Les Français ont manifesté massivement jeudi pour dénoncer la stratégie du président Nicolas Sarkozy face à la récession, lui imposant une nouvelle épreuve sociale et politique.

AGENCE FRANCE-PRESSE

En milieu d'après-midi, le premier syndicat CGT a estimé à 1,6 million de personnes le nombre de manifestants dans toute la France, où quelque 200 défilés avaient été annoncés.

Le leader du syndicat CFDT François Chérèque a lui affirmé qu'il y avait «deux à trois millions de personnes» dans les rues en France.

La principale manifestation de cette journée nationale de protestation, à l'appel de tous les syndicats et des partis de gauche, avait lieu à Paris, avec plusieurs dizaines de milliers de participants (entre 85.000 et 350.000 selon les sources).

Selon la CGT, ces manifestations ont montré une mobilisation de 25% supérieure à celles du 29 janvier, précédente journée nationale de manifestation qui avait mobilisé entre 1 et 2,5 millions de personnes dans toute la France.

Le succès de cette journée avait contraint Nicolas Sarkozy à débloquer une enveloppe de 2,6 milliards d'euros en faveur des ménages les plus fragiles, une mesure jugée insuffisante par les syndicats.

«La journée est réussie, on ne comprendrait pas que cela amène un silence complet tant du patronat que du gouvernement», a prévenu jeudi François Chérèque.

Le gouvernement «devra accepter de rediscuter avec les syndicats» sur leur plate-forme «qui parle de l'emploi, du pouvoir d'achat, des investissements, des politiques publiques», a affirmé le leader de la CGT Bernard Thibault.

Sous un soleil printanier, les manifestants se sont rassemblés sur la Place de la République à Paris. «La crise c'est pas la faute des salariés», «des sous des sous, mais pas que pour les patrons», pouvait-on lire ou entendre.

Les gros bataillons de la manifestation étaient composés de fonctionnaires, mais les salariés du secteur privé étaient aussi présents.

«Je ne sais pas ce que je vais faire demain, j'ai passé ma vie dans l'automobile. Je suis en train d'annuler des achats prévus», disait dans le cortège Maher Khedira, 45 ans, dont le poste chez Faurécia, équipementier automobile, est menacé.

Dans plusieurs villes de province, la mobilisation a été importante jeudi matin. Les manifestants étaient au moins 25.000 à 30.000 à Lyon, entre 10.000 et 25.000 à Nice (sud-est), entre 34.000 et 60.000 à Grenoble (centre-est), et plusieurs dizaines de milliers à Marseille.

Des grèves ont perturbé le trafic aérien, avec 30% des vols annulés à Paris-Orly et 10% à Paris-Roissy. A la SNCF (chemins de fer), avec 36% de grévistes selon la direction, le trafic des TGV était assuré à environ 60%, mais les Eurostar et Thalys circulaient normalement.

Depuis janvier, la situation économique s'est encore dégradée, avec une hausse record du nombre de chômeurs, qui dépasse les 2 millions.

A tel point qu'une grosse majorité de Français soutient le mouvement de protestation: 78% considèrent la journée de grève comme «justifiée», selon un sondage publié mardi.

La tension sociale est montée d'un cran, exacerbée par les plans sociaux d'entreprises privées comme Total, qui supprime 555 postes malgré des bénéfices record, ou le fabricant allemand de pneumatiques Continental, qui ferme une de ses usines en France.

Nicolas Sarkozy a souligné mercredi «qu'il comprenait l'inquiétude des Français en cette période de crise», mais il a refusé l'appel de plusieurs responsables de sa majorité à faire contribuer davantage les plus riches. Un texte prévoyant la suspension du «bouclier fiscal» qui empêche l'impôt de dépasser 50% du total des revenus a été rejeté dans la matinée au Parlement.

Le Premier ministre François Fillon, qui devait s'exprimer jeudi soir à la télévision, a averti qu'il n'y aurait «aucune enveloppe supplémentaire».