(Minneapolis) La ville de Minneapolis a annoncé samedi un déploiement de forces sans précédent au lendemain d’une quatrième nuit d’émeutes, qui se sont propagées dans plusieurs grandes villes américaines, malgré l’arrestation du policier impliqué dans la mort de George Floyd, cet Afro-Américain dont le décès a ravivé les plaies raciales des États-Unis.

Charlotte PLANTIVE
Agence France-Presse

« La situation à Minneapolis n’a absolument plus rien à voir avec le meurtre de George Floyd », a déclaré samedi le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, au cours d’une conférence de presse. « Il s’agit […] d’instiller la peur et de déstabiliser nos grandes villes ».

Il a annoncé la mobilisation générale des 13 000 soldats de la Garde nationale de l’État, une première, et indiqué avoir demandé l’aide du ministère de la Défense.

Des unités de la police militaire ont été mises en alerte pour pouvoir éventuellement intervenir à Minneapolis dans un délai de quatre heures, a indiqué le Pentagone dans un communiqué.

« Nous pouvons leur envoyer nos soldats très rapidement », a déclaré le président Donald Trump sur les pelouses de la Maison-Blanche, estimant que les responsables locaux ont manqué de fermeté. « Il faut qu’ils soient plus durs ».

La police militaire américaine ne peut légalement intervenir sur le territoire américain qu’en cas d’insurrection, ce qui ne s’est pas produit depuis 1992, lors des émeutes de Los Angeles après qu’un homme noir, Rodney King, ait été battu par la police.  

Samedi matin, des habitants à travers la ville de Minneapolis nettoyaient les dégâts de la veille, munis de balais. « Ma ville brûle, donc la seule chose que je puisse faire c’est aider à nettoyer », a déclaré à l’AFP Kyle Johnson, 28 ans.  

Une centaine de personnes étaient réunies, avec des fleurs et en chantant « pas de justice, pas de paix », à l’endroit où est mort George Floyd lors peu après son interpellation.

Gauchistes ou suprémacistes blancs ?

Le déploiement vendredi soir de 2500 policiers et soldats de la Garde nationale et l’imposition d’un couvre-feu n’ont pas empêché la grande ville du Minnesota de s’embraser, avec plusieurs commerces incendiés, de nouveaux pillages et de nombreuses dégradations.

« Nous avons été confrontés à des dizaines de milliers d’émeutiers », a noté le responsable des forces de sécurité de l’État, John Harrington.  

Quelques dizaines de personnes ont été arrêtées, dont 80 % provenaient d’autres régions des États-Unis, selon les autorités locales qui ont indiqué disposer d’informations montrant que des groupes suprémacistes blancs et des émeutiers avaient utilisé les réseaux sociaux et le « dark web » pour organiser le mouvement.

Le ministre de la Justice William Barr a pour sa part attribué les violences à des « groupes d’extrême gauche et anarchistes », tandis que Donald Trump y a vu « des gauchistes radicaux, de mauvaises personnes ».

À Minneapolis, les manifestations prévues dans la journée en mémoire de George Floyd, un Afro-américain de 46 ans, mort lundi juste après son arrestation, restent autorisées. Mais le couvre-feu sera maintenu à partir de 20 h samedi et « il sera dangereux d’être dans la rue cette nuit », a prévenu le gouverneur.

« La démonstration de force de ce soir est destinée à rétablir la sûreté, la sécurité, la paix et l’ordre », a souligné le maire de Minneapolis, Jacob Frey.

La tension est également montée dans le reste du pays. Des centaines de personnes se sont rassemblées à New York, Dallas, Houston, ville d’origine de la victime, ou encore Las Vegas, Des Moines, Memphis et Portland, y compris sous les fenêtres du président Donald Trump.

 Cocktail Molotov

À New York, plus de 200 personnes ont été arrêtées après de violents incidents ayant fait plusieurs blessés au sein des forces de l’ordre. Un cocktail Molotov a été lancé à l’intérieur d’une voiture de police qui était occupée. « C’est un miracle qu’aucun policier n’ait été tué », a déclaré le chef de la police Dermot Shea.

À Atlanta, des véhicules de patrouille de la police ont été brûlés.

À Los Angeles, cinq policiers ont été blessés et plusieurs centaines de personnes arrêtées lorsqu’une manifestation pacifique a dégénéré, avec là aussi des commerces incendiés et des pillages. De nouvelles manifestations sont prévues samedi dans plusieurs lieux de la métropole californienne.

Partout, les manifestants ont dénoncé les bavures policières et les disparités raciales. Et surtout, ils ont exigé justice pour George Floyd qui, dont l’arrestation mortelle a été filmée dans une vidéo devenue virale.

Le policier blanc Derek Chauvin qui, sur cette vidéo, maintient son genou pendant de longues minutes sur le cou du quadragénaire, a été arrêté vendredi et inculpé pour « homicide involontaire » et « acte cruel et dangereux ayant causé la mort ».  

La famille de la victime a salué ce développement comme un premier pas sur « la voie de la justice », mais l’a jugé « tardif » et insuffisant, demandant une inculpation pour homicide volontaire avec préméditation et l’arrestation des trois autres agents impliqués dans le drame, qui ont immédiatement été licenciés, comme Derek Chauvin, mais ne font encore l’objet d’aucune poursuite.

William Barr a souligné qu’il s’agissait d’une inculpation « initiale », laissant entendre qu’elle pourrait être transformée en homicide volontaire.  

NOTE AUX LECTEURS:
Dans une version antérieure de cet article, nous avons indiqué que Rodney King avait été tué par la police de Los Angeles. Or, il a plutôt été battu. Nos excuses.