(Washington) Donald Trump « dictateur » en devenir, ou président qui honore ses promesses électorales : démocrates et républicains sont restés campés sur leurs visions opposées mercredi soir au Congrès américain, lors d’une étape décisive de la procédure de destitution qui mènera certainement à sa mise en accusation historique.

Agence France-Presse

La commission judiciaire de la Chambre des représentants, à majorité démocrate, s’est réunie pour débattre des deux chefs d’accusation retenus contre Donald Trump dans l’affaire ukrainienne : abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès.

Compte tenu de la majorité démocrate à la Chambre, Donald Trump devrait devenir le troisième président de l’histoire des États-Unis mis en accusation au Congrès, probablement avant Noël.

Mais il ne sera vraisemblablement pas destitué ensuite par le Sénat, seul habilité à le juger, car il est contrôlé par les républicains qui font bloc autour du milliardaire.

Deux mois d’enquête parlementaire et de longues heures de débats juridiques n’y ont rien fait : parmi la quarantaine de parlementaires siégeant à la commission, républicains et démocrates restent retranchés derrière les lignes de leurs partis.

Pour les démocrates,  Donald Trump a abusé de ses pouvoirs en demandant, cet été, à l’Ukraine d’enquêter sur Joe Biden, bien placé pour l’affronter lors de la présidentielle de 2020. Il a fait pression sur Kiev, accusent-ils, en suspendant notamment à la même époque une aide militaire cruciale pour ce pays en conflit armé avec la Russie.

Les républicains, eux, font écho au président qui nie toute pression sur l’Ukraine. Ils accusent les démocrates de chercher, avec cette procédure « bidon », à se débarrasser d’un président qu’ils ne peuvent pas battre dans les urnes.

Vote en commission attendu jeudi

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Le représentant républicain Jim Jordan

Donald Trump « a placé son propre intérêt au-dessus de notre sécurité, au-dessus de notre système d’élections libres et justes », a dénoncé le chef démocrate de la commission, Jerry Nadler.  

« Si le président peut abuser de ses pouvoirs puis bloquer les demandes d’information du Congrès, alors le Congrès ne peut pas accomplir sa fonction de contrepoids face à l’exécutif… et le président devient un dictateur », a-t-il poursuivi, en référence au refus catégorique de la Maison-Blanche de coopérer avec l’enquête du Congrès.

Cette procédure de destitution n’est qu’« une vendetta » menée depuis la victoire surprise de Donald Trump en novembre 2016, a répliqué le numéro deux républicain de la commission, Doug Collins.  

« Les démocrates n’ont jamais accepté la volonté des Américains », a renchéri un autre républicain, Jim Jordan. « Ils ne peuvent pas supporter le fait que le président […] fasse ce qu’il avait promis de faire ».

Après presque quatre heures de déclarations, lors desquelles les parlementaires ont énoncé leurs positions, le débat a été ajourné jusqu’à jeudi à partir de 9 h (14 h GMT) pour étudier d’éventuels amendements.  

Jerry Nadler a appelé les membres à débattre avec trois questions en tête :

- « Les preuves démontrent-elles que le président a commis ces actes ? »

- « Relèvent-ils du niveau de crimes et délits majeurs » passibles d’une destitution selon la Constitution américaine ?

- « Quelles sont les conséquences pour notre sécurité nationale, la protection de nos élections et notre pays si nous n’agissons pas ? »

Au terme du débat, la commission devrait approuver les chefs d’accusation lors d’un vote, probablement jeudi soir.

Puis la Chambre votera en séance plénière sur ces chefs d’accusation, sans doute dès le début de semaine prochaine.