«Occupy Wall Street» serait-il le nouveau «tea party» de gauche? Le président Obama a osé mardi la comparaison entre les deux mouvements populaires, mais ceux-ci voient rouge quand on les compare et les différences sont nombreuses.

Brigitte Dusseau AGENCE FRANCE-PRESSE

Les experts convergent sur un point: les deux mouvements sont nés d'une même frustration. «Celle de la stagnation économique», explique à l'AFP Julian Zelizer, professeur d'histoire politique à l'université de Princeton.

Né début 2009, le «tea party», regroupement de groupes conservateurs éclectiques, s'est rapidement imposé dans le paysage politique américain en défendant selon lui «un thème: la réduction des déficits».

Comme «Occupy Wall Street» (OWS), il s'est appuyé sur internet pour diffuser son message et a été porté par des manifestations populaires en touchant une corde sensible chez les Américains affectés par la crise économique.

Mardi, le président Obama a déclaré qu'il comprenait «la colère qui s'exprime» dans les manifestations des anti-Wall Street. «D'une certaine façon, elles ne sont pas si différentes de certaines manifestations que nous avons vues, venant du tea party», a-t-il ajouté.

Les deux groupes ont une idéologie «très différente», souligne cependant Robert Shapiro, expert politique de l'université Columbia.

Le «tea party» réclame «moins de régulation, moins d'État, des coupes dans les programmes économiques et sociaux», dit-il.

Il a été soutenu dès le début par certains élus républicains et «façonne encore aujourd'hui le débat politique», ajoute Julian Zelizer.

Mais il est resté purement américain, se revendiquant encore des «principes et valeurs américaines anciennes» dans un document envoyé ces derniers jours à ses membres pour critiquer les manifestations contre Wall Street.

Occupy Wall Street, qui a rapidement trouvé un écho international, dénonce les inégalités croissantes entre les 1% les plus riches et les 99% restants, ainsi que la cupidité supposée de Wall Street et des grandes entreprises.

Mais le groupe sans leader ne demande rien et récuse le parallèle avec un «tea party» qui selon lui «ne veut pas la révolution, mais un retour en arrière».

«Nous n'avons pas une ou deux revendications simples», affirme OWS. Et «nous essayons de rester indépendants, de ne pas avoir de relations proches avec aucun parti politique», explique à l'AFP un de ses porte-parole, Mark Bray.

«Notre but est de créer une voix indépendante». Car «vu l'expérience passée avec Obama et Bush, nous ne pouvons plus partir du principe qu'ils répondront suffisamment à nos besoins», ajoute-t-il.

Nul ne s'aventure encore à prédire quel pourrait être son impact dans la campagne en vue de l'élection présidentielle de 2012.

Mais le succès d'OWS, qui occupe symboliquement depuis le 17 septembre un square du quartier de Wall Street à New York, n'a cessé d'irriter le «tea party» qui dénonce une bande de jeunes gauchistes sales et irrespectueux des lois.

«Les rassemblements du tea party ont toujours été sûrs et propres», peut-on lire sur le site internet du «Tea Party Patriots». «À l'inverse de New York, il n'y a jamais eu (...) d'arrestations individuelles ou collectives lors des milliers de tea parties organisées à travers le pays (...) Ils respectent les lois, ils ne détestent pas la police, et ils ne dégradent rien. Il suffit de regarder la télévision pour voir le contraste avec les occupants de Wall Street», ajoute ce texte signé de deux des fondateurs du Tea Party Patriots.