23 ans, était casqué et masqué d'un foulard. «Les policiers sont plus agressifs d'une manifestation à l'autre», a dit l'étudiant en anthropologie.

«Ce qu'on observe n'est pas une manifestation pacifique. Des étudiants ont vandalisé des vitrines commerciales et pris à partie des innocents», a dit un porte-parole de la police à la BBC.

Une douzaine d'agents ont été blessés.

Malgré tout, cette défaite avait un goût de victoire pour les étudiants. «Nous avons l'impression de créer le premier mouvement populaire depuis Thatcher», a dit Molly Ellington.

Cette frénésie pourrait être contagieuse. Une grande manifestation des syndicats est prévue au mois de mars. Les leaders étudiants rêvent d'un nouveau Mai 68.

«Ce n'est pas la fin, a dit Aaron Porter, président de l'Union nationale des étudiants du Royaume-Uni. Nos manifestations ont fait naître une nouvelle vague de militantisme. Nous sommes prêts pour la prochaine étape. Notre avenir en dépend.»

Photo: AFP