Que faire des 11 millions d'immigrés qui vivent en situation irrégulière aux États-Unis? La question hante les Américains depuis plusieurs années, sans que leurs politiciens ne parviennent à s'y attaquer de façon globale. Mais l'élection présidentielle de novembre dernier, qui a démontré le poids politique croissant des Latino-Américains, semble avoir changé la donne. Hier à Washington, un groupe bipartite de huit sénateurs a présenté un projet de réforme de l'immigration. Il a ainsi devancé de 24 heures Barack Obama, qui doit dévoiler ses propositions sur le même sujet aujourd'hui à Las Vegas. Pour mieux comprendre les enjeux de ce débat, nous vous proposons une explication en quatre mots.

Mis à jour le 29 janv. 2013
Richard Hétu, collaboration spéciale LA PRESSE

Régularisation

Barack Obama et le groupe de sénateurs s'accordent pour proposer une voie vers la régularisation du statut de millions d'immigrés illégaux. Selon le plan du président, un clandestin devra attendre huit ans avant de recevoir la «carte verte», le permis de séjour et de travail permanent qui peut mener à la naturalisation. Entre-temps, il devra s'être soumis à une vérification de ses antécédents judiciaires, avoir payé des droits d'inscription et une série d'amendes, acquitté ses arriérés d'impôts et appris l'anglais. S'il a commis un délit ou est considéré comme une menace à la sécurité nationale, il ne sera pas admissible à un statut provisoire lui permettant de travailler. La voie vers la régularisation des clandestins proposée par le groupe de sénateurs est semblable à celle suggérée par le président.

Frontières

Barack Obama et les sénateurs s'entendent aussi sur la nécessité de renforcer la sécurité aux frontières américaines. Mais là où les sénateurs s'écartent du président de façon importante, c'est en faisant de la sécurisation des frontières et du contrôle des flux migratoires une condition à l'ouverture de la voie vers la régularisation des clandestins. Selon leur plan, une commission composée de gouverneurs, de représentants des forces de l'ordre et de leaders communautaires d'États frontaliers sera chargée de déterminer si la sécurisation des frontières est un succès. Un système devra également être mis en place pour confirmer les départs des étrangers arrivés aux États-Unis par avion ou par bateau. Quand ces demandes auront été satisfaites, les clandestins pourront commencer à s'engager dans la voie vers leur régularisation.

PHOTO TODD HEISLER, THE NEW YORK TIMES

Un agent de la U.S Border Patrol patrouille dans le sud du Nouveau-Mexique, le 7 janvier.

Employeurs

Les employeurs qui embauchent sciemment des immigrés illégaux feront face à des amendes sévères et à des sanctions pénales pour des délits flagrants, selon la proposition du groupe bipartie de sénateurs. Ceux-ci ne mentionnent pas dans leur projet de réforme le système «E-verify» que Barack Obama veut généraliser. Ce système permet aux employeurs de vérifier le statut des personnes qu'ils emploient. Ses critiques estiment qu'il a contribué au licenciement d'Américains et d'immigrés légaux dont l'identité a été confondue avec celle de clandestins. D'autres déplorent qu'il pousse certains employeurs à pratiquer le profilage ethnique. Dans son projet de réforme, le groupe de sénateurs propose la mise en place d'un nouveau système de vérification «rapide et efficace» afin de confirmer le statut des nouveaux employés dans toutes les entreprises.

Amnistie

Ce n'est pas la première fois qu'un président et un groupe bipartite de sénateurs proposent de réformer le système d'immigration américain. Épaulé par John McCain et Edward Kennedy, entre autres poids lourds du Sénat, George W. Bush s'y était risqué en 2007. Il s'était heurté à l'opposition farouche de parlementaires de son propre parti. Ceux-ci s'étaient notamment attaqués au projet de réforme en le qualifiant d'«amnistie». Le mot est revenu hier dans la bouche du représentant républicain du Texas Lamar Smith. Mais le contexte politique a changé depuis 2007. «Le Parti républicain est en train de perdre l'appui des citoyens hispanophones», a dit hier John McCain, membre du nouveau groupe bipartite de sénateurs, en évoquant les résultats de l'élection présidentielle de novembre dernier.

PHOTO ARCHIVES AP

Le président des États-Unis Barack Obama.