(New York) Ils se sentent « attaqués » ou « insultés » : alors que les cas de COVID-19 augmentent à nouveau à New York, surtout dans des quartiers où les juifs orthodoxes sont nombreux, certains d’entre eux accusent les autorités de stigmatisation, signe de tensions délicates à gérer pour les responsables sanitaires.

Catherine TRIOMPHE
Agence France-Presse

Depuis deux semaines, le taux de positivité - la part de tests positifs sur le nombre total de tests réalisés -remonte dans la métropole américaine, pourtant devenue un modèle de maîtrise de l’épidémie après avoir enregistré un nombre record de 23 800 morts, essentiellement au printemps.  

Après avoir longtemps plafonné autour de 1 %, il dépasse désormais les 3 %, « un motif de véritable inquiétude », a indiqué mardi le maire Bill de Blasio, un démocrate.

Selon les autorités, l’augmentation la plus forte - entre 5 % et 7 % - concerne surtout des quartiers de Brooklyn où la communauté orthodoxe est importante, et a coïncidé avec les rassemblements liés aux fêtes récentes de Rosh Hashanah et Yom Kippour.  Ainsi que des zones de la grande banlieue new-yorkaise où elle est aussi très présente, selon le gouverneur Andrew Cuomo, qui devait s’entretenir avec leurs responsables religieux.

Dans ce contexte, les responsables sanitaires multiplient les interventions dans ces quartiers, pour rappeler les règles de distanciation, déployer des sites temporaires de dépistage mais aussi inspecter les écoles non-publiques - y compris de nombreuses yeshivas - et menacer de fermer certains commerces à défaut d’amélioration.

« Nous sommes à un tournant. Il faut que nous prenions de nouvelles mesures maintenant, des mesures plus fortes, que nous renforcerons chaque jour en fonction de la situation sur le terrain », a affirmé M. de Blasio.

« Fake news »

La mairie s’efforce de ne pas pointer nommément la communauté juive, mais les tensions sont palpables : vendredi dernier, des responsables des services sanitaires ont été chahutés lors d’une intervention dans un parc de Brooklyn.

« Le maire parle des communautés juives […] mais ce n’est pas que la communauté juive », dit Steve Zuker, 52 ans, de Landaus Shul, synagogue importante du quartier de Midwood, où la positivité approche des 6 %. « Nous nous sentons attaqués, et quand votre religion est attaquée, vous contre-attaquez », dit-il.

Selon lui, les responsables communautaires « poussent pour que les gens soient conscients » des dangers du virus, et font de gros efforts - distribution de masques, ajouts de bâtiments temporaires - pour permettre la distanciation des quelque 2000 fidèles.

Mais, entouré de quelques jeunes garçons qui crient « fake news » à l’intention des journalistes de l’AFP, il reconnaît aussi qu’il y a « plusieurs opinions », et que tous ne veulent pas suivre ces recommandations.

« “J’ai des anticorps, je suis immunisé, j’ai déjà eu (le virus) trois fois, cinq fois…”, tout le monde trouve des ruses. Donc on essaie de faire ce qu’il faut, et pour le reste, on croit en Dieu et on espère qu’il fera le nécessaire », dit-il, index pointé vers le ciel.

Certains citent aussi, comme preuve de stigmatisation, des tweets du maire au plus fort de l’épidémie en avril : M. de Blasio avait suscité un tollé pour avoir menacé la communauté juive de sanctions après le rassemblement de milliers de juifs hassidiques à Brooklyn, en hommage à un rabbin décédé.

Polarisation

A l’approche de la présidentielle américaine, on retrouve, dans cette communauté comme ailleurs, la polarisation de la société américaine, exacerbée par la pandémie.

Un jeune de 20 ans, qui ne s’identifiera que par ses initiales, « M. E. », accuse ainsi « médias socialistes » et « gauchistes » d’« essayer de détruire » sa communauté, « exactement » comme ils attaquent Donald Trump ou le parti républicain.  

« Dire que nous ne faisons pas attention, c’est insultant », dit ce jeune homme, qui dit être resté « difficilement » enfermé deux mois chez lui au début de la pandémie.

Face à ces tensions, Akiva, 38 ans, enseignant dans une yeshiva, préfère calmer le jeu, soulignant notamment que la communauté orthodoxe est loin de constituer un bloc uni dans ses opinions.

Pour ce fils et frère de médecins, la hausse de la positivité tient simplement au fait que, « des mois durant, nous n’avons plus entendu parler d’aucun cas », entrainant une relâche de la distanciation.  

Maintenant que l’épidémie reprend, les rabbins se mobilisent pour faire passer le message, assure-t-il, « et je suis sûr que vous allez voir le respect (des consignes) remonter partout ».