Le président russe Vladimir Poutine a évoqué lundi «une chance réelle» de régler la question du nucléaire en Iran, des espoirs tempérés par son homologue français François Hollande et par le secrétaire d'État américain John Kerry.

Mis à jour le 18 nov. 2013
Simon STURDEE AGENCE FRANCE-PRESSE

Genève accueille à partir de mercredi le troisième cycle de négociations entre les grandes puissances du groupe 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) et Téhéran, pour espérer sceller un premier accord sur son programme nucléaire controversé.

À deux jours de ces pourparlers cruciaux, le président «Vladimir Poutine a souligné qu'une chance réelle était apparue pour trouver une solution à ce vieux problème», a indiqué le Kremlin après un entretien téléphonique avec le président iranien Hassan Rohani.

Les grandes puissances et Israël soupçonnent le programme nucléaire civil de Téhéran de cacher un volet militaire permettant à l'Iran de pouvoir se doter à l'avenir d'une arme atomique, ce qu'il dément farouchement.

Le dernier cycle de négociations à Genève du 7 au 9 novembre n'avait pas permis d'accoucher d'un accord provisoire, malgré la présence de nombreux chefs de la diplomatie du 5+1 et de l'Iran.

Kerry prudent

Ces derniers jours, des responsables américains, européens et russes ont affirmé qu'une entente à Genève était «tout à fait possible», mais John Kerry s'est montré beaucoup plus prudent: «Je n'ai pas d'attentes particulières concernant les négociations de Genève, à part le fait que nous négocierons de bonne foi et que nous tenterons d'obtenir ce premier accord», a-t-il déclaré à la presse au côté de son homologue turc Ahmet Davutoglu.

Il n'a pas non plus dit s'il se rendrait à Genève en fin de semaine, sa porte-parole Jennifer Psaki assurant toutefois qu'il restait «ouvert» à une telle éventualité.

En visite en Israël, le président français François Hollande s'est montré tout aussi circonspect, tempérant l'optimisme du président russe. Dans un discours devant le Parlement israélien, il a martelé que «la France ne laisserait pas l'Iran se doter de l'arme nucléaire». Plus sévère que Washington sur ce point, M. Hollande a réclamé le maintien des sanctions internationales contre Téhéran, «tant que nous n'aurons pas la certitude du renoncement définitif de l'Iran à son programme militaire».

«Demandes excessives»

Dimanche, le président français avait fait quatre demandes précises: «Première exigence: mettre l'intégralité des installations nucléaires iraniennes sous contrôle international, dès à présent. Deuxième point: suspendre l'enrichissement (d'uranium) à 20%. Troisième exigence: réduire le stock existant. Et enfin, arrêter la construction de la centrale d'Arak», conçue pour produire du plutonium, susceptible de remplacer l'uranium hautement enrichi pour fabriquer une bombe.

Mais le président iranien a semblé répondre à son homologue français, selon des propos relayés après son entretien avec Vladimir Poutine: «Au cours des récentes négociations» à Genève, a dit M. Rohani, «des progrès ont été réalisés, mais tout le monde doit avoir à l'esprit que les demandes excessives peuvent compliquer le processus vers un accord gagnant-gagnant». Son chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif a répété que le droit de l'Iran d'enrichir l'uranium n'était «pas négociable».

Un nouvel échec renforcerait, dans chaque camp, les adversaires résolus d'un accord.

M. Rohani, dont la prise de fonctions en août a permis de relancer les discussions, risque de perdre le soutien du guide suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, si son offensive de charme diplomatique ne porte pas rapidement ses fruits.

L'absence d'un règlement ou un accord jugé trop complaisant envers l'Iran compliqueraient aussi la tâche du président américain Barack Obama, qui veut dissuader le Congrès de renforcer les sanctions. D'ailleurs, M. Obama a convié mardi les élus les plus puissants du Sénat à la Maison-Blanche afin de les inciter à ne pas muscler ces mesures punitives contre l'Iran pendant le processus de Genève.

En Israël, le Premier ministre Benyamin Nétanyahou fait aussi campagne contre «un très mauvais accord» avec l'Iran.

Les assurances de Téhéran sur le caractère pacifique de son programme nucléaire ont jusqu'à présent contrasté avec l'augmentation continue de ses capacités, notamment du nombre des centrifugeuses.

En cas d'accord «intérimaire» cette semaine, l'Iran cesserait d'enrichir son uranium au taux dit «intermédiaire» de 20%, réduirait son stock d'uranium, et interromprait les travaux de construction d'Arak, et obtiendrait en échange un début d'allègement des sanctions.

Selon un haut responsable américain, près de 100 milliards de dollars de revenus issus des ventes de pétrole iranien sont actuellement gelés sur des comptes en banque dans le monde.

Pendant cette première phase de quelques mois, un accord définitif serait négocié : le programme iranien serait réduit de façon permanente, et les sanctions annulées.