(Washington) La Maison-Blanche explore activement comment les Américains vont accueillir à nouveau les visiteurs étrangers — notamment l’exigence d’une preuve vaccinale, peu populaire aux États-Unis—, alors que les gens d’affaires des deux côtés de la frontière accentuent les pressions sur les élus au Congrès.

James McCarten La Presse Canadienne

Des groupes de travail interagences, chargés de trouver le meilleur moyen d’assouplir les restrictions de voyage imposées dès le début de la pandémie, envisagent d’exiger une preuve vaccinale aux voyageurs, ont confirmé jeudi des responsables de la Maison-Blanche.

« C’est assurément à l’étude », a déclaré la porte-parole de l’administration américaine, Jen Psaki, qui a cité le variant Delta, très contagieux, comme un facteur clé dans l’approche prudente de la Maison-Blanche.

« Étant donné la situation actuelle avec le variant Delta, nous prévoyons pour l’instant de maintenir les restrictions de voyage, a-t-elle ajouté. Nos groupes de travail interagences se concentrent toutefois […] à l’élaboration d’un plan pour une politique de voyages internationaux cohérente et sécuritaire. »

Deux questions clés sont toutefois demeurées sans réponse, jeudi : à quel moment les restrictions pourraient commencer à s’assouplir, et si les discussions en cours englobent l’ensemble des mesures asymétriques qui régissent actuellement les visiteurs en provenance du Canada.

Dans le jargon de la Maison-Blanche, les « voyages internationaux » font habituellement référence aux visiteurs « intercontinentaux » d’un certain nombre de pays étrangers, dont la Chine, l’Inde, l’Irlande, l’Iran, l’Afrique du Sud, le Brésil et les 26 pays européens de l’espace Schengen. Alors que les voyages dits « non essentiels » en provenance du Canada sont interdits aux postes frontaliers terrestres depuis mars 2020, la plupart des Canadiens qui arrivent par avion, par train ou par bateau ont été exemptés de ces restrictions pendant la pandémie.

Les règles sur les frontières terrestres, par contre, deviendront encore plus asymétriques, lundi, lorsque le Canada commencera à autoriser l’entrée au pays des citoyens américains et des résidents permanents qui sont entièrement vaccinés. Le Royaume-Uni a également assoupli ses restrictions pour les Américains vaccinés. Mais les États-Unis n’ont pas offert la réciprocité à ces deux pays, même si près de 70 % des Canadiens admissibles sont complètement vaccinés et que 81,7 % ont reçu au moins une dose.

« Nous ne pouvons pas vivre dans la peur à cause d’un pourcentage de gens qui continuent d’hésiter [à se faire vacciner], a déclaré le premier ministre Justin Trudeau, de passage à Montréal jeudi. C’est pourquoi nous continuerons d’essayer de reprendre une vie normale : nous commencerons à accepter des touristes entièrement vaccinés, d’abord des États-Unis, puis d’autres pays. »

Des gens d’affaires impatients

La Dr Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, a estimé de son côté que le variant Delta pose probablement une plus grande menace par transmission au pays que par les visiteurs américains. Les déplacements seront surveillés de près pour permettre au gouvernement d’ajuster le tir rapidement si nécessaire, a-t-elle dit.

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Dr Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada

Les intervenants des deux côtés de la frontière canado-américaine, quant à eux, ont largement épuisé leur patience en attendant quelque chose de similaire de la part du département de la Sécurité intérieure aux États-Unis. Une coalition de dirigeants d’entreprises américains et canadiens, dirigée par la Stratégie nord-américaine pour la compétitivité, souhaite que les hauts dirigeants au Congrès américain exigent du département de la Sécurité intérieure qu’il dévoile en détail sa stratégie pour la réouverture éventuelle.

La coalition s’inquiète surtout de « retards énormes » à la frontière lorsque les douaniers devront vérifier le statut vaccinal et les résultats de tests de dépistage de la COVID-19 des voyageurs aux postes frontaliers terrestres. Ils estiment que l’agence américaine des services frontaliers « ne semble pas avoir élaboré de plan pour une réouverture en toute sécurité aux points d’entrée terrestres sans causer d’énormes retards ».

Ni Mme Psaki ni Jeff Zients, coordonnateur à la Maison-Blanche de toute la lutte contre la COVID-19, n’ont spécifiquement mentionné le Canada lors de leur conférence de presse respective, jeudi. Mais ils ont clairement indiqué que ce n’était pas le moment de lever en bloc les restrictions. Des groupes de travail, qui comprennent des responsables du Canada, du Mexique, de l’Union européenne et du Royaume-Uni, explorent une « approche progressive » qui pourrait inclure une preuve de vaccination, a déclaré M. Zients.