(New York) « C’est fou le monde qu’il y a » : Manhattan accueillait dimanche un défilé de la fierté géant pour marquer le 50e anniversaire des émeutes de Stonewall, sur fond de montée des extrêmes qui inquiète la communauté LGBT.  

Catherine TRIOMPHE
Agence France-Presse

Pour cette Gay Pride censée être « la plus importante jamais organisée dans le monde », selon le maire démocrate de New York Bill de Blasio, qui était de la partie, une foule de tous âges, s’était massée le long de la 5e Avenue.  

Sous le soleil, sifflant et applaudissant copieusement, les participants défilaient sous les couleurs arc-en-ciel, symboles de la communauté gaie, pour un évènement traditionnellement riche en tenues excentriques et corps dénudés.

« C’est très important d’être là avec tout ce qui se passe, toute la haine, montrer qu’on soutient la communauté [LGBT] et qu’on les aime […] C’est formidable de voir combien il y a de gens ici », a déclaré Sam Trip, 22 ans, chaussettes arc-en-ciel jusqu’aux cuisses, venue du New Jersey voisin assister au défilé, avec ses collègues d’une grande enseigne de café.

« Avec le gouvernement Trump aux États-Unis et la montée de toutes les politiques fascisantes dans le monde, c’est important de se battre et d’être là », a renchéri Vinicio Albani, un Suisse de 50 ans venu de Zurich avec son compagnon, évoquant plusieurs récentes agressions contre des gais dans son pays.

PHOTO LUCAS JACKSON, REUTERS

Plusieurs citaient, parmi leurs inquiétudes, les attaques récurrentes contre les personnes transgenres, particulièrement visibles cette année, avec leurs drapeaux bleu-blanc-rose et une sortie remarquée sur des échasses d’acteurs de la série Pose, plongée fictionnelle dans la communauté transgenre new-yorkaise de la fin des années 80.

La police attendait 150 000 participants et quelque trois millions de spectateurs pour cette World Pride record, hommage au 50e anniversaire des émeutes de Stonewall : c’est devant ce bar gai de Greenwich Village, que, six jours durant à compter du 28 juin 1969, des émeutes opposèrent policiers et homosexuels excédés par la répression de leur communauté.  

Ces évènements allaient dynamiser le mouvement pour les droits homosexuels et donner naissance en juin 1970 à la première marche de la fierté new-yorkaise, une manifestation qui devait essaimer dans les métropoles du monde entier, même si l’homosexualité reste illégale dans quelque 70 pays.  

Trop grand public ?

Au fil des années, la manifestation est devenue très grand public : personnalités politiques - le maire et le gouverneur de New York étaient là dimanche - jeunes scouts ou policiers défilent désormais aux côtés d’associations homosexuelles. Une manifestation encadrée de près, avec bienveillance, par les forces de l’ordre, dont les responsables avaient reconnu début juin s’inquiéter de la montée des extrêmes qui alimentent l’homophobie.

PHOTO LUCAS JACKSON, REUTERS

À la marche des fiertés, on y vient en famille. Michelle Madden, cadre marketing, veillait ainsi dimanche sur son fils de sept ans et ses camarades qui tenaient un kiosque de limonade, dont les recettes devaient aller à une association pour jeunes LGBT.

« C’est important de leur faire comprendre qu’ils font partie de cette communauté qui célèbre l’amour et la tolérance », dit-elle. « Si vous leur enseignez cela très jeunes, ils n’auront jamais de raison de ne pas croire en ces valeurs ».

Les entreprises s’associent aussi de plus en plus à l’évènement, avec cette année quelque 70 entreprises commanditaires, y compris des noms connus dans le monde entier comme Morgan Stanley, Axa ou Delta.  

Une « récupération » commerciale dénoncée par certains, qui organisaient cette année pour la première fois une marche alternative, intitulée « Reclaim Pride » (« Se réapproprier la Gay Pride »).  

PHOTO LUCAS JACKSON, REUTERS

Leur marche plus austère, avec de nombreux panneaux dénonçant les politiques de l’administration Trump, avait rassemblé dans la matinée plusieurs milliers de personnes.   

« Stonewall, c’était des émeutes, et c’est important que la marche de la fierté ne soit pas trop récupérée par les grandes entreprises », a souligné Bennett Sherr, 20 ans, étudiant à l’Université de Cornell.  

La polémique avec la marche principale est néanmoins restée limitée : beaucoup de participants du défilé contestataire reconnaissaient qu’ils assisteraient ensuite aussi à la World Pride.

Ce défilé géant, point d’orgue de nombreux événements organisés depuis début juin à New York pour l’anniversaire de Stonewall, devait se terminer par une soirée festive à Times Square et un concert de Madonna, icône de la communauté gaie.