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Élections de mi-mandat: une sanction, mais pas une déroute

Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) Deux ans après son élection surprise à la présidence des États-Unis, Donald Trump a écopé d'une importante sanction électorale, hier, à l'issue des élections de mi-mandat, les démocrates remportant une majorité des sièges à la Chambre des représentants, enjeu majeur du scrutin.

Le président américain pourra cependant se targuer d'avoir aidé son parti à renforcer sa majorité au Sénat, l'autre chambre du Congrès américain, et à remporter des postes de gouverneur dans des États clés, dont l'Ohio et peut-être même la Floride.

Il pourra aussi se féliciter d'avoir endigué la vague bleue dont rêvaient les démocrates en menant une campagne axée sur les thèmes de la peur, du nationalisme et de l'animosité raciale qui a mobilisé la base démocrate et exacerbé les divisions au sein de son pays.

« Un succès formidable ce soir. Merci à tous ! » a tweeté Donald Trump en fin de soirée.

Mais la majorité dont jouiront les démocrates à la Chambre des représentants changera l'équilibre politique à Washington. Elle est non seulement susceptible d'empêcher Donald Trump de poursuivre la mise en oeuvre de son programme, mais également de changer la trajectoire de sa présidence et peut-être même de la mettre en péril.

« Avec cette nouvelle majorité démocrate, nous honorerons la vision de nos Pères fondateurs pour notre pays, celle d'avoir des débats légitimes tout en se souvenant que nous formons un pays », a déclaré la chef de file des démocrates à la Chambre, Nancy Pelosi, lors d'un discours à Washington.

LA CHAMBRE AUX DÉMOCRATES, LE SÉNAT AUX RÉPUBLICAINS

Les démocrates avaient besoin de réaliser un gain net de 23 sièges pour ravir aux républicains la majorité à la Chambre. Selon les prévisions des médias, ils devraient ajouter environ 35 sièges à leur total actuel lorsque tous les votes auront été comptés. Ils auraient remporté le vote populaire à l'échelle nationale par une marge importante de 9,2 %, selon une projection du New York Times.

Malgré tout, les républicains pourraient ajouter jusqu'à quatre sièges à leur majorité au Sénat. Ils ont réalisé des gains dans trois États conservateurs - Indiana, Missouri et Dakota du Nord - et peut-être un État pivot. Malgré les sondages qui le donnaient gagnant, le sénateur démocrate sortant de Floride Bill Nelson a perdu sa course contre l'ancien gouverneur de l'État Rick Scott par quelques milliers de votes.

L'issue des courses sénatoriales en Arizona et au Nevada, où les républicains défendaient des sièges vulnérables, était inconnue au moment d'écrire ces lignes.

Les démocrates ont subi des défaites particulièrement douloureuses dans les courses au poste de gouverneur. 

En Floride, le maire de Tallahassee Andrew Gillum, qui aspirait à devenir le premier Afro-Américain à occuper ce poste dans cet État, s'est incliné de justesse devant l'ancien représentant Ron DeSantis, un clone de Donald Trump. Donald Trump avait traité le candidat démocrate de « voleur » dans un de ses tweets incendiaires et affirmé que la Floride deviendrait « un autre Venezuela » s'il était élu.

En Géorgie, Stacey Abrams, qui rêvait également d'entrer dans l'histoire en tant que première gouverneure afro-américaine de cet État, a aussi subi la défaite devant un autre émule de Donald Trump, Brian Kemp. Ce dernier a suscité la controverse en refusant de renoncer à son poste de secrétaire d'État de Géorgie pendant la campagne. À ce titre, il était responsable de l'administration du scrutin et de la liste électorale de l'État.

En revanche, des démocrates ont été élus au poste de gouverneur au Michigan, au Kansas et en Iowa, des États qui étaient dirigés par des républicains. Un de leurs candidats était également en avance contre le gouverneur républicain sortant du Wisconsin, Scott Walker.

L'EFFET TRUMP

Dans la dernière ligne droite de la campagne, Donald Trump a multiplié les rassemblements dans les États conservateurs où se déroulaient des courses importantes pour le Sénat et pour des postes de gouverneur. Sonnant l'alarme face à une caravane de migrants en marche vers les États-Unis et qualifiant les démocrates de socialistes ou de criminels, il a prononcé des discours truffés d'exagérations et de mensonges, selon les vérificateurs de faits des médias.

Le président a également diffusé une pub sur l'immigration qui a été retirée des ondes par NBC et Fox News après avoir été jugée raciste, une première dans les annales politiques américaines.

Or, si les interventions de Donald Trump ont pu aider certains candidats républicains au Sénat dans des États conservateurs, elles ont en revanche probablement nui aux candidats du parti à la Chambre des représentants dans des circonscriptions situées dans les banlieues américaines. Celles-ci ont rejeté massivement les messages clivants du président.

Les démocrates, de leur côté, ont axé leur campagne sur la santé, préoccupation principale de 66 % des électeurs indépendants, selon les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote hier. La plupart des candidats du parti ont pris soin de ne pas insister sur une question qui pourrait faire surface dans les prochains mois : la destitution du président.

LA DESTITUTION DANS LES CARTES ?

Dans une récente entrevue, la chef de file des démocrates à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a indiqué qu'une procédure de destitution ne faisait pas partie des priorités de son camp. Elle a fait savoir que le premier mois d'une nouvelle majorité serait consacré à la réforme des lois sur le financement électoral et l'éthique gouvernementale, ainsi qu'à la restauration de dispositions clés de la loi de 1965 sur le droit de vote.

Viendraient ensuite des projets de loi pour autoriser de nouveaux investissements dans les infrastructures, réduire le coût des médicaments sur ordonnance, renforcer le contrôle des armes à feu et régulariser le statut des « Dreamers », entre autres.

À entendre Nancy Pelosi, les démocrates ne veulent pas être accusés d'être obsédés par l'idée d'évincer Donald Trump de la Maison-Blanche. 

Mais ils auront le pouvoir de mener des enquêtes sur les affaires du président, les scandales de son administration et les liens de son entourage avec la Russie.

Les démocrates de la Chambre se sentiraient évidemment autorisés à lancer une procédure de destitution si le procureur spécial chargé de l'enquête russe, Robert Mueller, le recommandait dans un rapport à venir. Mais le Sénat à majorité républicaine refuserait probablement de donner suite à une telle procédure en acquittant le président mis en accusation.

ILS ONT DIT

« Un succès formidable ce soir. Merci à tous ! » - Le président Donald Trump, sur Twitter 

« Demain sera un jour nouveau en Amérique. » - Nancy Pelosi, chef des démocrates à la Chambre des représentants, dans un discours de victoire à Washington

« Je m'engage à vous représenter avec dignité, intégrité et d'une façon qui vous rendra fiers. » - Mitt Romney, ex-candidat conservateur à la présidentielle américaine et nouveau sénateur républicain de l'Utah. L'ancien gouverneur du Massachusetts, très critique du président Trump, fait un retour en politique.

« Ce soir, nous sommes entrés dans l'histoire. » - La représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, qui, à 29 ans, est devenue hier la plus jeune élue du Congrès, où elle devrait devenir la figure de proue d'une vague de femmes et de minorités prêtes à bousculer les élites pour défendre les « petites gens » à Washington.




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