Le Japon luttait jeudi par tous les moyens pour tenter de refroidir les réacteurs de la centrale de Fukushima, mais le pessimisme ne cessait de se renforcer dans le monde, provoquant une fuite en nombre des étrangers de Tokyo.

Mis à jour le 17 mars 2011
Jérôme Rivet AGENCE FRANCE-PRESSE

Six jours après le séisme le plus fort jamais enregistré au Japon et l'énorme tsunami qui l'a suivi, le nombre de morts confirmés a dépassé 5500. Les recherches se poursuivaient, dans la neige et le froid, pour retrouver des milliers de disparus.

Les autorités devaient également faire face à l'impatience grandissante des 500 000 personnes sinistrées, confrontées à des pénuries d'eau potable et de vivres malgré la mobilisation sans précédent de 80 000 soldats, policiers et secouristes dans le nord-est dévasté.

Mais c'est la crise nucléaire, la plus grave dans le monde depuis Tchernobyl en 1986, qui suscite l'inquiétude.

Pour la première fois, quatre hélicoptères de l'armée japonaise ont déversé jeudi matin plusieurs tonnes d'eau de mer sur les réacteurs les plus endommagés, principalement le 3. Cinq camions citernes spéciaux de l'armée sont également entrés en action en fin de journée.

L'objectif était notamment de remplir d'eau la piscine de stockage du combustible usagé qui a été endommagée par une explosion et des incendies.

Les autorités n'étaient pas en mesure dans la soirée de déterminer si l'opération avait permis de remplir la piscine, faute de pouvoir l'observer de visu. «Nous étudions avec attention les relevés», a simplement indiqué le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano.

Des experts étrangers s'inquiètent aussi pour la piscine de désactivation du réacteur 4, qui serait quasiment asséchée, ce qui a pour effet de provoquer des niveaux «extrêmement élevés» de radiations, selon le président de l'Autorité américaine de régulation nucléaire (NRC), Gregory Jaczko.

La fusion de ce combustible pourrait entraîner des rejets de radioactivité de même ampleur que la catastrophe de Tchernobyl, estiment les experts.

La firme Tokyo Electric Power (Tepco), qui exploite Fukushima 1, espérait rétablir l'alimentation en électricité de la centrale, ce qui «permettrait de remettre en route les pompes refroidissant les réacteurs et de remplir les piscines».

Les équipes de Tepco y ont travaillé une bonne partie de la journée, mais l'opération n'a pu être achevée jeudi et se poursuivra vendredi, selon l'Agence de sûreté nucléaire japonaise, citée par l'agence de presse Kyodo.

«La situation reste très sérieuse à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Mais il n'y a pas eu d'aggravation significative depuis hier» mercredi, a déclaré Graham Andrew, conseiller spécial du directeur général l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIAE), y voyant un signe «positif».

La Russie a annoncé qu'elle était prête à apporter tout type d'aide au Japon, y compris pour combattre les incendies à Fukushima 1.

Les États-Unis ont envoyé une équipe de militaires spécialistes des risques nucléaires pour «évaluer» la situation provoquée par les émanations radioactives et ont fourni des combinaisons de protection.

La France a proposé des pompes, des engins robotisés et une aide à la radioprotection.

Devant la menace d'un accident nucléaire majeur, la plupart des ambassades ont recommandé à leurs ressortissants de s'éloigner de la zone pour se replier vers le sud, dans la région d'Osaka, ou bien de quitter le Japon.

La Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie et l'Australie ont également conseillé à leurs ressortissants de quitter le nord et la région de Tokyo. La France, comme la Belgique et la Russie, va envoyer des avions supplémentaires afin d'évacuer les familles souhaitant quitter le pays et un premier appareil transportant une centaine de personnes a commencé à évacuer des Américains jeudi à destination de Taïwan.

La Chine a demandé au Japon de fournir des informations «opportunes et précises» afin de calmer une opinion publique inquiète de l'arrivée dans le pays d'éventuels rejets radioactifs.

L'ambassade des États-Unis a fixé la zone de risque à 80 km autour de la centrale.

Les autorités nippones n'ont pour l'instant établi un périmètre de sécurité que de 30 km, et le gouvernement a affirmé mercredi que les radiations au-delà de la zone d'exclusion des 20 km «ne posent pas de danger immédiat pour la santé».

Par précaution, 10 000 personnes de la préfecture de Fukushima seront soumises à des tests de radioactivité dans 26 centres d'examen.

Alors qu'un vent de panique souffle de l'étranger, la population japonaise, notamment à Tokyo, reste étonnamment calme et disciplinée, dans l'attente de nouvelles instructions du gouvernement.

Les vents devraient rester favorables jeudi et repousser vers l'océan Pacifique les rejets radioactifs de la centrale.

En revanche, un froid intense et d'importantes chutes de neige ont encore dégradé les conditions de vie et de travail pour les sinistrés et les secouristes. «Beaucoup d'entre eux n'ont pas de vêtements adaptés et le chauffage est insuffisant. Le temps froid devrait durer jusqu'à la fin de la semaine», a indiqué l'ONU, en qualifiant la situation d'«extrêmement difficile».

«Le froid aggrave la santé des patients âgés. Je vais tenter de les garder en vie jusqu'à ce qu'ils puissent être transférés», a témoigné Morisada Moriwaki, directeur d'un hôpital de la ville de Kesennuma.

De plus, des coupures d'électricité pourraient affecter l'est du pays si la consommation n'était pas réduite, a averti le ministre de l'Industrie.

Le bilan officiel provisoire du séisme et du tsunami s'établissait jeudi soir à près de 5700 morts confirmés et quelque 9500 disparus. Mais dans la seule ville d'Ishinomaki, on reste sans nouvelles de quelque 10 000 personnes, selon un responsable local.

Le yen a atteint un nouveau record depuis la Seconde guerre mondiale face au dollar, des investisseurs spéculant sur l'éventuel rapatriement massif de fonds par les compagnies d'assurance japonaise.

Le Fonds monétaire international (FMI) a estimé que le Japon avait une «économie robuste» et les moyens de faire face aux défis de la reconstruction, malgré l'immensité des dévastations subies.



Photo: AFP

Un vieil homme, blessé par le tsunami, est traité à l'hôpital de Kesennuma, dans la région de Miyagi.