Le père incestueux Josef Fritzl, 73 ans, qui avait séquestré sa fille pendant 24 ans dans sa cave d'Amstetten en Autriche, est également accusé du meurtre d'un des enfants qu'il a eus avec elle, et risque donc désormais la prison à vie, selon l'acte d'accusation rendu public jeudi.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Le parquet l'estime responsable de la mort en 1996 d'un nouveau-né pour avoir, «bien qu'ayant eu conscience (du fait) que la vie du nourrisson était en danger, négligé de recourir à l'aide de tiers», est-il écrit dans ce texte.

Fritzl a reconnu au cours des auditions avoir brûlé dans la chaudière de l'immeuble à Amstetten (nord) le corps de l'enfant, né dans la cave en même temps qu'un jumeau qui a survécu, mais nié la non-assistance à personne en danger, affirmant que le bébé était mort-né. Il était rapidement passé à des aveux complets, sauf sur sa responsabilité dans la mort de ce nourrisson.

Un expert mandaté par le parquet a toutefois estimé, sur la base des indications de la fille de Fritzl, Elisabeth, 42 ans, que l'enfant aurait pu être sauvé s'il avait pu être pris en charge médicalement.

Au total, Elisabeth a mis au monde seule dans cette cave sept enfants issus de l'inceste : trois sont restés sequestrés avec elle et trois ont été adoptés par Fritzl et son épouse qui vivaient dans la maison au-dessus de la cave.

L'affaire avait éclaté fin avril lorsque la fille aînée, âgée de 19 ans, avait été hospitalisée inconsciente et souffrant d'un mal mystérieux.

Josef Fritzl est en outre accusé d'esclavage, de viol, de séquestration et d'inceste, des crimes qui ne sont cependant passibles que de 15 ans de prison maximum en Autriche, où les peines ne peuvent pas s'additionner.

Kurt Leitzenberger, le président du tribunal de Sankt-Pölten qui sera chargé de juger Fritzl, a dit au journal Kurier jeudi qu'il ne tablait pas sur une ouverture du procès avant fin janvier 2009. Selon des sources judiciaires citées par l'agence APA jeudi, il pourrait s'ouvrir en mars.

Dans un rapport rendu public mi-octobre, l'experte-psychiatre qui a examiné Fritzl l'a jugé «tout à fait responsable» de ses actes, tout en le considérant comme étant incurable.

Le père incestueux avait aménagé une cache très sophistiquée dans le sous-sol de son immeuble d'Amstetten. Après avoir enlevé sa fille à l'âge de 18 ans le 29 août 1984, et ayant fait croire qu'elle avait rejoint une secte, il l'a enfermée dans ce réduit où il venait régulièrement la violer.

Elisabeth et les trois enfants restés avec elle furent condamnés à vivre sans jamais voir la lumière du jour ni respirer d'air frais jusqu'à leur libération.

L'acte d'accusation souligne que Fritzl avait disposé de sa fille «comme de sa propriété».

L'avocat de l'accusé, Rudolf Mayer, a précisé en début d'après-midi jeudi à APA n'avoir reçu aucune notification du tribunal.

Me Mayer, qui a par le passé déclaré vouloir plaider l'irresponsabilité de son client, disposera de 14 jours après réception de l'acte d'accusation pour contester ce dernier. Il a toutefois laissé entendre jeudi qu'il doutait de l'utilité d'un tel recours.

Elisabeth Fritzl, ses six enfants âgés de 5 à 19 ans vivent depuis le printemps dans une clinique psychiatrique près d'Amstetten, à une centaine de kilomètres à l'ouest de Vienne, où ils sont protégés des curieux et en particulier des paparazzi. La mère d'Elisabeth, Rosemarie, 69 ans, qui a dit tout ignorer de la double vie de son mari a refait sa vie dans une autre commune de la région.

Les victimes sont susceptibles de garder à vie des séquelles psychologiques, mais ont vu leur état s'améliorer régulièrement, selon leurs soignants. Les trois enfants, âgés de 12, 14 et 15 ans, qui avaient été élevés par Fritzl et sa femme ont même pu reprendre leur scolarité, a rapporté la presse.