(New York) À 6 h 57, le 24 février 2019, Joe Biden envoie un texto à son fils Hunter, qui se trouve dans un centre de désintoxication pour s’affranchir une fois pour toutes de sa dépendance à l’alcool et à la cocaïne.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

« Bonjour mon merveilleux fils. Tu me manques et je t’aime. Papa », écrit l’ancien vice-président, qui n’a pas encore annoncé sa troisième et dernière campagne présidentielle.

Son fils répond à ce salut matinal par une série de messages récriminatoires. Dans l’un d’entre eux, il s’accuse de compromettre l’avenir politique de son père. « Bordel de merde, Hallie m’a parlé pour la première fois en 17 jours pour me dire que j’étais une honte pour MA famille », écrit-il en faisant allusion à la femme de son défunt frère Beau, qui a été brièvement son amante. « Eh bien, la vérité est que Hallie et toi avez raison. Je suis un foutu accro auquel on ne peut pas faire confiance et qui ne peut être défendu. »

« Si tu n’es pas candidat, je n’aurai jamais la chance de me racheter », ajoute-t-il. Environ trois heures plus tard, son père répond : « Je serai candidat, mais j’ai besoin de toi. [Hallie] a tort. Pense seulement à ta réhabilitation. À rien d’autre. » Il enchaîne en vantant son fils pour la façon dont il a élevé ses trois filles, Naomi, Finnegan et Maisy.

« Tes filles sont si intelligentes et vraiment renversantes. Tellement déterminées. » « Quand tu le peux et que tu en as envie, appelle-moi », ajoute-t-il encore.

Cet échange de textos déchirants a été publié la semaine dernière par le New York Post dans le cadre d’une série d’articles cherchant à démontrer que le candidat démocrate à la présidence est corrompu et que son fils est un raté.

Certains pensent que ces descriptions s’appliquent plutôt au Post et au camp qu’il soutient.

Les tribulations d’un disque dur

Rien n’aura été épargné à Joe Biden sur le plan personnel. À 30 ans, il a perdu sa femme et sa fille dans un accident de voiture. En 1988, après avoir abandonné sa première campagne présidentielle dans des circonstances humiliantes, il a failli mourir d’un anévrisme cérébral. En 2015, il a perdu son fils aîné Beau, procureur général du Delaware, ancien combattant en Irak, version améliorée de son père, selon ce dernier.

PHOTO DAVID MCNEW, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Joe Biden et ses fils Hunter Biden (gauche) et Beau Biden (droite) lors de l’investiture du président Barack Obama en janvier 2009

Et il a connu toutes les affres qui sont le lot des parents qui ont un enfant aux prises avec un problème de dépendance.

En annonçant sa candidature le 25 avril 2019, Joe Biden savait très bien que les ennuis personnels et les choix professionnels de son fils Hunter feraient surface pendant la campagne présidentielle.

Mais il n’aurait jamais pu prédire la façon dont le New York Post, tabloïd conservateur appartenant à Rupert Murdoch, aborderait le sujet.

Dans le premier article de sa série, le Post a affirmé avoir obtenu une masse de documents – courriels, textos, photos et vidéos – se trouvant sur le disque dur d’un ordinateur portable MacBook Pro qui aurait été confié en avril 2019 à un réparateur du Delaware, mais jamais récupéré.

Selon le Post, le réparateur est incapable de confirmer l’identité de la personne qui lui a confié l’ordinateur. Cependant, en décembre 2019, il dit avoir remis le disque dur de l’appareil au FBI après l’avoir examiné et en avoir fait une copie.

Copie qu’il a par la suite refilée à l’avocat de Rudolph Giuliani.

De son côté, le Post dit avoir appris par Steve Bannon, ancien stratège et conseiller de Donald Trump, que Rudy Giuliani possédait une copie du disque dur d’un ordinateur appartenant à Hunter Biden.

Quand le Post a cogné à la porte de l’avocat personnel de Donald Trump, celui-ci ne s’est pas fait prier pour lui refiler une copie.

Giuliani et l’agent russe

À lui seul, le nom de Rudolph Giuliani peut expliquer pourquoi les concurrents du New York Post et deux réseaux sociaux – Twitter et Facebook – ont refusé de relayer ou d’amplifier les premières révélations du tabloïd. L’ancien maire de New York est soupçonné depuis décembre dernier de contribuer à l’ingérence russe en relayant les allégations infondées du député ukrainien Andrii Derkach, qu’il a rencontré à Kiev et à New York.

En septembre dernier, le département du Trésor a même sanctionné ce Derkach en le qualifiant d’« agent russe actif » et en l’accusant de mener une « campagne d’influence » contre Joe Biden.

Mais il y a plus : le Post admet lui-même ne pas être parvenu à confirmer l’authenticité d’un courriel sur lequel il se fonde pourtant pour formuler son accusation la plus importante : Joe Biden, contrairement à ce qu’il a toujours dit, était au courant des affaires de son fils en Ukraine (ou en Chine).

Hunter Biden, rappelons-le, n’a rien fait d’illégal en Ukraine, pas plus que son père. Il peut cependant être accusé d’avoir profité de son patronyme pour s’enrichir en siégeant au conseil d’administration d’une société d’énergie qui tentait de rétablir sa réputation entachée par la corruption. Il a admis une erreur de jugement en octobre dernier lors d’une entrevue télévisée.

Mais lui et son père ne sont peut-être pas au bout de leurs peines, à en croire Rudolph Giuliani. Dans une entrevue au site The Daily Beast, l’ancien maire de New York a évoqué l’existence de photos ou de vidéos montrant Hunter Biden en train de fumer du crack et de se livrer à des actes sexuels. Qu’un proche de Donald Trump brandisse la menace de la publication de tels documents en dit sans doute plus long sur l’homme et son camp que sur ceux qu’il veut dénoncer.

Et si le Post se prête à ce jeu, on pourra conclure qu’il s’agit bel et bien d’un foutu journal.