« Je vais te tuer, je vais tuer ta femme et ton fils. » C’est le message que le Dr Hadi Halazun, cardiologue dans un hôpital new-yorkais, dit avoir reçu après avoir témoigné à NBC News du harcèlement subi de la part d’adeptes de théories niant la réalité de la COVID-19. L’homme au bout du fil connaissait son adresse.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« Il disait : “La COVID n’existe pas, tu mens, tu fabriques de faux certificats de décès” », a dit le Dr Halazun à La Presse. La personne a laissé une dizaine de messages, imbriquant son discours d’insultes racistes contre le médecin, qui indique avoir porté plainte à la police lundi.

Le cardiologue, qui travaille depuis quelques semaines dans une unité de soins intensifs pour les patients de la COVID-19, avait confié à NBC News s’être heurté à des adeptes de théories du complot sur Facebook. Ceux-ci l’avaient traité de « faux médecin » faisant « partie du problème ».

PHOTO FOURNIE PAR HADI HALAZUN

Le Dr Hadi Halazun

La confrontation l’a déstabilisé — même s’il est conscient qu’il n’interagissait qu’avec une poignée de personnes peu représentatives de l’ensemble de la société —, au point où il tente maintenant d’effacer les traces sur l’internet donnant des indications personnelles sur lui, par peur d’être pris pour cible.

Des « actrices de crise »

Il n’est pas le seul travailleur de la santé dans les dernières semaines aux États-Unis à avoir été confronté par ceux qui remettent en question la véracité de la COVID-19 et à s’être plaint du harcèlement subi.

Des infirmières qui ont tenu une contre-manifestation le 20 avril dernier en Arizona, pour faire contrepoids aux protestataires anti-confinement, ont été qualifiées d’« actrices de crise », un terme utilisé par les conspirationnistes pour désigner les personnes à l’avant-plan d’évènements dont ils réfutent l’existence même.

« Vous êtes le virus », a lancé une femme aux infirmières, comme on peut le voir dans une vidéo diffusée par CNN.

> Regardez le reportage de CNN

Le harcèlement en ligne ou en personne, les insultes, les méthodes d’intimidation contre les professionnels de la santé rappellent à Dominik Stecula les techniques utilisées par les personnes s’opposant à la vaccination.

C’est un groupe très petit, mais très bien organisé. Ils font beaucoup de bruit. Je ne suis pas surpris : ce n’est pas juste une personne isolée, c’est une communauté organisée.

Dominik Stecula, qui deviendra aide-professeur de sciences politiques à l’Université d’État du Colorado à l’automne

Ce qui l’inquiète particulièrement, ce ne sont pas les personnes qui nient en bloc l’existence même de la COVID-19 — une petite fraction de la population — mais bien ceux qui remettent en question certaines mesures, comme un éventuel vaccin, compromettant une immunité de groupe. Même s’ils sont minoritaires, ils pourraient avoir un effet sur le reste de la population.

Les spécialistes se préoccupent aussi de l’utilisation politique de la COVID-19 aux États-Unis dans une année électorale, alors que les opinions sont déjà très divisées. Le président américain a lui-même contribué à certains comportements allant contre l’avis des scientifiques par ses paroles et ses écrits.

« Je serai particulièrement intéressé de voir comment la partisanerie joue un rôle au cours des prochains mois [dans la gestion de la COVID-19] », note Matthew Motta, aide-professeur au département de sciences politiques de l’Université d’État de l’Oklahoma, qui ajoute tout de même que, pour l’instant, « une majorité écrasante d’Américains suivent les recommandations ».

C’est l’impression d’être vu comme un instrument politique par les complotistes qui a le plus étonné le Dr Hadi Halazun. « Je m’en fous qu’un patient soit pro-Trump ou anti-Trump, américain ou pas, a-t-il expliqué. Ce sont des humains et nous les soignons comme si c’était de la famille. [Les professionnels de la santé], nous nous sommes retrouvés sous le feu des projecteurs politiques, mais nous ne prenons pas parti. Mais c’est comme si on nous faisait prendre parti. »