(Cheyenne) Pour les républicains alliés à Donald Trump, expulser Liz Cheney de leur caucus de la Chambre des représentants n’a pas été trop compliqué. La chasser du pouvoir pourrait être une tout autre histoire.

Mead Gruver Associated Press

L’empressement de certains républicains à punir Mme Cheney pour avoir critiqué M. Trump et son entourage fait saliver tellement d’adversaires potentiels que cela pourrait ultimement la conduire à une nouvelle victoire l’an prochain.

Mme Cheney peut aussi compter sur un trésor de guerre imposant et sur un héritage familial qui lui a déjà été très utile.

On ne peut toutefois nier que sa décision de dénoncer les mensonges de M. Trump concernant la fraude électorale en 2020 donne un nouveau souffle à ses adversaires. Cela lui vaut aussi de nouvelles attaques de la part de ceux qui lui reprochent d’être plus intéressée par ce qui se passe à Washington que par ce qui se passe au Wyoming.

Ceux qui souhaitent lui ravir son siège doivent se manifester avant août 2022, mais six républicains ont déjà annoncé leur intention de se lancer dans la course.

Son nombre croissant d’adversaires, d’un colonel de l’armée à la retraite à une fermière, fait sourciller aussi bien ses alliés que ses ennemis.

« Ils vont être vraiment nombreux. Ça va probablement diviser le vote », a dit Mark Falk, un résidant de la ville de Cheyenne qui prévoit voter contre elle.

Mme Cheney a déjà prouvé qu’elle est capable de rebondir et de gagner, puisque c’est de cette manière qu’elle a été élue la première fois. Après une campagne sénatoriale infructueuse en 2014, elle a brigué un siège à la Chambre des représentants en 2016, remportant presque deux fois plus de votes que son plus proche rival lors d’une élection primaire à laquelle participaient neuf candidats.

Elle a depuis facilement écarté de son chemin des adversaires républicains et démocrates peu connus, en même temps qu’elle développait un formidable réseau de financement. Elle a récolté 1,5 million US entre janvier et mars, son trimestre le plus profitable à ce jour.

Elle jouit aussi d’une visibilité nationale en tant que fille de l’ancien vice-président Dick Cheney. Son statut de nouvelle républicaine préférée des démocrates pourrait aussi lui être utile, puisque le Wyoming permet aux électeurs de changer d’affiliation politique le jour du vote. Certains démocrates en profitent pour voter lors des élections primaires républicaines serrées.

Chose certaine, la grogne à l’endroit de Mme Cheney au Wyoming s’est accentuée depuis qu’elle a voté en faveur de la destitution du président Trump pour son rôle dans l’insurrection du 6 janvier au Capitole.

Même après avoir survécu à une première tentative de putsch de la part de ses collègues républicains le 3 février, elle a été censurée par le comité central du parti républicain du Wyoming.

« Je n’ai jamais aimé Cheney, a dit une de ses adversaires lors de l’élection primaire, la fermière Marissa Joy Selvig. Elle travaille plus pour elle-même et pour le Parti républicain que pour les gens du Wyoming. C’est ce que je vois. »

Mme Selvig est l’ancienne mairesse de la ville de Pavillion, qui compte à peine 200 habitants. Elle assure qu’elle avait l’intention de briguer un siège au Congrès avant même les déboires de Mme Cheney.

On compte parmi les autres candidats le sénateur local Anthony Bouchard, qui milite pour le droit de posséder des armes à feu et est propriétaire d’une entreprise de fosses septiques ; le représentant local Chuck Gray, une personnalité conservatrice de la radio ; et le colonel à la retraite Denton Knapp.

M. Trump et ses alliés n’ont pas encore dit qui ils appuieront, mais une annonce de leur part pourrait décourager d’autres candidats de se lancer dans la course.

Les démêlés de Mme Cheney avec M. Trump ont donné un nouvel élan aux critiques dont elle a jadis fait l’objet, comme le fait qu’elle ait passé peu de temps au Wyoming avant d’emménager dans la ville bien nantie de Jackson Hole en 2012.

Après sa défaite lors de la campagne sénatoriale, elle s’est affairée à mettre sur pied l’organisation qui lui a permis de remporter un siège à la Chambre des représentants en 2016. Elle avait écrasé un démocrate peu connu avec 62 % des votes et a enfilé les victoires encore plus faciles depuis ce moment.

Des résidents du Wyoming se méfient quand même toujours d’elle et se demandent pourquoi elle a voté en faveur de la destitution de M. Trump, un État que l’ancien président et elle ont remporté avec 70 % des voix en 2020.

« Je pense qu’elle s’est trop éloignée du Wyoming, elle est davantage une politicienne de Washington que n’importe quoi d’autre, a dit M. Falk. Je n’ai jamais vraiment pensé qu’elle représentait le Wyoming. »

Mme Cheney avait été élue pour remplacer la représentante Cynthia Lummis, qui libérait son siège à la Chambre pour briguer un poste de sénatrice.

Mme Lummis, qui avait jadis déclaré qu’elle voterait pour M. Trump en se « pinçant le nez », n’a encore rien dit au sujet de Mme Cheney. Pendant que le caucus républicain de la Chambre votait pour expulser Mme Cheney, Mme Lummis envoyait sur Twitter des messages concernant le transport.

« Personne ne défend Liz, a déploré le législateur républicain Landon Brown, qui compte parmi les rares élus du Wyoming à avoir pris sa défense sur les réseaux sociaux. Ils ont tous peur d’affronter le Parti républicain et de se tenir debout. »

Un autre résident de Cheyenne a dit qu’il comprend que Mme Cheney cherchait à défendre la Constitution, mais que voter en faveur de la destitution de M. Trump n’était peut-être pas la bonne façon de le faire.

« Soyons honnêtes, l’attaque contre le Congrès était terrible. Qu’on le tienne responsable ou non, je ne pense pas que ça soit tout à fait correct de dire qu’il était personnellement responsable, même s’il n’a pas fait grand-chose pour que ça cesse », a dit George Geyer, un enseignant à la retraite.

Mme Cheney n’a pas fait un mauvais travail, a ajouté M. Geyer, mais il envisagera quand même de voter pour quelqu’un d’autre.