Les francophones de Belgique ont dû avoir recours jeudi à une procédure exceptionnelle pour bloquer une tentative des partis flamands de remettre en cause leurs droits linguistiques, illustrant la tension entre communautés dans ce pays en pleine crise politique.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Objet du litige: l'arrondissement électoral et judiciaire bilingue français-néerlandais de Bruxelles-Hal-Vivorde, dit «BHV», que les élus néerlandophones veulent «scinder». Ce qui empêcherait les quelque 130.000 francophones vivant dans la périphérie flamande de la capitale belge de continuer à voter pour des candidats de leur langue aux législatives.

Tous les partis flamands ont menacé, en l'absence de solution négociée sur «BHV», de voter à la Chambre une proposition de loi de scission de l'arrondissement électoral sans compensation pour les francophones.

Un tel vote a déjà eu lieu en commission parlementaire de l'Intérieur en novembre 2007. Sa confirmation en séance plénière aurait été une première pour le pays.

Le geste était considéré par les francophones comme une déclaration de guerre et une rupture d'un pacte implicite national qui interdit à la majorité flamande (60% des 10,5 millions de Belges sont néerlandophones) de profiter de son poids démographique pour imposer ses vues à la minorité francophone.

Côté flamand, on estime toutefois qu'il est temps de trancher la question au vu de l'obstruction francophone. Et à l'approche des élections anticipées, l'atmosphère n'est plus aux compromis.

Les partis francophones ont donc utilisé une procédure exceptionnelle, dite de la «sonnette d'alarme», permettant de reporter le vote d'une législation portant atteinte aux intérêts vitaux d'une communauté linguistique. Le gouvernement a un mois pour faire des propositions, mais compte tenu de sa démission, le dossier sera sans doute repoussé aux calendes grecques.

Les élus du parti flamand d'extrême droite Vlaams Belang ont protesté aux cris de «démocratie» lorsqu'il leur a été refusé d'évoquer «BHV».

Le premier ministre démissionnaire, Yves Leterme, a renvoyé dos à dos les partis flamands qui ont poussé à ce vote, dont sa propre formation chrétienne-démocrate CDV, et les francophones sourds aux revendications flamandes.

«Le fonctionnement de la Belgique est basé sur un principe: la majorité ne peut pas imposer à la minorité son point de vue mais celle-ci doit être prête à négocier. Ce principe a été mis en danger», a déclaré M. Leterme.

La limitation des droits linguistiques des francophones est devenue emblématique pour les partis flamands. Ils estiment qu'une scission du district de Bruxelles-Hal-Vivorde, situé à cheval sur la Flandre et sur Bruxelles --ville très majoritairement francophone-- permettrait d'enrayer la «francisation» de leur région.

Mais les francophones réclament des compensations, avec au moins le maintien des droits électoraux spéciaux pour les quelque 65.000 des leurs vivant dans les communes les plus proches de Bruxelles, ou le droit de gérer eux-mêmes des écoles ou des bibliothèques en Flandre.

Une tentative de négociation a définitivement échoué lundi, à la suite de la démission du gouvernement provoquée par la sortie du parti libéral flamand Open VLD, mécontent de l'impasse.

À présent, le Parlement devrait s'autodissoudre la semaine prochaine, ce qui ouvrira la voie à la convocation d'élections anticipées, probablement le 13 juin, puis au difficile exercice de la formation d'un nouveau gouvernement. Une chose paraît déjà probable: la Belgique devrait entamer sa présidence de l'UE le 1er juillet sans véritable premier ministre.