(New York) Vendredi dernier, en sortant du lit, les New-Yorkais ont appris qu’une énième série d’agressions au couteau avait été perpétrée dans le métro de leur ville au petit matin.

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Ces attaques s’ajoutaient à un bilan hebdomadaire de crimes déjà peu rassurant. Figuraient parmi ceux-ci : une fusillade à Times Square ayant blessé trois passants, dont une fillette de 4 ans ; une tentative de meurtre contre un policier qui répondait à un appel concernant une autre fusillade ; et au moins six autres agressions gratuites dans le métro.

Voilà de quoi mettre un bémol aux propos enthousiastes du maire de New York, Bill de Blasio, sur le retour en force de sa ville après plus d’une année de pandémie. Oui, la métropole américaine retrouve un certain élan, mais elle renoue aussi avec un problème – la criminalité – dont l’importance avait diminué, jusqu’à l’année dernière, avec le déclin ininterrompu du nombre annuel de meurtres.

Or, ce problème semble désormais dominer la course à la mairie de New York, qui devrait être décidée dès le 22 juin à l’occasion de la primaire démocrate. Et elle pourrait favoriser l’élection d’un ancien policier noir qui a annoncé son intention de porter son arme personnelle s’il est élu maire.

Il s’agit d’Eric Adams, actuel président de l’arrondissement de Brooklyn, poste sans grand pouvoir auquel il a été élu en 2014 après avoir siégé pendant six ans au Sénat de l’État de New York.

Début mai, cet ancien capitaine du NYPD est devenu le premier des sept concurrents démocrates de l’ancien candidat présidentiel Andrew Yang à le devancer dans un sondage.

En lui offrant son appui, le New York Post a résumé ainsi l’attrait d’Eric Adams, lundi dernier : « Ayant été policier pendant 22 ans, Adams comprend la crise. Il propose une voie claire, ferme et pleine de bon sens pour nettoyer nos rues. »

Battu par la police à 15 ans

Le choix du tabloïd favori de Donald Trump a confirmé la méfiance des New-Yorkais les plus progressistes à l’égard d’Eric Adams. Il faut dire que l’homme de 60 ans a un parcours politique inhabituel. Pendant que New York était dirigé par des maires républicains, en l’occurrence Rudolph Giuliani et Michael Bloomberg, il a appartenu au Grand Old Party.

PHOTO BRENDAN MCDERMID, ARCHIVES REUTERS

Eric Adams lors d’un rassemblement électoral à Brooklyn le 11 mai dernier

Sa relation avec le NYPD est aussi atypique. Élevé dans une famille modeste de Queens avec cinq frères et sœurs, il dit avoir été arrêté et battu par la police à l’âge de 15 ans. Selon son témoignage, l’expérience l’a mené à vouloir changer le NYPD de l’intérieur. Ce qu’il a fait en devenant policier au plus fort de l’épidémie du crack et en fondant, au milieu des années 1990, une organisation appelée 100 Black Officers in Law Enforcement Who Care. À la tête de ce groupe, il a multiplié les conférences de presse, dénonçant tant la brutalité policière que les injustices raciales.

Ce rôle lui a valu la franche détestation de nombre de ses collègues et supérieurs du NYPD, qui le voyaient comme un opportuniste assoiffé de publicité.

L’ironie veut qu’Eric Adams se présente aujourd’hui comme le défenseur du NYPD face à certains rivaux ou militants du mouvement Black Lives Matter qui réclament son définancement.

« Quand vous commencez à définancer, hé, le flic n’est plus à votre coin de rue », a déclaré le candidat dans une interview au magazine New York. « Ce flic n’est plus dans votre hall. Ce flic ne se tient plus dehors quand vous quittez votre pièce de Broadway. Et je ne suis jamais allé à un évènement où les gens disaient que nous voulions moins de flics. Jamais. »

Eric Adams tient ce discours dans une ville où le nombre de fusillades a augmenté de 97 % et celui des meurtres, de 45 % en 2020. En avril dernier, les incidents liés à des tirs ont augmenté de 160 % par rapport au même mois en 2020. Quant au nombre d’agressions dans le métro, il a diminué, mais il s’agit d’une donnée trompeuse, selon l’Agence de transport métropolitain, qui note une baisse importante du nombre d’usagers depuis le début de la pandémie.

« Apportez votre arme à l’église »

Eric Adams n’est pas le seul candidat démocrate à la mairie de New York à mettre l’accent sur la sécurité publique. Andrew Yang, le meneur dans la plupart des sondages, martèle également ce thème depuis le début de sa campagne.

PHOTO ED JONES, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Andrew Yang, candidat à la mairie de New York, lors d’un point de presse à Times Square au lendemain de la fusillade du 8 mai ayant fait trois blessés, dont une fillette de 4 ans

Ainsi, au lendemain de la plus récente fusillade à Times Square, il a tenu une conférence de presse au même endroit, répétant son opposition au définancement de la police.

« Rien ne fonctionne sans sécurité publique. Et pour la sécurité publique, nous avons besoin de la police », a-t-il dit.

Mais la campagne d’Eric Adams est celle qui prend de l’altitude ces jours-ci. Elle met en scène un politicien qui se présente comme un « progressiste pragmatique » et qui mise sur ses appuis auprès de la classe ouvrière et des électeurs plus âgés issus des minorités.

Reconnu pour sa discipline et son dynamisme, l’homme n’a pas complètement abandonné les déclarations à l’emporte-pièce qui l’ont fait connaître dans les années 1990.

Ainsi, avant d’annoncer son intention de porter une arme à la mairie, il avait encouragé les policiers en congé à faire de même dans les lieux de culte, histoire de prévenir les massacres comme celui qui venait de se produire dans une synagogue de Pittsburgh.

« Si nous avons des policiers qui se tiennent devant les églises, alors nous ne pouvons pas dire que c’est mal pour un policier qui n’est pas en service d’être à l’intérieur des églises avec une arme. S’ils laissent ces armes à feu chez eux, je leur dis maintenant : arrêtez de laisser votre arme à feu chez vous. Faites comme moi. Apportez votre arme à l’église. »