(New York) Quelle est la nature de l’épiphanie qui a poussé Donald Trump à se mettre à vanter l’efficacité des vaccins contre la COVID-19 et à lever le voile sur sa décision de recevoir une dose de rappel ?

Publié le 4 janvier
Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Que dira l’ancien président le 6 janvier, date qui coïncide non seulement avec la fête chrétienne de l’Épiphanie, mais également avec le premier anniversaire de l’assaut du Capitole par des centaines, voire des milliers de ses partisans ?

La réponse à ces questions pourrait fournir des indices sur ce que le prédécesseur de Joe Biden réserve aux Américains en 2022 et en 2024.

Commençons par la question à laquelle Donald Trump répondra jeudi à l’occasion d’une conférence de presse devant avoir lieu à Mar-a-Lago, sa résidence de Floride.

Dans une déclaration publiée le 21 décembre dernier, le 45e président a donné un avant-goût de son intervention pour marquer cette sombre journée au cours de laquelle quatre de ses partisans ont perdu la vie, plus de 150 policiers ont été blessés (l’un d’eux est mort le lendemain) et une démocratie jadis admirée a été ébranlée.

Il a répété ses fausses allégations concernant une élection « truquée » en 2020, attaqué la commission du Congrès chargée d’enquêter sur l’assaut et dénoncé les « RINOs », ces républicains qui ne seraient pas dignes d’être considérés comme tels.

En attendant [la conférence de presse], souvenez-vous que l’insurrection a eu lieu le 3 novembre.

Donald Trump, faisant allusion à la date de sa défaite électorale

Donald Trump ne sera évidemment pas le seul à souligner la première attaque contre le siège du Congrès depuis la guerre de 1812 contre les Britanniques. Joe Biden et Kamala Harris s’adresseront également aux Américains, alors que des historiens et des élus reviendront sur la journée au Congrès.

Selon la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, la mission des historiens Doris Kearns Goodwin et Jon Meacham sera d’« établir et [de] préserver le récit du 6 janvier ».

« Un moment décisif »

Deux jours plus tôt, Graham Brookie participera également à cet effort. L’organisation qu’il dirige publiera une étude majeure sur l’état des lieux des extrémistes américains un an après l’attaque du Capitole.

Mais il ne se fait pas d’illusion sur le message qui rejoindra le plus grand nombre d’Américains cette semaine.

« La conférence de presse de Donald Trump donnera le ton, point final », dit le directeur d’un laboratoire de recherche rattaché au groupe de réflexion Atlantic Council. Graham Brookie ne minimise surtout pas l’effet que cette conférence de presse pourrait avoir sur les groupes extrémistes en 2022.

« Et c’est la chose qui me fait le plus de peine à dire, en tant que personne qui vient de passer cinq ans à implorer tout le monde de ne pas amplifier tout ce que l’ancien président des États-Unis dit ou de ne pas y porter attention : le discours du 6 janvier est potentiellement un moment décisif pour savoir si ces communautés sont capables de continuer à se rassembler les unes autour des autres, autour d’une vision cohérente, ou si elles se séparent. »

D’une façon ou d’une autre, rien de ce qui franchira les lèvres de Donald Trump jeudi ne pourra contribuer à améliorer le climat politique aux États-Unis, selon l’ancien membre du Conseil de sécurité nationale au sein de l’administration Obama.

Il n’y a pas de version du monde où [Donald Trump] sort et dit des choses responsables, le 6 janvier.

Graham Brookie, directeur d’un laboratoire de recherche rattaché au groupe de réflexion Atlantic Council

Autrement dit, personne ne devrait s’attendre à ce que Donald Trump prenne à rebrousse-poil ses partisans les plus radicaux sur l’assaut du Capitole comme il le fait depuis quelques jours à propos de la vaccination contre la COVID-19.

« Le vaccin a fonctionné »

En septembre dernier, faut-il le rappeler, Donald Trump avait déclaré au Wall Street Journal qu’il n’aurait « probablement pas » de dose de rappel contre la COVID-19. Or, le 19 décembre dernier, interrogé par l’ancien animateur de Fox News Bill O’Reilly, il a révélé à des milliers de partisans réunis dans un amphithéâtre de Dallas qu’il avait reçu une telle dose.

En entendant quelques huées fuser de la foule, Donald Trump a aussitôt lancé : « Non ! Non ! Non ! Non ! »

Et d’ajouter : « C’est un tout petit groupe, là, derrière. »

Lors d’une interview diffusée deux jours plus tard, la commentatrice conservatrice Candace Owens s’est également fait rabrouer après avoir affirmé qu’un plus grand nombre d’Américains étaient morts de la COVID-19 en 2021 que l’année précédente, alors que les vaccins contre cette maladie n’étaient pas encore largement disponibles.

« Le vaccin a fonctionné, mais certains ne le prennent pas », lui a répondu Donald Trump en lui coupant la parole.

Ceux qui tombent très malades et vont à l’hôpital sont ceux qui ne prennent pas le vaccin. C’est toujours leur choix. Mais si vous prenez le vaccin, vous êtes protégé. […] Les gens ne meurent pas quand ils se font vacciner.

Donald Trump, dans une entrevue avec la commentatrice conservatrice Candace Owens

On aurait cru entendre Anthony Fauci ou Joe Biden.

D’ailleurs, le complotiste et allié de l’ancien président Alex Jones n’a pas manqué de l’accuser de faire partie de « leur équipe », au sein de laquelle il a également inclus Bill Gates, le Nouvel Ordre mondial et le « groupe de Davos ».

Donald Trump continue certes à s’opposer aux obligations vaccinales, comme la plupart des élus républicains. Mais sa volonté de s’approprier le succès « historique » des vaccins développés pendant son administration n’a probablement rien d’innocent, pas plus que son invitation à ses partisans d’en prendre « le mérite ».

Cette épiphanie vaccinale est-elle un indice des intentions de Donald Trump de briguer à nouveau la présidence en 2024 ? On en saura peut-être davantage à ce sujet le jour de l’Épiphanie.