Un maire accusé de diriger un groupe criminel, un enquêteur condamné pour extorsion et un policier extorquant un pot-de-vin pour libérer un suspect: pas un jour ne passe en Russie sans qu'un nouveau scandale n'illustre l'étendue de la corruption au sein des autorités russes.

Maria Panina AGENCE FRANCE-PRESSE

«La corruption, c'est le business le plus lucratif en Russie, estimé à 300 milliards de dollars par an», a déclaré à l'AFP Kirill Kabanov, chef de l'ONG Comité national anticorruption.

«Elle s'est transformée en un grave problème qui mine l'État, qui mine les autorités», dénonce de son côté Iouli Nisnevitch, directeur des études de l'ONG Transparency International en Russie.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé lundi l'arrestation d'un responsable du Département de contrôle auprès du président russe, soupçonné de couvrir des escrocs ayant extorqué des pots-de-vin à des entrepreneurs étrangers contre la promesse de les aider à obtenir une commande publique sur la livraison d'équipement médical.

Le Comité d'enquête auprès du parquet russe a fait état dimanche de l'arrestation du maire d'une ville de la région de Saratov (Volga), soupçonné de diriger une organisation criminelle qui aurait commis sur son ordre au moins un meurtre.

Un ancien enquêteur de ce même comité a été condamné vendredi à Moscou à trois ans de prison pour avoir extorqué près de 3 millions d'euros  (4 millions de dollars) à un chef d'entreprise.

Par ailleurs, deux policiers de Saint-Pétersbourg ont récemment été condamnés à deux ans de prison pour avoir reçu une somme bien plus modeste -1250 euros (1675$)- contre la promesse de libérer un suspect.

Aux yeux de M. Nisnevitch, «toutes ces révélations ressemblent plus à une campagne organisée qu'à une lutte systématique contre la corruption».

Même si le président russe Dmitri Medvedev a déclaré faire de la lutte contre la corruption une priorité, jusqu'ici, seuls de «petits fonctionnaires» ont fait l'objet de poursuites, alors que les responsables de haut niveau restent une «caste d'intouchables», souligne-t-il.

«Quand il s'agit de pots-de-vin d'un million de dollars, il est évident qu'un petit chef de département ne peut pas être le seul responsable», estime M. Kabanov.

«Une vraie lutte contre la corruption commence quand il y a plus de deux ou trois personnes condamnées à des peines de prison», affirme-t-il.

Pour M. Nisnevitch, ce qui se passe actuellement en Russie est une «mise en scène» visant à montrer que les forces de l'ordre «font quelque chose pour lutter contre la corruption».

«Il est passé le temps, où ceux qui extorquent des pots-de-vin demandaient qu'on apporte dans leur bureau de l'argent dans des gros sacs», affirme-t-il.

Si l'on prend en flagrant délit un responsable corrompu, c'est parce que les forces de l'ordre «ont reçu l'ordre de ne plus fermer les yeux» sur ses agissements, estime M. Nisnevitch.

«Bien sûr, c'est mieux que de ne rien faire. Mais ces mesures de façade ne vont pas changer la situation», souligne-t-il.

La lutte contre la corruption affichée par le Kremlin est restée lettre morte, selon Transparency International, qui a placé la Russie fin octobre parmi les 25 pays les plus corrompus de la planète dans son classement annuel.