La Californienne Charlotte Laws se bat sans répit contre les sites de revenge porn depuis qu'une photo de sa fille, seins nus, s'est retrouvée sur le net contre son gré. Rencontre avec une militante acharnée.

Yves Schaëffner LA PRESSE

Charlotte Laws habite au quasi-sommet d'une longue côte, en banlieue de Los Angeles. Avec sa piscine et son terrain de tennis à l'arrière, la demeure semble l'endroit le plus paisible qui soit.

Cela n'a pas toujours été le cas. Au cours des deux dernières années, Charlotte Laws assure avoir été menacée et suivie jusqu'à chez elle après avoir décidé de tenir tête au propriétaire d'un site de revenge porn (ces fameux sites où des gens, généralement de jeunes hommes, mettent des photos embarrassantes de leurs anciennes petites amies afin de se venger).

L'ex-politicienne et ex-détective privée n'avait jamais entendu parler de revenge porn avant qu'une photo de sa fille Kayla ne se retrouve sur un de ces sites en janvier 2012.

«Quand Kayla a appris ça, elle était complètement bouleversée. Elle est rentrée à la maison et elle s'est enfermée dans sa chambre. Elle ne voulait plus rien savoir de personne», se souvient sa mère.

Sans perdre une minute, Charlotte Laws s'est mise à enquêter. «Je me suis mise à travailler jour et nuit pour que cette photo soit retirée de l'internet», assure-t-elle.

Elle a contacté le propriétaire du site, un certain Hunter Moore, qui a catégoriquement refusé d'enlever la photo de sa fille. Déterminée, elle a aussi contacté l'avocat de ce dernier, la compagnie qui hébergeait le site en question, des représentants de Google, etc. Si ces derniers se sont montrés sympathiques à sa cause, ils n'ont rien pu faire pour l'aider.

Rapidement, Charlotte Laws s'est rendu compte que, dans le cas de sa fille, le coupable n'était pas un ex-petit ami frustré, mais un pirate informatique qui avait réussi à subtiliser des photos de l'ordinateur de Kayla.

L'ex-détective privée s'est ensuite mise à contacter d'autres victimes dont les photos se trouvaient sur le même site. Certaines avaient été victimes d'ex-petits amis, d'autres du même pirate informatique que sa fille. Dans tous les cas, elles étaient sous le choc.

«Pour moi, le revenge porn est une forme de viol électronique. Les victimes se sentent complètement impuissantes. S'il n'y a personne dans leur entourage pour les aider, elles sont complètement démunies», soutient celle que les médias américains ont surnommée l'«Erin Brockovich du revenge porn».

Le FBI impressionné

Après avoir amassé de nombreux témoignages et accumulé des preuves, elle a contacté le FBI. Impressionnée par son enquête, l'agence américaine a décidé de lancer sa propre investigation. Deux ans plus tard, le FBI a finalement décidé d'arrêter Hunter Moore et son complice, le pirate informatique Charles Evens, le 23 janvier dernier.

Entre-temps, Charlotte Laws a poursuivi son combat. Elle a notamment fait du lobbying pour que la Californie vote une loi pour bannir le revenge porn. Une loi qui a été votée en août 2013.

«Tout n'est pas couvert par la loi, mais c'est un premier pas. On va continuer à se battre pour passer les amendements nécessaires pour englober tous les cas de revenge porn», assure Charlotte Laws. Elle espère également qu'une loi similaire sera votée à Washington.

«C'est un combat de longue haleine. Mais au moins, de plus en plus de gens sont conscients du problème et se mobilisent», se félicite-t-elle.