La prophétie annonçait une grande « tempête ». L’arrestation massive des « traîtres pédo-satanistes » était imminente, tout comme l’expulsion d’élus démocrates vers Guantánamo, la mutinerie de l’armée contre Joe Biden, suivie d’un « blackout » total d’internet afin de restaurer la démocratie et la présidence de Donald Trump. Stupéfaction chez des adeptes de QAnon : rien de tout cela ne s’est produit mercredi.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Après des mois à évoquer le « plan » infaillible de Donald Trump dans ses webjournaux, le très populaire influenceur Alexis Cossette-Trudel, qui a largement contribué à propager les thèses complotistes de QAnon dans la francophonie, semblait à court de mots après l’investiture du président : « On se donne encore un peu de temps, les amis. Il y a trop d’incohérences entre les évènements de la période post-électorale […] et ce qui vient de se passer. Je demeure circonspect encore quelque temps… Je ferai une déclaration publique [jeudi] », a-t-il promis sur sa page du réseau social russe VK, où il s’est retranché depuis son bannissement par Facebook, YouTube et Twitter.

Parmi les nombreux commentaires glanés sous sa publication, plusieurs adeptes du mystérieux « Q », ce prétendu officier de l’armée américaine dont les « drops » cryptiques sont à l’origine du mouvement complotiste, semblaient désemparés. « Je suis écœuré, dégoûté et terrifié de ce qui nous attend vu qu’en plus de l’avoir soutenu, Q a fait de nous des cibles aujourd’hui ! », a écrit l’un d’eux.

« Come on, là, on va être rendu en 2034, esti, pis on va encore dire ‟trust the plan”… ÇA, c’est si on n’est pas rendus des esclaves de l’empire chinois rendus là », a écrit un autre.

Malgré les informations rapportées par les autorités américaines selon lesquelles des milices armées et des groupes d’extrême droite comptaient s’en prendre aux institutions publiques, la prestation de serment de Joe Biden s’est déroulée dans le calme. Les groupes dénonçant la « fraude électorale » n’ont pas manifesté massivement à Washington. Des rassemblements, incluant notamment des membres armés du mouvement radical des Three Percenters, ont été tenus devant les capitoles du Michigan, de la Floride, de la Géorgie et de l’Arizona, mais aucun débordement n’a été rapporté par les médias américains.

Si quelques fissures sont apparues dans sa façade de QAnon, le mouvement n’est pas prêt à baisser pavillon pour autant. À en croire plusieurs publications lues sur différentes plateformes, quelque chose de « gros » s’en vient d’ici « 30 jours », nouvelle date butoir du « plan » secret de Donald Trump.

Sur une plateforme de messagerie devenue populaire chez les conspirationnistes après l’insurrection du Capitole, les « éveillés » cherchaient des indices cachés dans les motifs de la robe portée par Melania Trump à sa descente d’Air Force One en Floride.

« Restez à la maison. La guerre silencieuse se poursuit », annonçait pour sa part un des forums les plus populaires de QAnon, où on promettait l’utilisation, en début de soirée, du réseau national d’alerte téléphonique pour en faire l’annonce… ce qui ne s’est jamais produit.