Barack Obama reçoit jeudi le dalaï lama à la Maison Blanche, malgré les mises en garde répétées de la Chine qui accuse le dirigeant spirituel tibétain en exil de séparatisme et a prévenu qu'une telle rencontre nuirait aux relations déjà tendues entre Pékin et Washington.

Mis à jour le 16 févr. 2010
Tangi Quemener AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis début février, les deux capitales échangent des communiqués, comminatoires côté chinois, fermes côté américain.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a plusieurs fois demandé à Washington d'annuler cette rencontre, en prévenant qu'elle «minerait sérieusement» les relations bilatérales. «La rencontre aura lieu comme prévu», a rétorqué vendredi le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs.

Le porte-parole du dalaï lama, Tenzin Taklha, a déclaré mardi que la rencontre entre Barack Obama et le chef spirituel tibétain allait envoyer «un signal fort» à la Chine montrant que l'heure est venue de résoudre la question du Tibet. Il a écarté les mises en garde chinoises, les qualifiant «de routine rhétorique».

Outre la réunion avec M. Obama, prévue dans la salle des Cartes de la Maison Blanche et non dans le Bureau ovale, centre nerveux de la présidence où la photo d'une poignée de main aurait été sans doute considérée par Pékin comme une provocation supplémentaire, le dalaï lama doit recevoir lors de sa visite à Washington une médaille de la «Fondation nationale pour la démocratie», financée par le Congrès.

Le leader tibétain, qui s'est exilé en Inde en 1959, n'avait pas été reçu par M. Obama lors d'un précédent passage aux États-Unis en octobre dernier, afin de ménager Pékin avant la première visite du président américain en Chine un mois plus tard.

Cette concession avait valu à M. Obama les critiques des défenseurs des droits de l'homme. Le leader tibétain débute mercredi une visite d'une semaine aux États-Unis, où il bénéficie d'une forte popularité.

«Le dalaï lama est une figure religieuse et culturelle respectée dans le monde entier, et c'est à ce titre que le président va le rencontrer», avait souligné le 2 février un autre porte-parole de la Maison Blanche, Bill Burton.

Pas plus que le dalaï lama lui-même, Washington ne réclame pas l'indépendance du Tibet, territoire revendiqué par Pékin depuis le XIIIe siècle et occupé militairement en 1950. «Pour être clair, les États-Unis considèrent que le Tibet fait partie de la Chine», a expliqué M. Burton.

Mais, a-t-il ajouté, «nous sommes inquiets, sur le plan des droits de l'homme, de la façon dont les Tibétains sont traités. Nous pressons le gouvernement chinois de protéger les traditions culturelles et religieuses uniques du Tibet».

Les relations entre Washington et Pékin se sont dégradées brutalement ces dernières semaines.

La Chine, qui considère Taïwan comme une province rebelle, a suspendu fin janvier ses échanges militaires avec les États-Unis et a annoncé des «sanctions appropriées envers les sociétés américaines impliquées» après que l'administration Obama eut scellé un contrat d'armement de plus de 6,4 milliards de dollars avec Taipei.

Les deux pays ont aussi un certain nombre de querelles commerciales à régler, comme la menace de Google de quitter la Chine, ou d'approches diplomatiques différentes, notamment sur le nucléaire iranien, où la Chine continue de privilégier la voie du dialogue, alors que les États-Unis penchent pour de nouvelles sanctions.

Depuis le début de cette période de tensions, la Maison Blanche a cherché à minimiser les différends, estimant pouvoir «discuter franchement et sans arrière-pensées des problèmes sur lesquels nous ne sommes pas d'accord», et affirmant que M. Obama avait déjà fait état à ses interlocuteurs chinois en novembre de sa décision de recevoir le dalaï lama.