L’aile modérée du Parti démocrate s’est regroupée autour de Joe Biden à la veille des primaires du « super mardi », espérant empêcher Bernie Sanders, candidat de la gauche, de prendre une avance insurmontable dans la course qui déterminera l’adversaire de Donald Trump en novembre prochain.

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Cette mobilisation de dernière heure a réuni au Texas lundi soir deux anciens candidats à l’investiture démocrate qui ont souvent donné l’impression de ne pas pouvoir se sentir lors des débats : Pete Buttigieg et Amy Klobuchar.

L’ancien maire de South Bend, en Indiana, avait renoncé à sa candidature la veille, décision que la sénatrice du Minnesota a imitée moins de 24 heures plus tard. Ils ont tous les deux donné leur appui à l’ancien vice-président à Dallas.

« Nous avons besoin d’une politique fondée sur la décence, une politique qui ramène la dignité à la Maison-Blanche. C’est ce que Joe Biden a mis en pratique toute sa vie », a déclaré Pete Buttigieg en début de soirée en s’adressant aux médias à l’extérieur d’un restaurant de la troisième ville du Texas.

Présent à ses côtés, l’ancien vice-président a accepté le soutien du jeune politicien de 38 ans et vétéran de la guerre d’Afghanistan en évoquant le souvenir de son fils aîné, Beau, mort à 46 ans en 2015 d’une tumeur au cerveau après une carrière politique et militaire.

« C’est un homme qui est non seulement intelligent, mais décent, a-t-il dit en parlant de son ancien rival. Il me fait penser à mon fils Beau. Cela ne veut peut-être pas dire grand-chose pour la plupart des gens, mais pour moi, c’est le plus grand compliment que je puisse faire à un homme ou une femme. »

Plus tard, en soirée, Amy Klobuchar a participé avec Joe Biden à un rassemblement à Dallas, auquel s’est joint Beto O’Rourke, autre ancien candidat à l’investiture démocrate, qui a également offert son soutien à l’ancien bras droit de Barack Obama.

L’espace d’une journée, tous semblaient avoir oublié les doutes entourant la candidature d’un candidat de 77 ans et les dangers d’aliéner les fervents partisans de Bernie Sanders.

La réaction de Sanders

Le Texas est l’un des 14 États qui tiendront des primaires à l’occasion de ce « super mardi » très attendu. Après la Californie, le Lone Star State est celui qui mettra le plus grand nombre de délégués en jeu, soit 228. En tout, 1357 délégués, soit 38 % du total, seront distribués, de quoi permettre à un candidat qui fait particulièrement bien de se détacher du peloton pour de bon.

Fort de ses victoires au New Hampshire et au Nevada, Bernie Sanders souhaite être ce candidat. Il mise notamment sur l’électorat hispanique de la Californie pour s’approprier la plus grande part des 415 délégués mis en jeu par cet État. Et il peut se réjouir du fait qu’une bonne partie des électeurs locaux ont déjà voté.

Est-il surpris de voir les démocrates modérés faire bloc autour de Joe Biden ? Pas du tout, si l’on se fie à sa réponse à un journaliste qui lui a posé la question lors d’une conférence de presse dans l’Utah, l’un des États qui tiendront un scrutin mardi.

« Écoutez, ce n’est pas un secret. Le Washington Post publie 16 articles par jour sur ce sujet. Il y a un effort massif pour tenter d’arrêter Bernie Sanders. […] L’establishment du monde des affaires se rassemble. L’establishment du monde politique se rassemble. Ils deviennent vraiment nerveux en voyant que les travailleurs se tiennent debout », a-t-il déclaré.

La réaction du candidat socialiste démocrate contient un aveu implicite : les rebondissements des derniers jours sont de nature à aider la cause de Joe Biden. 

Considéré comme moribond après sa cinquième place au New Hampshire, il a revigoré sa campagne samedi en remportant une victoire sans appel lors de la primaire de Caroline du Sud, premier État où l’électorat afro-américain, crucial dans la sélection des candidats présidentiels du Parti démocrate, a pu faire sentir son poids.

L’avis de Trump

Le retrait de trois candidats après cette primaire — outre Buttigieg et Klobuchar, Tom Steyer a également jeté l’éponge — devrait également aider Joe Biden à atteindre le seuil de 15 % de suffrages nécessaire pour obtenir une part de délégués dans chacun des États qui tiendront des primaires. Et ils devraient lui permettre d’élargir sa base de donateurs.

Cela dit, ces retraits pourraient également profiter aux deux autres candidats majeurs dont les noms apparaîtront sur les bulletins de vote mardi : Elizabeth Warren et Michael Bloomberg. Mais la sénatrice du Massachusetts et l’ancien maire de New York pourraient eux-mêmes avoir à se poser de sérieuses questions sur la viabilité ou la pertinence de leur candidature s’ils obtenaient des résultats médiocres.

Dans le cas du candidat milliardaire, il s’agira d’un premier test électoral dans cette course pour laquelle il a déjà englouti plus de 500 millions de dollars.

Harry Reid, ancien chef de la majorité au Sénat, a ajouté son nom à la liste des personnalités démocrates qui ont annoncé lundi leur appui à Joe Biden. L’avant-veille, ce dernier avait également reçu le soutien de Tim Kaine, sénateur de Virginie et ancien colistier d’Hillary Clinton, ainsi que de Terry McAuliffe, ancien gouverneur de cet État, entre autres.

Les rebondissements de la course démocrate n’ont pas échappé à l’attention de Donald Trump.

« Ils sont en train de fomenter un coup contre Bernie ! », a-t-il tweeté avant d’ajouter, devant des journalistes : « C’est truqué contre Bernie, aucun doute là-dessus. »

Outre la Californie, le Texas et l’Utah, les États qui tiendront mardi des primaires sont la Caroline du Nord, la Virginie, le Massachusetts, le Colorado, le Minnesota, le Tennessee, l’Alabama, l’Arkansas, l’Oklahoma, le Maine et le Vermont.